Absurde campagne

Je me demande si Justin Trudeau prendra pleinement conscience sans tarder non seulement de l’usure du pouvoir qu’il incarne, mais aussi de la déception, voire du cynisme, dans lesquels sentiments il laisse macérer une partie de l’électorat.

La maturité politique supplanterait-elle chez lui le narcissisme ? Quittera-t-il la vie politique ? Qui le remplacera ? En une telle campagne sur fond de pandémie, on ne peut pas conclure que la politique fédérale se renouvelle ni se réinvente.

Trudeau remporte une autre élection par défaut. Au soir de sa demi-victoire, il voit un pays uni alors qu’il est profondément divisé. Il s’est montré opportuniste à l’extrême, confiant que la générosité de son gouvernement pendant la pandémie lui vaudrait une victoire éclatante. Lui éclate en plein visage l’ingratitude d’un peuple dont le vote n’est pas facilement monnayable ni négociable. En voyant ses enfants à ses côtés, je me demandais si Trudeau se soucie de l’inflation et de l’endettement des générations à suivre.

En 2015, je voulais croire en une meilleure cohorte de jeunes politiciens au-dessus de la mêlée, ouverte à la transpartisanerie. Je suis amèrement déçue. La génération des Trudeau et Mélanie Joly n’a pas su prouver qu’il lui était possible de faire de la politique autrement, de débattre sans ambiguïtés, de faire fi de la langue de bois et surtout de proposer une vision de l’avenir, inspirante, plausible, à long terme. À les voir faire campagne, de cabale en cabale, de débat en débat, ils faisaient vieux jeu. Se superposait en mon esprit le souvenir de politiciens de l’ancien temps.

La pandémie jusqu’ici a été très exigeante envers les citoyens, avions-nous besoin de nous soumettre à une campagne électorale devenant aussi absurde ? Cela nous ramène à deux questions existentielles, sempiternelles pour la sexagénaire que je suis : qu’est-ce donc que ce pays nommé Canada et qu’est-ce donc que d’être fièrement québécois ? Le saurais-je un jour avant de mourir ?

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