Sur les guerres franco-iroquoises

Comme d’autres lecteurs du Devoir, j’aimerais commenter à mon tour l’article (paru dans Le Devoir du 19 juin) de Serge Joyal sur la « cruauté » de Paul Chomedey de Maisonneuve et d’Adam Dollard des Ormeaux et sur certains complices de l’Amérique du Nord britannique.

Les faits d’armes de MM. de Maisonneuve et des Ormeaux s’inscrivent dans le cadre de ce que le courant majoritaire de l’historiographie québécoise désigne sous le nom de « guerres franco-iroquoises ». Ville-Marie a été fondée le 16 mai 1642, sans aucune expulsion d’Autochtones du territoire de l’île ; ce n’est qu’au printemps 1643 que les Mohawks ont vent de la création de ce poste, vu la grande distance entre l’île et leur territoire d’occupation. Toutes les attaques menées contre le Canada par les Mohawks (ou par d’autres membres de la Ligue des Cinq Nations) ont été organisées à partir de territoires situés dans l’actuel État de New York. Question : Maisonneuve se défendait-il fièrement, ou cruellement, contre ses agresseurs ?

Le fait d’armes du Long-Sault est attesté par la plupart des historiens. Cependant, la canonisation de Des Ormeaux dans les vieux manuels d’histoire est aujourd’hui rejetée unanimement et il n’a bien sûr pas l’importance historique du cofondateur de Montréal. Peu importe qu’il ait voulu avant tout s’emparer des fourrures transportées par des Mohawks sur la rivière des Outaouais, avec ou sans l’intention de protéger Montréal, cette action se situe dans une phase aiguë de ces guerres franco-iroquoises. C’est alors un acte de bravoure [...] dans la recherche audacieuse d’un butin de guerre qui fait de lui aussi un héros.

Cependant, et je suis d’accord là-dessus avec monsieur Joyal, il serait fort pertinent que les Mohawks soient invités à installer des plaques exposant leurs versions des faits (en kanienke’ha, français et anglais) concernant ces deux personnages. Nos peuples peuvent fraterniser dans le respect de la mémoire de nos braves et de nos visions respectives de l’Histoire. [...]

J’ajoute en terminant que je suis tout à fait d’accord avec lui lorsqu’il critique durement les tristes sires, membres des classes dirigeantes du Québec, qui ont participé avec enthousiasme aux agissements de l’Amérique du Nord britannique relatifs aux Autochtones. Les Québécois doivent en effet assumer toute la responsabilité de leurs torts, tout en repoussant énergiquement les tentatives de leur faire porter le poids de ceux des autres.

À voir en vidéo