Un raccourci hasardeux

Merci à André Binette de nous avoir rappelé les assises juridiques de la Loi sur les Indiens, des réserves et des pensionnats (Le Devoir, 15 juin, A 7). Mais attribuer au Québec, voire aux Canadiens français, selon le vocable de l’époque, une coresponsabilité de cette histoire est un raccourci hasardeux. Car il passe sous silence le fait que cet ordre politico-juridique, commencé en 1851 au Parlement du Canada uni, suivait de près l’élimination de l’Assemblée législative du Bas-Canada lors la deuxième conquête du Canada par l’Empire britannique. Celle des patriotes de 1837-1838, qui, eux, contestaient avec la parole mais aussi avec les armes ce nouvel ordre mondial que l’Empire britannique établissait et dont les tentacules s’étendraient de la Chine au Canada en passant par l’Inde et l’Afrique. Pendus, emprisonnés, excommuniés et bannis, ils ont payé cher cette contestation.

Il n’est pas anodin de rappeler que le plus ardent et vocal partisan de la répression militaire des patriotes dès 1836, Adam Thom, rédacteur en chef du Montreal Herald — aussi l’un des rédacteurs du rapport Durham —, a été envoyé en 1839 à la Rivière Rouge (aujourd’hui le Manitoba). Sa mission : réorganiser le système juridique de ces territoires pour la Couronne britannique. Outre le fait qu’il s’est vite trouvé dans un conflit acrimonieux avec les Métis de langue française, dont Louis Riel père, il a rédigé un plaidoyer détaillé en faveur de l’expansion de l’Empire britannique qui engloberait les territoires des États actuels de l’Oregon et de Washington.

Dans la mesure où une certaine élite canadienne-française aura accepté, pour des miettes, d’être cooptée par la Couronne afin de participer à cette expansion sans précédent de l’Empire, cette élite en porte une part de responsabilité. Mais même là, ces personnes n’étaient ni les concepteurs ni les moteurs de ces politiques.

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