S’envoyer en l’air!

La saga du REM de surface vers le centre-ville et l’est de l’île de Montréal me rappelle les élucubrations de Jean Drapeau, maire de Montréal, qui pendant un certain temps avait songé sérieusement à doter sa ville d’un monorail plutôt que d’un métro souterrain. Il avait fallu le bon sens et l’acharnement de son bras droit, Lucien Saulnier, pour l’empêcher de poursuivre cette lubie. C’est Saulnier qui l’a convaincu d’aller visiter le métro de Paris pour planter le clou dans le cercueil de ce délire aérien.

Les politiciens préfèrent souvent des projets visibles plutôt que discrets. Les différentes administrations municipales ont ainsi négligé pendant des décennies l’entretien et les réparations des tuyaux qui transportent l’eau dans le sous-sol de l’île de Montréal, mais soutenu le financement de projets spectaculaires (Expo 67, Jeux olympiques, etc.) dont les retombées politiques sont plus faciles à cueillir. Couper un ruban symbolique pour inaugurer un réseau d’égouts n’est pas très rentable. Nous en payons le prix aujourd’hui en slalomant entre les milliers de cônes orange qui balafrent nos rues.

Encore une fois, avec le projet du REM vers le centre-ville et l’est de l’île, on semble choisir d’investir dans la rentabilité politique à court terme plutôt que de patiemment et sérieusement développer le réseau souterrain du métro. Quel « Lucien Saulnier » provincial aura le courage d’inviter le premier ministre du Québec à venir visiter Paris pour comprendre comment cette capitale continue de prolonger son système de transport en commun en prolongeant son métro ? Et qu’on ne vienne pas me dire que le sous-sol de Montréal est trop fragile ou encombré pour y creuser des tunnels [...]. J’ai voyagé par métro dans des villes comme Istanbul, Budapest, New York, Londres, Boston, Paris, Rome et Mexico dont les constructeurs ont eu à creuser plus profondément afin de contourner des obstacles ou de ne pas détruire des vestiges histo-riques [...] pour offrir à leurs ci-toyens un moyen de transport rapide, sécuritaire et efficace.

Confier la responsabilité de développer et de financer le REM à la Caisse de dépôt et placement du Québec est un subterfuge grossier qui permettra à des non-élus de défigurer le centre-ville, de déshumaniser encore plus les quartiers de l’est, permettant du même coup aux dirigeants politiques de la province de ne pas ouvertement présenter un budget déficitaire, mais d’espérer récolter à court terme les retombées politiques si chères à ceux qui s’imaginent qu’il faut savoir « s’envoyer en l’air » pour être vu et entendu.

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