Les pensionnats autochtones et l’Église catholique

Ceux qui connaissent un tant soit peu l’histoire du Canada savent que la population amérindienne a été systématiquement mise à l’écart à la suite de la naissance de la Confédération et de l’adoption de la Loi fédérale sur les Indiens. En Ontario, au Québec et dans les provinces maritimes, on a créé des réserves pour les peuples autochtones, anciens alliés militaires ou partenaires commerciaux, qui y étaient établis depuis des siècles. Dans l’Ouest, c’est la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique suivie par des campagnes d’immigration massive du gouvernement fédéral qui conduisit ce dernier à parquer les Amérindiens des plaines dans des réserves en vertu de traités bidon. […]

À la fin du XIXe siècle […], le gouvernement fédéral entreprit d’accélérer son assimilation en mettant en place un réseau de pensionnats dont il confia la direction à des représentants de plusieurs confessions religieuses. Or, il se trouve qu’un nombre important de ces pensionnats ont été administrés par des congrégations religieuses catholiques, dont celui de Kamloops.

Ce qui est désolant, sinon scandaleux, dans tout cela, c’est que les évêques, les vrais patrons de l’Église catholique au Canada, aient accepté de participer à ce programme et, ainsi, révélé combien ils partageaient la vision du gouvernement canadien et de la société canadienne en général à propos des Amérindiens. Seuls les documents d’archives conservés par le gouvernement fédéral, les diocèses et les congrégations religieuses concernés peuvent nous faire connaître la nature et les conditions des ententes intervenues entre le gouvernement fédéral et les représentants de l’Église catholique de même que la manière dont ces pensionnats ont été administrés. Faciliter l’accès à ces documents serait beaucoup plus utile au rétablissement du lien de confiance essentiel qui doit exister entre le clergé et les fidèles que de plates excuses et le recours à des avocats habiles bien rémunérés.

Après les nombreuses poursuites subies dans le cadre des procès de pédophilie, les évêques et les supérieurs de congrégations religieuses n’ont pas vraiment le choix, quoi qu’il en coûte financièrement. En définitive, c’est la crédibilité, et donc le sort, de l’Église institutionnelle, déjà fort amochée qui est en jeu. Il me semble que cela mérite réflexion, réflexion s’inspirant évidemment de l’Évangile.

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13 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 11 juin 2021 05 h 43

    L’évangile est justement le problème pour les relations autochtones avec l'église catholique et/ la culture occidentale.

    • Marc Therrien - Abonné 11 juin 2021 10 h 45

      C’est sûrement avec l’Évangile que s’ensuivit la passion d’évangéliser.

      Marc Therrien

    • Christian Roy - Abonné 11 juin 2021 11 h 55

      Pourtant, on y retrouve écrit entre autres cette injonction: "Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît." École de Matthieu 6. 33

      Je crois que se cache au coeur de tout homme une soif de justice. Reste à s'en inspirer collectivement au profit de tous, sans exception - et j'inclus les générations à venir.

      La cause du problème ne vient pas du texte mais de la résistance (bien humaine) à le mettre en pratique.

  • Pierre Boucher - Inscrit 11 juin 2021 06 h 56

    Catho protestant

    Il y a, et il y a eu probablement, dans le clergé catholique, des religieux plus près de l'Évangile que de l'institution : Abbé Pierre, Guy Gilbert, Henri Boulad, Eugen Drewerman par exemple. D'ailleurs, ces derniers ne ce sont pas gênés pour critiquer vertement cette institution malsaine. Des cathos à l'esprit protestant.

    S'ils avaient vécu au 15e ou au 16e siècle, Rome les aurait passer au bûcher. Aujourd'hui, Rome les met au ban.

    Avec la supposée conversion de l'empereur Constantin au 4e siècle, Rome a fait main basse sur l'Église d'alors pour en faire un autre empire romain, avec le pape comme empereur, avec toute l'influence de la culture gréco-romaine de l'époque.
    L'Église catholique est une organisation pyramidale avec son despote romain au sommet.
    L'institution a remplacé l'esprit d'humilité et de pauvreté de l'Évangile par la soif de pouvoir et de richesse.
    On connaît le dicton : Le pouvoir absolu corrompt absolument.

