À propos des travailleurs guatémaltèques

Je m’étonne que personne ne mentionne le fait que les travailleurs guatémaltèques qui viennent au Canada sont vraisemblablement des Autochtones mayas — tout comme un certain nombre de travailleuses et de travailleurs mexicains d’ailleurs. Pour moi, les mauvais traitements qu’on leur inflige ainsi que le mépris et la condescendance avec lesquels on les traite s’inscrivent en continuité avec la façon dont on a traité ou on traite les Autochtones du Canada. Par ailleurs, le fait qu’on ait déclaré que leur travail est essentiel à notre sécurité alimentaire n’a de toute évidence rien changé aux conditions dans lesquelles on les relègue. On peut donc en profiter pour réfléchir encore davantage sur la signification et la portée du racisme systémique en même temps qu’on pourrait se demander pour qui au juste ces travailleurs sont essentiels ?

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5 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 11 juin 2021 01 h 25

    Ici ailleurs.

    Comme bien des Québécois, je suis allé travailler dans les plantations de tabac en Ontario.

    Nous étions hébergés dans une grange ou entassés dans un simple garage. A la fin d’une journée éreintante au grand soleil, un réservoir d’eau à l’extérieur permettait aux premiers arrivés de profiter de l’eau chaude. Les autres se dégommaient à l’eau froide.

    Même si nous participions à la richesse de la région, nous étions des "outsiders", des "pas fréquentables" Quebecers. Nous les descendants des pionniers, des désoucheurs du pays, des explorateurs du continent. Canadiens, premiers du nom !

    Vous voyez, on n’a pas à aller très loin pour fabriquer du systémique.
    On dira, c’était l’époque. Vrai.

    Comme c’était difficile de garder les Québécois en laisse, on a importé des Mexicains.
    Et le tabac ? On le cultive toujours mais on le vend aux Chinois.

  • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2021 08 h 59

    Lorsqu’on se compare, on se console

    Ces travailleurs ne sont qu’essentiels pour enrichir certains puisqu’ils ne veulent pas payer des salaires décents. Si des salaires adéquats étaient au rendez-vous, les centaines de milliers de gens sur le chômage ou sur l’aide sociale accourraient pour y travailler si cela était à avantage.

    C’est le nouvel esclavage du 21e siècle. Pour les preneurs, les travailleurs étrangers, c’est une aubaine pour eux puisqu’ils feront des salaires de 4 à 5 fois qu’ils recevraient normalement dans leur pays et cela, s’ils avaient un travail. Les gouvernements encouragent cette pratique qui est dépourvue d'éthique.

    Cela dit, les autochtones du Mexique et de l'Amérique centrale sont traités encore avec plus de dédain que les autochtones d'ici dans leur pays respectif. Il faut le dire, les Espagnols n’ont pas mis les gants blancs dans leur conquête du nouveau monde. En République dominicaine, ils ont exterminé tous les tainos, les autochtones qui vivaient sur cette île depuis des millénaires. Aujourd’hui, il n’y en n’a plus.

    • Pierre Rousseau - Abonné 11 juin 2021 09 h 48

      Et les Canadiens ont exterminé tous les Béothuks de l'île de Terre Neuve. On oublie trop facilement le dédain d'ici envers les Autochtones, surtout quand on se souvient de la lapidation des gens qui passaient en voiture lors d'une crise célèbre de 1990. Il n'y a rien de consolant en comparant la situation des Autochtones d'ici avec celle d'Amérique centrale et du Sud, ces pays n'ayant même pas eu de politiques du genre des pensionnats des pays du nord et où les langues autochtones sont encore bien vivantes et utilisées au jour le jour.

      Même au Mexique, on a intégré le passé autochtone à la fibre nationale (on n'a qu'à visiter le musée d'anthropologie de Mexico) et on a fait preuve de beaucoup de retenue face aux Zapatistes du Chiapas qui contrôlent encore depuis 1990 une grande partie de la région. Si cela arrivait ici, on aurait l'armée, la police, le SCRS et tutti quanti pour stopper les Autochtones dans leur désir d'autodétermination, la crise de 1990 en étant un exemple patent.

      S'il est vrai que la situation des peuples autochtones d'Amérique latine est loin d'être enviable, au moins ils sont reconnus comme nations autonomes dans les constitutions de ces pays. Certains ont fait des avancées en gouvernance et en matière je justice que bien des Autochtones d'ici envieraient.

      Enfin, si les producteurs doivent se tourner vers les travailleurs étrangers, un genre de «cheap labour», c'est surtout parce que le consommateur n'est pas prêt à payer plus cher pour les produits des fermes d'ici et la concurrence étrangère est féroce alors qu'on peut trouver des fraises du Mexique moins chères que celles du Québec. C'est un autre effet de la mondialisation et du libre-échange.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2021 13 h 23

      @ Pierre Rousseau

      « Et les Canadiens ont exterminé tous les Béothuks de l'île de Terre Neuve. »

      Correction. Et les Anglais ont exterminé tous les Béothuks de l'île de Terre Neuve.

      « S'il est vrai que la situation des peuples autochtones d'Amérique latine est loin d'être enviable, au moins ils sont reconnus comme nations autonomes dans les constitutions de ces pays. «

      Correction. Ils n’ont aucun pouvoir et sont à la merci de leurs gouvernements. En fait de pauvreté, c’est cinq fois plus terrible que pour les autochtones d’ici. Ils font tout simplement pitiés.

      « Enfin, si les producteurs doivent se tourner vers les travailleurs étrangers, un genre de «cheap labour», c'est surtout parce que le consommateur n'est pas prêt à payer plus cher pour les produits des fermes d'ici et la concurrence étrangère est féroce alors qu'on peut trouver des fraises du Mexique moins chères que celles du Québec. »

      Faux. Personne n’a demandé à quiconque s’il voulait des travailleurs étrangers et encore moins payer moins cher pour ceux-ci. Il n’y a pas si longtemps, il n’y en avait pas de travailleurs étrangers dans les fermes et les gens achetaient leurs fruits et légumes de toute façon. C’est un faux problème. Fait inusité, lorsque j’étais en Californie, terre des travailleurs étrangers et d’où viennent les denrées alimentaires que nous consommons, on payait les fruits et les légumes plus chers qu’au Québec. En d’autre mots, le prix du marché est réglé sur la capacité des consommateurs de payer pour maximiser les profits et non sur le véritable coût, libre-échange oblige.

      En parlant de fraises, celles du Québec sont deux à trois supérieures au goût que celles qu’on retrouve dans nos marchés venant de la Californie ou d’ailleurs.

    • Alain Cloutier - Abonné 11 juin 2021 16 h 37

      Nous avons été aux asperges en 1997 à Thamesville, ONT.

      C'est vrai que l'hébergement était très archaïque, mais c'était propre, sans moisissure et la nourriture était bonne.

      Le fermier et sa famille étaient vraiment très gentils. Et toujours bien accueillis dans la communauté, malgré mon handicap linguistique.

      Les gens y étaient tellement sympathique, que j'ai même pris l'information pour un jour m'y établir.

      De beaux souvenir de ma fin vingtaine!

      Merci!