Carnage sur le ring

La boxeuse mexicaine Jeanette Zacarias Zapata vient de tomber au combat, terrassée par un solide coup droit asséné par Marie-Pier Houle en fin de quatrième round d’un duel qui devait en compter six. Ce triste événement n’est pas sans rappeler la fin de carrière douloureuse du boxeur Adonis Stevenson en décembre 2018 à Québec. Stevenson avait subi alors une hémorragie cérébrale qui heureusement ne l’a pas tué, mais qui a laissé l’ancien boxeur avec de grosses séquelles. Quelques jours après la défaite de Stevenson, Markus Beyer, celui-là qui avait ravi à Éric Lucas le titre mondial des super-moyens en 2003, est décédé à 47 ans. Ne parlons pas de tous ces boxeurs qui, à l’approche de la cinquantaine, à l’instar de Mohamed Ali, ont l’apparence de vieillards.

Revenons surtout sur la barbarie d’un sport dont le but est de décapiter l’adversaire. Quand on voit l’importance que prend la mobilisation concernant la maltraitance, comment expliquer la tolérance sociale qui entoure la boxe ? Ou plutôt, comment comprendre l’engouement spectaculaire qui l’accompagne ?

La boxe ne serait-elle pas au fond la métaphore parfaite du capitalisme triomphant ? Un monde où des milliers d’individus doivent jouer leur va-tout et où seuls quelques-uns dominent. Le boxeur, d’une certaine façon, n’agit pas autrement que selon ce que dictent les lois implacables du marché : il prend tous les risques et n’épargne aucune souffrance aux autres pour atteindre son but. L’élimination naturelle se charge du reste.

Dans les faits, notre civilisation, en comparaison de la Rome antique, sous l’éclairage des néons et du bonheur marchand, n’a pas progressé d’un iota sur le plan de l’inconscient collectif. Elle ne carbure encore qu’au royaume du pain et des jeux. Et la boxe, un peu plus que les autres sports peut-être, envoie ses enfants au combat comme naguère César envoyait ses gladiateurs dans l’arène. Et ceux-là d’entonner de concert : « Ave Caesar, morituri te salutant ! » Nous, nous ne saluons plus un empereur en mourant, mais nous laissons dépérir nos semblables sous les volées des coups et la violence des assauts. De la descente dans l’arène à la montée sur le ring, l’humanité ne serait-elle pas demeurée, hélas, à l’âge de Cro-Magnon ?

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