    Moi, qui ait connu l'Église d'avant Vatican II, la messe en latin, son catéchisme hérétique, l'interdiction de lire les Écritures, etc., j'ai largué cette organisation toxique voilà longtemps pour embrasser le protestantisme. Meilleure décision de ma vie.

    Anecdote.
    Ma mère : « Pourquoi t'as changé de religion? »
    Moi : « Je n'ai pas changé de religion. On pratique le même sport, le christianisme. On est juste pas dans le même club. »

    • Jacinthe DiGregorio - Abonnée 11 juin 2021 08 h 36

      ''interdiction de lire les écritures''? Mais quand ça. J'ai connu l'avant Vatican, la messe en latin, le cathéchisme...

    • Gilbert Troutet - Abonné 11 juin 2021 09 h 52

      J'ai moi-même connu un temps où la lecture de l'Ancien Testament était « à l'index ». Il faudrait parler aussi des tous les textes «apocryphes»... Comme pour l'islam, il y a nos ayatollahs qui décident pour vous ce qu'il faut croire. Par exemple, le 1er novembre 1950, l'Assomption de Marie est définie comme un dogme de foi par le pape Pie XII : « Par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par Notre propre autorité, Nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste ». Dur à croire au XXe siècle.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 11 juin 2021 07 h 43

    Très judicieuse analyse. Cachez ce désir génocidaire déguisé sous le pieux vocable "d'évangélisation". Après tout, les religions ne sont-elles pas censées être des institutions d'amour et de paix, qui se targuent d'être les porteuses de la morale?

  • Louise Melançon - Abonnée 11 juin 2021 09 h 34

    Oui...dans le catholicisme, contrairement au protestantisme, on ne mettait pas les Écritures dans les mains des fidèles.... c'était plutöt un catéchisme... dogmatique...

  • Benoit Gaboury - Abonné 11 juin 2021 09 h 45

    Une enquête sérieuse s'impose

    Article intéressant qui résume bien un certain état de grande inquiétude actuellement chez plusieurs de nos contemporains. Mais, il y a aussi sur l'Église catholique un autre article, paru aujourd'hui même dans le Devoir et intitulé «Marie Labrecque, au service des damnés de la société». À le lire objectivement, c'est quand même un remarquable témoignage de dévouement, comme il y en a eu de nombreux autres sans doute à l’intérieur de l’Église. Cela, il ne faut pas l'oublier non plus. Et il nous rappelle aussi pourquoi il convient de ne pas être trop instantané dans nos jugements sur le passé, car l'auteur a raison d'insister en ajoutant que «seuls les documents d’archives conservés par le gouvernement fédéral, les diocèses et les congrégations religieuses concernés peuvent nous faire connaître la nature et les conditions des ententes intervenues entre le gouvernement fédéral et les représentants de l’Église catholique de même que la manière dont ces pensionnats ont été administrés. » Et on pourrait peut-être ajouter qu’il faudrait aussi mieux connaître la cause médicale de la mort de ces enfants, car sans doute le gouvernement avait-il embauché des médecins pour ces pensionnats et ils ont dû produire des rapports de décès. Une enquête approfondie nous éclairera mieux. C'est ce que tout le monde attend.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 juin 2021 11 h 23

      • Es Sœurs de la Provcidence possédaient une douizaine d’hôpitaux dont St-Jean-de-Dieu avec 5 600 lits, le plus grand hôpital psyciatrique au Canada,

      "A la fin des années 1950, les communautés de femmes étaient propriétaires de 105 hôpitaux dans la province, dont certains gigantesques. Les religieuses catholiques administraient, à la même époque, 36 des 66 hôpitaux situés à l’extérieur du Québec.(...)

      Les services sociaux : écoles, hôpitaux, hospices, orphelinats sont des créations chrétiennes érigées par la foi des hommes et des femmes qui y ont consacré leur vie mais dans la matérialité des choses tout n'était surement pas parfait et tous n'étaient pas également à la hauteur...". De l'excellent livre de Claude Gravel:"La vie dans les communautés religieuses 1840-1960 L'âge de la ferveur