L’école de la bienveillance

Récemment, on déplorait les lacunes en français des élèves du collégial, et plus particulièrement en littératie : les élèves du collégial peinent à comprendre un texte littéraire et à rendre compte de leurs idées tant à l’oral qu’à l’écrit. En parallèle avec ce constat reviennent les éternelles rengaines : pourquoi faire lire des classiques déconnectés des programmes ou techniques de nos élèves ? Pourquoi ne pas mettre davantage d’œuvres au choix ? Cette adaptation constante à la « réalité » des élèves au centre de l’école de la bienveillance est pourtant, à mon avis, à l’origine de leurs lacunes.

Depuis l’apparition des « compétences du XXIe siècle » que sont devenues les nouvelles technologies, un étrange revirement a lieu en éducation où il n’est plus tant question de « discipline », au sens de matière enseignée et de règles de conduite, que de pédagogie et d’adaptation aux besoins de l’élève. Cet univers scolaire où règnent l’empathie, l’écoute et les accommodements a pour résultat paradoxal de produire des êtres centrés sur leurs besoins et incapables de concentration ou d’intérêt dès que l’exercice demandé exige de sortir de sa zone de confort. Ce n’est plus à l’élève de s’approprier une matière, mais à la matière de venir à lui, annihilant le sens même de la notion d’effort.

Dans cet univers douillet, le moindre inconfort devient une (micro) agression qui nuit à son apprentissage et qui devient la priorité du jour. En se positionnant comme victimes de leurs différences, nos élèves n’ont pas conscience qu’ils mordent à des appâts qui les distraient des décisions politiques à l’origine de leur anxiété et qui ne les préparent absolument pas au marché du travail, où les mots d’ordre sont productivité, compétitivité et dépassement de soi. Ils s’attaquent plutôt aux alliés que sont leurs professeurs en limitant la liberté d’enseignement et les débats d’idées dont l’ultime visée est de mieux les outiller pour mener à bien leurs combats.

Car la grande particularité de l’école de la bienveillance, c’est d’être à sens unique. On y exige des enseignants qu’ils répondent aux différences de tout un chacun dans des classes bondées sans autres ressources qu’une formation sur la pédagogie inclusive. Et pendant qu’on forme les professeurs à mieux écouter leurs élèves, une société refuse d’entendre leurs revendications et de remettre en question un système qui nous rend tous malades.

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