Liberté responsable

La liberté d’expression est-elle absolue ? Faut-il privilégier une approche permissive et large plutôt que restrictive, de crainte que des pressions politiques, judiciaires ou financières finissent par compromettre cette valeur fondamentale ?

On peut comprendre, dans le contexte actuel d’inquiétante rectitude politique, que la réaffirmation de la liberté d’expression soit reçue comme un baume par les professeurs, les journalistes et les artistes qui ont fait l’objet de menaces pour avoir abordé certains sujets ou énoncé des mots jugés offensants. Profs, journalistes et artistes doivent profiter de la plus large liberté possible parce qu’ils font profession de chercher la vérité, parce que, tels des phares, ils nous éclairent devant la complexité du monde.

En même temps, un autre courant, celui du déferlement de haine dans les médias sociaux, peut trouver dans cette réaffirmation un encouragement à poursuivre son odieuse activité. Ajoutez à cela les campagnes de désinformation qui sévissent sur différentes plateformes et qui ont des conséquences désastreuses sur la vie sociale et sur la santé publique, notamment.

Convient-il donc, dans certains cas, de freiner la liberté d’expression ? Gravité de niveau élevé, propos haineux, diffamation, atteinte à la dignité sont des critères de limitation généralement reconnus. Par contre, la condamnation de propos « répugnants » pourrait constituer un dangereux précédent, selon certains. Elle ouvrirait la porte à une multitude de poursuites. Mais ne faut-il pas créer le précédent si on veut démontrer que la limite existe pour des cas exceptionnels ? Ne convient-il pas de réprimer les voies de fait verbales au même titre que l’on sanctionne les voies de fait physiques (les unes et les autres étant également préjudiciables) ?

La liberté d’expression est une valeur fondamentale et précieuse en démocratie. Cependant, la liberté, ça se mérite par un usage responsable, déférent et civil. Pour assurer sa survie, il importe que la liberté cohabite avec d’autres valeurs tout aussi fondamentales dans une société civilisée : responsabilité, décence, respect ! Ce sont nos remparts contre le chaos. La limite, pour les cas extrêmes, est donc essentielle. Il convient de tracer clairement la ligne à ne pas franchir. Car si le chaos s’installe, à force d’abus de diverses natures, cela justifiera des mesures restrictives qui pourraient compromettre à tout jamais cette chère liberté.

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