La publicité ciblée et la fascination de soi

En lisant l’excellent Devoir de philo de Julie Roussil (« La société d’hyperconsommation n’a pas dit son dernier mot », 9-10 octobre), il m’est venu à l’esprit la question suivante : se pourrait-il que, contre toute attente, bien des gens apprécient la publicité ciblée sur les médias sociaux ?

Que les géants du numérique déploient autant d’ingéniosité à diagnostiquer précisément nos besoins (et à en inventer) fait probablement l’affaire de beaucoup de gens, dont le magasinage s’en trouve ainsi facilité. Surtout, la publicité ciblée agit comme un miroir de notre identité et de nos choix de consommation, dont on peut parfois être tout simplement fiers.

Voyons l’autodescription de Mme Roussil : « Jeune professionnelle active, soucieuse de l’environnement et de l’achat local »… Il n’y a rien là en soi de gênant, au contraire. Le problème réside là où la consommation glisse vers l’« hyper », comme l’autrice l’explique bien.

Voir quels produits et services nous proposent les algorithmes de ciblage vient flatter notre vanité et notre autosatisfaction, un peu comme entendre un ami parler de nous, un ami qui nous connaît parfois encore mieux que nous-mêmes.

La publicité ciblée étale nos goûts et nos aspirations, en dénote l’évolution et les paradoxes, et nous trouvons fascinant de nous faire parler ainsi de nous-mêmes. Les fameux cookies publicitaires sont finalement une véritable nourriture pour notre fascination de soi !

À voir en vidéo