L’affaire Rousseau

Ce qui me dérange dans l’affaire Rousseau, ce n’est pas tant le fait que ce monsieur ne parle pas français, mais que le conseil d’administration d’Air Canada ait décidé de nommer à ce poste une personne unilingue qui, manifestement, se fout complètement du français dans la métropole québécoise. Quoique la chose soit ahurissante quand on sait qu’il vit à Montréal et qu’il a des échanges fréquents avec des francophones. Malgré ce qu’il prétend maintenant, M. Rousseau n’a aucune considération pour la majorité montréalaise !

Au départ, on fait l’hypothèse que les membres d’une compagnie aux prétentions internationales viennent en grande partie de l’extérieur du pays et qu’ils sont donc moins sensibilités à nos réalités. Mais non ! Huit des douze membres du conseil d’administration sont canadiens, dont trois Québécois. Et le siège social de la compagnie est à Montréal. Comme quoi les réflexes de colonisés ne sont pas complètement disparus du paysage, malgré l’extraordinaire Révolution tranquille qui a vu des francophones accéder à des fonctions autres que celles de porteurs d’eau ou d’employés du « Boss », comme l’avait si bien perçu Yvon Deschamps.

Certains se surprennent que le mouvement indépendantiste québécois séduise toujours autant malgré l’excellent niveau de vie que nous connaissons dans l’espace canadien. Une partie de la réponse est ici : il est difficile de se sentir citoyen de ce pays quand on ne voit aucune empathie ni solidarité de la part de nos concitoyens anglo-canadiens, mais plutôt une sorte de rejet qui ne dit pas son nom.

On est surpris aussi de la prétendue vertu dont s’enrobent ceux qui se réclament du multiculturalisme, une posture politique qui n’existe dans aucun autre pays. Les Anglophones peuvent conserver l’assurance tranquille qu’au Canada anglais, dès la deuxième génération, les immigrants parleront anglais. On vantera évidemment les contributions originales des nouveaux venus, qui sont réelles. Mais tout cela finira dans le « melting-pot » canadien où il sera difficile de trouver des traces des diverses origines, autres que quelques habitudes culinaires et des pratiques culturelles ou religieuses qui ne résistent pas complètement à l’usure du temps. Tout le monde prendra plus ou moins la couleur canadienne. Comme c’est assez normal dans toutes les sociétés d’accueil.

Sauf au Québec. Parce qu’ici, les immigrants viennent d’abord au Canada, où l’anglais a tout le prestige que lui donnent sa position dominante en Amérique du Nord et la place qu’il occupe dans les échanges internationaux.

Il ne faudra pas oublier d’expliquer cette situation délicate au candidat à la mairie de Montréal, Balarama Holness, qui semble penser que les deux langues officielles du pays ont le même poids partout dans la métropole.

Nous n’existerions pas que certains amis, outre Outaouais, s’en trouveraient même fort soulagés. M. Rousseau le premier peut-être.

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