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Deux cent quinze

c’est un carnage, un abattage

c’est une honte que je n’arrive plus à faire taire en moi

Deux cent quinze

c’est le silence complice et consenti

le silence du lâche et du bourreau

Deux cent quinze

c’est l’innocence saccagée,

des corps abusés, corrompus, jetés

Deux cent quinze

c’est une hystérie institutionnalisée

une aliénation jaillie de l’aveuglement de bon droit

Deux cent quinze

c’est le mépris souverain

d’un lambeau d’humanité en naufrage

Deux cent quinze

c’est un cri muet

qui lacère nos consciences

Deux cent quinze

c’est notre totale et entière responsabilité

devenue servile et complaisante

Deux cent quinze

c’est l’exigence absolue de l’heure

notre obligation morale imparable, urgente

Deux cent quinze

c’est le nombre de bougies

qu’il faudra faire brûler en permanence

pour que leurs flammes

éclairent l’ignoble mémoire

et la rendent désormais obligatoire,

irréfutable, expiatoire

à travers le pays entier

une cérémonie officielle doit dire

une cérémonie officielle doit chanter

une cérémonie officielle doit honorer

les victimes de cette abjection

et les remettre à leurs familles,

à leurs communautés,

avec toute la contrition que cela exige,

pour qu’elles reposent en paix

pour qu’elles retrouvent la paix

notre société canadienne

touchée en tous lieux par un inqualifiable fléau

cautionné depuis trop longtemps par de tièdes excuses,

se devra de tenir impérativement

une grande commémoration nationale

faisant acte de révérence, de décence et de gravité,

notre société au grand complet devra

y convier les Premières Nations

pour enfin, et de façon décisive,

tenter de défier l’impossible mission de réparer,

de clore l’ère des abus,

des drames et de l’ignorance,

pour poser la première pierre blanche,

la reconnaissance pleine et loyale

de nos peuples réunis dans un cérémonial significatif

ayant valeur de jalon et de symbole historique

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