La confession du président-directeur général d’Air Canada

« L’affaire Rousseau » suscite une indignation unanime et légitime. Mais le scandale dépasse l’ignorance de monsieur pour la langue de ses ancêtres et de sa conjointe. Cela jette la lumière sur l’indifférence, voire le rejet, de la culture québécoise et francophone de la part des anglophones.

Michael Rousseau confesse n’avoir jamais trouvé le temps d’apprendre le français, mais c’est aussi qu’il n’a probablement jamais été en contact avec la culture francophone. Qu’il ne l’a jamais trouvée assez intéressante pour essayer de comprendre les paroles des chansons de Daniel Bélanger ou de Richard Desjardins. Qu’il n’a jamais lu une ligne d’un roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette ou de Dany Laferrière. Qu’il n’a jamais vu une mise en scène d’une pièce de Michel Tremblay ou de Fanny Britt. Qu’il n’a jamais saisi une blague de Louis-José Houde. En fait, tous ces noms lui sont parfaitement étrangers.

À l’origine et au fondement de cette indignation qu’ont suscitée les propos de M. Rousseau réside le fait qu’il n’a jamais fait aucun effort pour apprendre le français. Il n’y a jamais vu d’intérêt : cette culture ne suscite pas sa curiosité. Tout le monde sait qu’il n’est certainement pas le seul.

Le problème, c’est qu’aucune loi ne peut rien contre cette indifférence. Aucun contrat social ne peut forcer une population à s’intéresser à ses artistes, à aimer une culture.

Nous-mêmes comme peuple francophone nous consommons beaucoup de culture anglo-saxonne. Je dirais même que notre attention culturelle est centrée sur cette culture. Souvent au détriment de la nôtre. Combien de fois ai-je entendu un étudiant me dire qu’il « n’aimai[t] pas la littérature québécoise », alors qu’il n’en avait jamais rien lu ! Les exemples sont nombreux.

On peut exiger des étrangers qui souhaitent s’établir ici qu’ils apprennent notre langue pour travailler. Mais on ne peut pas chialer contre leur indifférence face à notre culture si, nous-mêmes, on ne lui accorde pas la valeur et l’importance qu’elle mérite. Faire des plaintes, oui, durcir des lois, sans doute. Mais ne faudrait-il pas (re)commencer à porter fièrement notre culture ? À lire, à écouter de la musique, à aller au théâtre en français… à programmer des conférences en français ? Pour paraphraser un lointain cousin du président d’Air Canada, il ne faut pas perdre de temps à dire ce qu’il faut faire, il faut le faire ou se taire.

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