Le droit à la fratrie

« Ne séparez pas nos enfants ! » C’est le cri lancé par de nombreux parents au moment où la décision d’un placement est prononcée en protection de la jeunesse.

Or, très souvent, dans les faits, non seulement les enfants d’une même famille sont séparés, mais les relations entre les frères et les sœurs sont négligées. Pourtant, les enfants le disent : « Je m’ennuie de ma sœur, je m’ennuie de mon frère. »

Je pense à ce garçon de neuf ans qui a pris soin de son petit frère dès les premiers mois de sa vie, suppléant ainsi aux grandes difficultés de leur maman, et qui par le placement a été brusquement arraché à lui. Il a fallu beaucoup de détermination de la part de la famille d’accueil du plus jeune pour permettre les retrouvailles entre les deux frères, plusieurs mois plus tard, et ensuite réclamer avec insistance des visites récurrentes entre les deux garçons. Le maintien des liens entre les deux frères n’était assurément pas une priorité pour les intervenants, et encore moins un « droit ».

Quand, dans les aléas du placement, les visites familiales qui réunissent les parents et leurs enfants sont espacées ou même interrompues, les liens entre les frères et sœurs sont grandement fragilisés. L’enfant placé est perdant sur toute la ligne ; il perd le lien avec ses parents, il perd le lien avec ses frères et sœurs, sans parler des grands-parents. Et ces ruptures sont souvent irréversibles. « C’est dur à réparer », disent les jeunes et les adultes qui essaient de renouer avec des membres de leur famille à la suite d’un placement.

Ce 28 avril 2021, alors qu’était dévoilé le rapport Laurent, le gouvernement belge votait à l’unanimité une loi consacrant « le droit des frères et sœurs de ne pas être séparés en cas de placement des enfants en famille d’accueil ou en institution ».

Cette initiative venant de la Belgique doit nous faire réfléchir : trop souvent, le placement et l’adoption sont abordés sous le seul angle de la rupture avec des parents biologiques, comme si l’enfant était dans tous les cas un enfant unique. Les enfants placés n’ont-ils pas le droit, autant que les nôtres, de grandir en proximité avec leur(s) frère(s) et sœur(s), quand ils en ont ?

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3 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 14 mai 2021 08 h 33

    « L’enfant placé est perdant sur toute la ligne »


    L'époque des enfants du péché n'est pas révolue, on les condamne encore à l'infamie pour avoir eu le mauvais goût d'être mal nés.

    Il y a plus d'une cinquantaine d'années que perdure le scandale que vous dénoncez;

    Depuis le temps, si nos politiciens avaient la moindre considération pour ces jeunes-là, il y a belle lurette, par exemple, que le Québec ne pousserait pas à la rue, sans autre formalité, ses pupilles de dix-huit ans sans ressource, sans diplôme et sans formation professionnelle.

  • Rose Marquis - Abonnée 14 mai 2021 09 h 28

    En pensant à Andrée Ruffo

    En lisant cet article je me suis rappelé l'ancienne juge Andrée Ruffo, dans un livre, je ne me rappelle plus lequel elle parlait de ces liens entre frères et soeurs, elle avait utilisé l'image d'une grappe de raisin...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 mai 2021 18 h 24

    Personne ?

    « L’enfant placé est perdant sur toute la ligne ; il perd le lien avec ses parents, il perd le lien avec ses frères et sœurs, sans parler des grands-parents. Et ces ruptures sont souvent irréversibles. » (Marie Christine Hendrickx, Membre ATD Quart-Monde, Témoin auditionné, CL)

    De ce genre de ruptures, difficiles à vivre, les personnes concernées sont ou demeureront, de capacité ou de volonté, des membres de la Société en relation-de !

    De plus, irréversibles ou selon, ces ruptures tendent à évoquer une problématique qui, dépassant l’entendement humain, relève du monde de l’itinérance dont personne ne désire personne, hélas !

    Personne ? - 14 mai 2021 -