Muskrat Falls: un malheur n’arrive jamais seul

Lancé par le premier ministre Dany Williams qui voulait faire un pied de nez au Québec, géré par un conseil d’administration où aucun des membres n’avait jamais eu la moindre expérience dans le domaine hydroélectrique, construit par des entrepreneurs dont aucun ne provenait du Canada et ne connaissait les conditions rigoureuses qui règnent dans notre pays, et ce, en « tassant » littéralement sans égard les populations autochtones qui forment la très grande majorité de la population du Labrador, le projet ne pouvait être amorcé de plus mauvaise façon.

Évidemment, les mésaventures se sont vite enchaînées : d’immenses abris d’hiver qui s’écroulent sur le chantier, la faillite de l’entrepreneur général, des manifestations à répétition, des achats à l’étranger de matériel de très mauvaise qualité et, surtout, des retards. Sur ces grands chantiers qui se prolongent sur plusieurs années, lorsque les choses vont rondement, les coûts reliés à l’inflation et au financement comptent facilement pour quelque 40 % de l’estimation. Chaque année de retard représente une catastrophe sur le plan financier, et ce, sans ajouter un clou aux structures. Alors, imaginez l’effet de quatre années de retard ! Ajoutez encore les pertes de production d’énergie et les coûts de gestion et d’exploitation du chantier !

Et comme un malheur ne vient jamais seul, désormais il ne faut pas trop compter sur la réa-lisation du projet de Gull Island pour rétablir la situation financière. En effet, il s’avère qu’il y a une répercussion de cette mauvaise exécution qui ne semble pas avoir été reconnue jusqu’à maintenant. Parce que le projet de Muskrat Falls a été réalisé avant celui de Gull Island, soit dans l’ordre inverse à ce qui avait été prévu, son réservoir
inonde désormais sur plusieurs mètres de profondeur le site de Gull Island et, entre autres effets, cela réduit fortement le débit de conception des ouvrages de dérivation (ces deux énormes tunnels où passe la rivière pendant la construction du barrage), cette capacité de pouvoir passer les crues, surtout face aux nouvelles exigences liées aux changements climatiques.

La conception de l’ensemble du projet se doit d’être revue de fond en comble. La faisabilité même du projet se doit d’être confirmée à nouveau. Devra-t-on ajouter un troisième tunnel de dérivation ? Quel échéancier en découlera ? Gull Island demeure-t-il réalisable, et à quel prix ? On ne peut négocier sans d’abord réaliser ces nouvelles études. Les Terre-Neuviens auront même réussi l’exploit de massacrer les deux sites simultanément !

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