Impuissance

La question des vaccins exacerbe nos différences et nous les rend perceptibles alors que la plupart du temps, pour vivre en société, nous évitons de mentionner ce qui nous sépare afin de ne pas entrer en conflit. Ainsi, lorsque j’ai entendu Christian Dubé (ou était-ce François Legault ?), plus tôt cet été, exhorter chaque Québécois à en convaincre un autre de se faire vacciner, j’ai pensé en mon for intérieur que c’était mission impossible. Avec les opposants au vaccin, on n’est pas sur le terrain de la raison, mais sur celui de la foi, c’est-à-dire d’une croyance qui échappe à la réalité empirique. On ne peut pas « convaincre » une telle personne de changer d’idée. Je me sens donc bien impuissante à essayer de le faire. Je n’ai rien trouvé de mieux que de mentionner fréquemment avoir reçu mes deux doses et attendre avec impatience que mes enfants puissent recevoir la leur, dans l’espoir que, par une étrange osmose, mes paroles pousseront quelqu’un à se faire vacciner. Par contre, lorsque j’entends que les soins apportés aux malades de la COVID — vaccinés ou pas — auront un impact négatif sur la survie des personnes atteintes de cancer pendant les dix prochaines années au Québec, mon sentiment d’impuissance se mue en sentiment d’injustice. Je n’arrive pas à accepter que des gens refusent toujours de se faire vacciner et qu’ils monopolisent des ressources médicales qui sont nécessaires à d’autres. Avoir un cancer est une terrible épreuve et une grande source d’anxiété. La plus grande consolation, pour bien des malades, est de savoir que leur maladie a été détectée à un stade précoce et qu’elle sera traitée avec diligence. Devoir vivre avec des retards causés — en bonne partie — par des soins prodigués à des personnes non vaccinées est une souffrance inutile, et il est compréhensible qu’elle suscite la colère des malades et des soignants. Toutefois, à ce problème, il semble qu’il n’y ait pas de solution : nous sommes prisonniers de notre condition, qui est de vivre en société.

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