Lancez-nous une vraie bouée

Dans quelques semaines, c’est un chapitre de la vie de milliers de jeunes qui se termine. Un chemin tumultueux pour certains. Nous priver, nous interdire de célébrer cette étape de vie est selon moi illogique. Pour plusieurs, cette graduation sera la première et la dernière. On n’a pas tous cette chance de se dire : « Au pire, ce n’est pas très grave, j’ai la graduation de cégep et d’université. »

Nous, élèves du secondaire, nous nous sommes pliés en quatre à chaque nouvelle mesure et restriction sanitaire annoncée par le gouvernement pour avoir l’espoir de peut-être retrouver une fin d’année normale. On le sait bien, le moral et la motivation des élèves se sont envolés il y a bien longtemps. Nous acceptions toutes les mesures, même si elles ne faisaient pas notre bonheur : école hybride, étape de 35 % et 65 %. On prenait, excusez l’expression, des coups de pelle dans le visage toutes les deux semaines.

L’espoir revient : les cas diminuent, le vaccin arrive, les jeunes de 12 à 17 ans peuvent enfin recevoir leur dose. Tout jouait en notre faveur. Les mesures de déconfinement sont enclenchées ! Les bals peuvent avoir lieu, les directions encouragent leurs élèves à aller se faire vacciner pour atteindre les 75 %. Les régions descendent d’un palier. Les sourires reviennent sur nos visages.

Du jour au lendemain, tout s’écroule… deux pages complètes de restrictions interdisant toute forme de festivités de fin d’études hors du terrain de l’école et hors des heures de cours. Êtes-vous réellement en train de me dire qu’après ces cinq années, dont deux chaotiques et déconstruites, après tous ces « up and down », tous ces pleurs d’épuisement, on ne mérite rien ?

À la suite de cette nouvelle, je me suis sentie comme si je me noyais et que les dirigeants de la santé publique me lançaient une bouée, mais surprise, elle est remplie de roches…

Ce ne sont pas toutes les écoles qui ont cette chance d’avoir un auditorium ou un grand terrain. Des inégalités se créent. Je souhaite simplement comprendre la logique derrière cette décision. Pourquoi toutes ces mesures de déconfinement, pourquoi permettre les rassemblements et non les bals ou seulement les graduations ? Tout ce qu’on demande c’est, pour une fois, de penser à nous. En nous donnant davantage de jeu, vous empêchez les gens de se regrouper dans des parcs ou d’autres endroits bien moins contrôlés. Vous avez le gros bout du bâton, on compte sur vous.

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3 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 09 h 40

    Misère à la puissance du Googolplex

    C’est sûr que sans une graduation, les jeunes ne se sentent pas complets dans leur être fragile. Mais une graduation, pourquoi? Pour célébrer un rite de passage tellement américanisé aujourd’hui et vide de sens? On pensait tous que l’école pour les premiers concernés, soient les étudiants, eh bien, ce sont eux qui en bénéficiaient personnellement.

    Dire sans rire qu’ils se sont pliés en quatre à chaque nouvelle mesure et restriction sanitaire annoncée par le gouvernement est pathétique. Quant est-il de la population en générale, de ceux qui sont montés au front dans les hôpitaux et les CHSLD, dans les écoles, vous savez les enseignants, eux qui se sont plus que pliés en quatre, mais plutôt en cinq, six, sept... pour accomoder leur clientèle étudiante?

    Vous avez eu votre diplôme, n’est-ce pas suffisant à 16 ans? Qu’avez-vous accompli de si extraordinaire pour la société sans référer à votre nombril personnel? Misère.

  • Paul Gagnon - Inscrit 3 juin 2021 09 h 53

    Quand on parle de 75% de vaccinés

    on parle, évidemment, des deux doses.

  • Christian Roy - Abonné 3 juin 2021 12 h 34

    Avec vous, les jeunes !

    Salutations à toi Rosalie Corbeil et à ta cohorte finissante de 2021 !

    Vous prenez la parole en public. Vous communiquez avec vigueur et style votre point de vue et vos demandes.

    Je ne sais si vous serez entendus. Mais une chose est sûre... vous vous êtes tenus, par cet écrit, debouts et dignes.

    Les derniers mois furent bouleversants pour une très grande partie de la population. Puissions-nous chacun de notre côté - quelques soient notre âge et notre niveau socio-économique - y tirer des enseignements pour faire face aux situations inusitées et prévisibles que le 21e siècle promet.

    Vive ces rassemblements festifs qui marquent les passages. Qu'ils nous rendent plus forts, plus résilients, plus persévérants et plus conscients de notre interdépendance.