«Nihil novi sub sole»

Dans un texte publié dans Le Devoir (19 mai 2021), Monsieur Olivier Gamelin, professeur de français au niveau collégial, s’indigne – avec raison – de la place, trop petite à son avis, que l’on fait aux auteurs d’ici par rapport à ceux de France dans les tests de français. Ce phénomène n’est pas nouveau… Dans la seconde moitié des années 1800, la Loi sur l’Instruction publique obligeait les inspecteurs des écoles primaires à distribuer, à la fin de l’année, des « livres de récompense » pour excellence en histoire sainte, français, assiduité, etc. On a même vu un livre remis à un enfant du primaire pour « sagesse » ! Souvent, ce livre de récompense était le seul livre dans la maison.

Ces livres de récompense venaient surtout de France et de Belgique. Ils étaient très cathos et, du fait de leurs thèmes, de peu d’intérêt pour les enfants d’ici. Il a fallu que le journaliste et imprimeur de Québec George-Édouard Desbarats – qui parle de livres « bourrés de niaiseries » – s’indigne lui aussi de cet état de fait pour que ça change. Tranquillement, le Département de l’instruction publique (DIP) commence à remettre aux enfants des œuvres d’auteurs d’ici : Patrice Lacombe, Antoine Gérin-Lajoie, Philippe Aubert de Gaspé, François-Xavier Garneau, E.-Z. Massicotte, Arthur Buies, Benjamin Sulte, Henri-Raymond Casgrain, Joseph Marmette, Laure Conan, etc. On dit même que Claude-Henri Grignon faisait du démarchage auprès du DIP, car c’est le DIP qui achetait les livres…

Tous conviendront que ces livres n’étaient pas toujours adaptés aux enfants ni que c’étaient des chefs-d’œuvre. Mais c’était un début d’affranchissement. Le libraire Jean Gagnon écrivait en 1980 que plus d’un million et demi d’exemplaires de livres d’ici (son étude s’arrêtait en 1931) avaient été distribués par les inspecteurs. Ce n’est pas rien.

Il me semble qu’il faut connaître « sa » littérature plus, sinon autant, que celle des autres. On trouve dans les choses l’intérêt qu’on y met.

 

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