L’école de la bienveillance

Récemment, on déplorait les lacunes en français des élèves du collégial, et plus particulièrement en littératie : les élèves du collégial peinent à comprendre un texte littéraire et à rendre compte de leurs idées tant à l’oral qu’à l’écrit. En parallèle avec ce constat reviennent les éternelles rengaines : pourquoi faire lire des classiques déconnectés des programmes ou techniques de nos élèves ? Pourquoi ne pas mettre davantage d’œuvres au choix ? Cette adaptation constante à la « réalité » des élèves au centre de l’école de la bienveillance est pourtant, à mon avis, à l’origine de leurs lacunes.

Depuis l’apparition des « compétences du XXIe siècle » que sont devenues les nouvelles technologies, un étrange revirement a lieu en éducation où il n’est plus tant question de « discipline », au sens de matière enseignée et de règles de conduite, que de pédagogie et d’adaptation aux besoins de l’élève. Cet univers scolaire où règnent l’empathie, l’écoute et les accommodements a pour résultat paradoxal de produire des êtres centrés sur leurs besoins et incapables de concentration ou d’intérêt dès que l’exercice demandé exige de sortir de sa zone de confort. Ce n’est plus à l’élève de s’approprier une matière, mais à la matière de venir à lui, annihilant le sens même de la notion d’effort.

Dans cet univers douillet, le moindre inconfort devient une (micro) agression qui nuit à son apprentissage et qui devient la priorité du jour. En se positionnant comme victimes de leurs différences, nos élèves n’ont pas conscience qu’ils mordent à des appâts qui les distraient des décisions politiques à l’origine de leur anxiété et qui ne les préparent absolument pas au marché du travail, où les mots d’ordre sont productivité, compétitivité et dépassement de soi. Ils s’attaquent plutôt aux alliés que sont leurs professeurs en limitant la liberté d’enseignement et les débats d’idées dont l’ultime visée est de mieux les outiller pour mener à bien leurs combats.

Car la grande particularité de l’école de la bienveillance, c’est d’être à sens unique. On y exige des enseignants qu’ils répondent aux différences de tout un chacun dans des classes bondées sans autres ressources qu’une formation sur la pédagogie inclusive. Et pendant qu’on forme les professeurs à mieux écouter leurs élèves, une société refuse d’entendre leurs revendications et de remettre en question un système qui nous rend tous malades.

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9 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 1 juin 2021 09 h 28

    La réalité dévore toujours ses enfants

    Vous venez de résumer en quelques mots l’éducation « woke » d’aujourd’hui où les « safe spaces » pour contrer les supposées micro agressions abondent. En bref, l’éducation pour les nuls. La dissonance cognitive, vous savez, la façon d’apprendre de nouveaux concepts, n’est pas pour ces êtres douillets dépourvus d’habilités pour survivre dans un monde qui ne leur fera pas de cadeau. En fait, c’est la doctrine constructiviste à l’œuvre puisque l’apprenant construit son monde et sa réalité à partir de son bagage antérieur et l’enseignant.e n’est qu’un facilitateur et un guide. Si l’armoire est vide dans ce cas, eh bien, ce sera encore bien plus facile pour lui.

    La réalité n’est pas inclusive. Tous se battent pour conserver ou accaparer le bien d’autrui depuis que le monde est monde. Le gens n’ont que faire de ceux qui gagnent un trophée pour seulement avoir participé. La réalité dévore toujours ses enfants.

    • Marc Therrien - Abonné 1 juin 2021 16 h 54

      «La réalité dévore toujours ses enfants». Je ne sais pas si vous empruntez cette métaphore à la mythologie grecque dans laquelle c’est Cronos, roi des Titans et père de Zeus, qui est représenté comme mangeant ses enfants que les modernes confondent souvent avec son patronyme Chronos, dieu de l’espace-temps et de la Destinée. Mais hormis la mythologie grecque dont est issue cette métaphore, on peut concevoir que l’univers et le temps dans leur durée ont de toute éternité dévoré les enfants qui y sont apparus.

      Marc Therrien

    • Marc Pelletier - Abonné 1 juin 2021 17 h 18

      Merci M. Dionne pour votre commentaire fort pertinent ! Nos gouvernements ont laissé " les armoires " se vider, les parents ne s'en sont pas préoccupés , étant attirés par d'autres objectifs et....... nos enfants ont été laissés à eux-mêmes ; le résultat est là, à brailler !

      Mme Isabelle Morissette, grand Merci pour votre lettre dans laquelle vous mettez le doigt sur la cause de notre échec collectif !
      Vous dites : " ... un étrange revirement a lieu en éducation où il n'est plus tant question de " discipline " ( mot tabou dans notre société ), au sens de matière enseignée et de rêgles de conduites.....".

      La " valeur " argent a refoulé, mise au rancart, beaucoup de vraies valeurs dans notre société : " qui nous guérira, qui nous sauvera ? " .

  • Hélène Paulette - Abonnée 1 juin 2021 09 h 38

    Vous touchez au "nerf de la guerre" madame Morissette.

    L'école n'est plus un lieu de savoir mais de formation de futurs employés modèles, d'individus tournés vers leurs besoins primaires et ignorants de la solidarité citoyenne. Tout, sauf des personnes capables de remise en question et de réflexion... De parfaits consommateurs quoi!

  • Paul Gagnon - Inscrit 1 juin 2021 09 h 49

    Une petite pilule et une petite granule

    vont vous corriger cela.
    Il parait qu'on manque de pédagogues et de psychologues dans nos écoles!
    Entre la pharmacie et la SQDC, il y a pourtant l'école du bonheur...

  • Nadia Alexan - Abonnée 1 juin 2021 11 h 09

    «L'homme ne vivra pas de pain seulement».

    Je ne suis pas d'accord avec la pédagogie moderne qui considère l'effort exigé d'un étudiant pour apprendre soit une entrave à son esprit libre.
    Il y'a des connaissances qu'une personne censée être instruite doit savoir.
    Par exemple, les références à la littérature, à la mythologie gréco- romaine, à l'histoire et à la philosophie qu'une personne doit connaitre avant d'embarquer à une contribution valable à la société.
    Je suis contre toute éducation utilitaire basée sur les besoins mercantiles de l'entreprise.
    L'enseignement de l'histoire, de la philosophie, la littérature et l'humanisme, la civilité et le civisme sont essentiels pour former une personne sensible aux besoins des autres et non pas seulement centrée sur lui-même.

  • Claude Richard - Abonné 1 juin 2021 13 h 42

    La bienveillance partout

    Ce n'est pas que l'école qui porte la marque de la bienveillance aujourd'hui. Je crois qu'il n'y a pas un domaine qui y échappe. Prenez le Téléjournal de Céline Galipeau ou de Patrice Roy. Que de reportages et d'entrevues sur des groupes soi-disant ostracisés, à tort ou à raison: noirs, musulmans, autochtones, homosexuels, femmes, transgenres, etc.! Je ne conteste pas que souvent il y a motif à souligner des lacunes ou de la discrimination, mais, par exemple, dans le cas des adversaires de la loi 21, il ya tellement d'exagération et de manipulation que c'en est fâchant. Bienveillant pour tout le monde sauf pour le groupe ethnique auquel on appartient.