Les bûcherons des glaces…

On reconnaît habituellement un bûcheron à sa barbe, à sa chemise à carreaux ; c’est du moins le stéréotype que l’on s’en fait. On sait aussi qu’un bûcheron pratique son métier en forêt à l’abri des regards. Or, un nouveau type de bûcheron a depuis quelques années émergé des glaces, et je ne parle pas ici de la banquise. Celui-ci se déploie sur une surface glacée blanche, maculée de lignes bleues et rouges. Sur cette patinoire, car il est bien évidemment question de hockey, se dresse un bûcheron qui n’a rien à voir avec le type « forêt boréale », sauf la barbe. Alors que le premier fait usage d’une scie mécanique pour l’abattage, le second utilise un bâton à des fins parfois similaires.

Chaque équipe compte généralement plusieurs bûcherons ; le CH ne fait pas exception à la règle. Et son capitaine à la pole position : Shea Weber, soulagé depuis peu d’un symbolique 5000 $. Barbe forte, traits du visage sévères, mains solidement ancrées sur le gouret, ce « bûcheron des glaces » n’hésite pas à jouer la carte de l’abattage en accrochant, dardant (à outrance devant le but et dans les coins), assénant, matraquant l’adversaire qui s’aventure avec la rondelle. Je n’ose imaginer Jean Béliveau, Henri Richard ou Yvan Cournoyer, tous d’anciens capitaines du Tricolore, utiliser leur bâton à la manière d’un mousquetaire ; inimaginable. C’est une véritable disgrâce de voir le C sur le devant du chandail numéro 6 des Canadiens de Montréal.

Bien sûr que le bûcheron Weber n’est pas le seul à manier son bâton à la d’Artagnan ; ils sont légion dans ce circuit majeur à jouer les bûcherons impénitents, impunis. Oui, car les autorités de la LNH ferment les yeux sur cette violence gratuite, cautionnée non seulement par les dirigeants de la ligue, mais aussi par les joueurs et entraîneurs. C’est le commissaire lui-même, Gary Bettman, que l’on pourrait ironiquement traduire par « Bêteman », qui en a rajouté une couche récemment en affirmant que ses arbitres étaient les plus compétents de tous les sports professionnels confondus ; un discours arrogant, discriminatoire, mensonger. Faut-il s’étonner alors que notre sport national, devenu pure entité américaine, fasse dans la violence et la dérision ? Bettman est un Américain du Queens à New York, le siège de la LNH est aux États-Unis et la majorité des équipes desservent une clientèle américaine. Cela suffit à comprendre l’ensemble du portrait, du moins pour moi.

À voir en vidéo