Un «Requiem» en guise de résistance

Le 11 septembre 2021, PBS transmettait le Requiem de Verdi avec l’orchestre du Metropolitan Opera, que dirigeait Yannick Nézet-Séguin, une toute première prestation en salle depuis mars 2020. Une production que PBS a subitement interrompue à quelques minutes du finale poignant : il semble que le temps alloué était dépassé, ce qui risquait de porter ombrage aux publicitaires.

Qu’à cela ne tienne, cette soirée était marquante. Une commémoration sur fond de renaissance des talibans à Kaboul ; la reconstitution, de peine et de misère à cause de la pandémie, d’un orchestre disloqué, dont 11 des 96 membres à plein temps ont pris leur retraite. Pendant plus d’un an, les musiciens du Met n’ont pas été rémunérés. Un maestro réanimant une institution au bord du gouffre.

Il y a eu des milliers de morts le 11 septembre 2001, mais aussi des milliers de décès par les guerres qui ont eu lieu depuis vingt ans. On compte des milliers de victimes de la COVID-19. Immense est le vide à combler avec une certaine spiritualité et l’intelligence du cœur.

Au lent sortir de la crise sanitaire, nous constatons une survie vacillante d’institutions orchestrales et d’opéras, jadis prestigieux, s’étant à peine relevés à la suite de la crise économique, qui a forcé, en 2011, l’orchestre de Philadelphie à déclarer faillite.

Du 11 septembre 2001 d’aucuns se souviennent du ciel bleu éclatant. Méfions-nous du ciel bleu, l’ouragan peut arriver si abruptement avec ses effets dévastateurs. Du Requiem de Verdi du Met, des voix puissantes du chœur et des solistes, des musiciens qui faisaient contre mauvaise fortune, bon cœur, je retiens le bleu nuit enveloppant le tout. Ce bleu nuit qui nous fait languir entre pénombre et lueur, entre chagrin inconsolable et espoir de résilience. La résistance par la culture, la musique, l’art lyrique, la culture qui renaît de ses cendres, cet effort collectif sur scène de la part d’Artistes, avec une majuscule, qui combattent toute extinction de l’humanisme. Il importe de ne jamais cesser d’y croire et d’y participer.

 

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