Un enseignement déshumanisé… vraiment?

L’enseignement « derrière un écran » est-il calamiteux, comme semble l’affirmer Patrick Moreau (Le Devoir, 7 juin) ? Mon expérience d’enseignement à distance depuis un an ainsi que la rétroaction obtenue de mes étudiants me permettent d’en douter.

Mettons-nous d’accord sur un point : oui, par l’autonomie et la motivation qu’il exige, l’enseignement à distance ne convient pas à tous. Mais tant qu’une offre globale (en présence, hybride ou à distance) est disponible, où est le mal ? Plusieurs étudiants, dont certains affirment qu’ils étaient au départ peu enthousiastes à l’idée d’étudier à distance, ont eu des commentaires dithyrambiques sur leur cours. De toute évidence, avec le matériel spécialement conçu pour un apprentissage autonome, avec la rétroaction individuelle au moyen de tests de compréhension, avec ses activités en petits groupes et en plénière, cette pédagogie a été grandement appréciée.

Non, ce mode d’enseignement technicisé ne manque pas de souplesse et il est tout sauf déshumanisé. En fait, chose étrange et intéressante, les rapports humains médiatisés par l’écran peuvent être aussi, sinon plus personnels. Interpeller directement un étudiant n’entraîne pas ce malaise qui est courant en salle de classe. Les étudiants entrent plus volontiers dans le jeu.

Mon objectif est de permettre aux étudiants de mieux comprendre le monde qui les entoure, de les outiller pour analyser plus finement les enjeux contemporains ; bref, pour en faire des citoyens éveillés. Et, oui, certains nous disent qu’ils en sortent transformés ; qu’ils n’avaient jamais été sensibilisés à certaines réalités, qu’ils vont voir le monde autrement.

Mieux que d’avoir simplement « livré une marchandise », je crois bien humblement avoir contribué à l’éveil de jeunes citoyens.

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8 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 9 juin 2021 06 h 32

    Le plus comique dans toute cette affaire c’est le fait de savoir et de voir la majorité des gens, jeunes ou vieux, avoir le nez collé en permanence sur leur cellulaire ou leur Facebook et autres mirages réseautiques. Dans nos sociétés la distance est devenue présence. Cherchez l’erreur.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 juin 2021 08 h 41

      Vous avez raison, et vous prêchez par l'exemple, M. Yvon Montoya.

  • Marcel Vachon - Abonné 9 juin 2021 09 h 19

    Excellent texte Louis Langelier que je partage entièrement. Bravo.

  • Cyril Dionne - Abonné 9 juin 2021 10 h 07

    100% d'accord

    100% d’accord avec cette lettre de M. Langelier. En fait, l’école à distance offre une flexibilité d’horaire qui est tout sauf inhumain ou déshumanisé. J’ai fait la plupart de mes cours en présentiel où je me disais en moi-même, quelle perte de temps à écouter discourir le professeur en question sur sa vision personnelle des choses. Pardieu, donnez-moi les livres à lire, les travaux à remettre et quand et où passer l’examen final. C’est tout dont on avait besoin comme étudiant. On ne rencontre pas ce problème avec l’école à distance. Idem pour l’évaluation; votre note reflète la qualité de votre travail et non si le professeur vous aime ou vous aime pas en classe ou que vous n’endossez pas sa vision personnelle.

    Ceux qui peinent dans cette forme d’enseignement, l’école à distance, ce sont ceux pour qui l’école supérieure est un endroit surtout pour socialiser et faire toute sorte de choses à part de l’apprentissage. Qui n’a pas connu quelqu’un à l’université qui n’en était pas à son 2e ou 3e changement de faculté ou de cours, surtout ceux qui naviguent dans les sciences sociales. Des étudiants professionnels, on rencontre cela seulement en présentiel. Oui, l’école à distance nécessite une discipline et une responsabilité personnelle, en bref, tout comme dans la vraie vie.

    Enfin, nous sommes en 2021 où les problèmes les ardus peuvent être solutionné par tous dans le monde en temps réel puisque nous sommes tous interconnectés. En Californie, la Silicon Valley plus précisément, les gens quittent cet état par milliers et vont dans des endroits où le coût de la vie est moindre et la qualité de vie est multipliée par un facteur de dix, surtout pour ceux qui ont des enfants tout en travaillant pour le même employeur. Ce phénomène ne ralentira pas, il va s’accentuer.

    En passant, la Californie est en train de se dépeupler de tous ses cerveaux.

    • Marc Therrien - Abonné 9 juin 2021 16 h 42

      Voilà donc un éveil salutaire qui n’est pas provoqué par le mouvement « woke ».

      Je connais 2 ou 3 professeurs, amants de la recherche, pour qui l’enseignement devant la foule d’étudiants qui les « mange » du regard est une douleur dans le cou, qui doivent certainement apprécier cette mise à distance dans le confort de leur bureau.

      Marc Therrien

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 9 juin 2021 11 h 54

    Je partage votre opinion


    Pour ma part, durant les années soixante-dix j'ai suivi les cours par correspondance du ministère de l'Éducation sur les amplificateurs «push–pull» à lampes, ce qui a pertinemment éclairé par la suite mes cours de science au collégial;

    À la même époque, le ministère de l'Éducation vendait aussi par correspondance les cours qui mènent au diplôme du Secondaire V, avec à la carte le bloc scientifique (trigonométrie, chimie, physique); les cours étaient supervisés par un enseignant avec qui l'étudiant correspondait par lettres et chacun des cours était sanctionné par un examen final sous surveillance pour lequel les étudiants étaient convoqués dans leur région.

    De même, le Cégep Rosemont vendait par correspondance les cours collégiaux de mathématique fondamentale et appliquée (calcul, vecteur, statistique, probabilité) ainsi que tous les cours du DEC en science humaine ainsi que ceux du DEC en administration; l'étudiant postait ses travaux à l'enseignant et le cas échéant pour soumettre ses questions l'étudiant était convié à des rendez-vous téléphoniques avec son enseignant. Un examen final sous surveillance sanctionnait chacun des cours et pour lequel les étudiants étaient convoqués dans leur région.

    De la même façon, TÉLUQ existe depuis une cinquantaine d'années et offre à distance «plus de 125 programmes et 430 cours», tandis que l'UQAR offre par correspondance depuis près d'une dizaine d'années le baccalauréat en enseignement professionnel.

    Il y a des cours qui ne se prêtent pas à l'enseignement à distance, de même qu'il y a des étudiants que l'on doit prendre par la main;

    Toutefois, depuis longtemps il ne manque pas d'amateurs de cours par correspondance; des amateurs qui y trouvent leur compte, s'entend!

  • Yann Leduc - Abonné 9 juin 2021 12 h 23

    La réalité, une perte de temps ?

    Prendre ses deux jambes pour se rendre à un cours avec des humains autour de soi, c'est fatiguant et angoissant n'est-ce pas ? C'est tellement plus pratique de rester dans sa bulle virtuelle. La réalité serait-elle devenue une perte de temps ?