La FAE fait-elle fausse route?

Selon le grand sociologue Guy Rocher, la commission Parent aura permis une démocratisation en profondeur du système éducatif au Québec. Une véritable révolution en éducation voyait le jour dans les années 1960, soit la laïcisation de notre système éducatif trop longtemps victime d’un certain obscurantisme religieux.

M. Rocher appréhende, à juste titre, une reconfessionnalisation tranquille de l’école publique québécoise si la Loi sur la laïcité de l’État est rejetée. Ne faudrait-il pas porter une oreille attentive lorsqu’un grand penseur de cet acabit s’inquiète face aux dérives d’un tel rejet ? Pendant ce temps, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) porte en appel le jugement de la Cour supérieure qui maintient la loi 21.

Cette prise de position, très critiquable de la part du syndicat, commence sérieusement à m’inquiéter, ainsi que plusieurs collègues, ne voulant certainement pas assister, impuissants, à ce possible recul historique.

Pourtant, en n’adhérant pas à la Loi sur la laïcité de l’État, la FAE semble occulter la mission première de l’école, soit d’instruire et d’éduquer nos élèves, et ce, dans un contexte de neutralité. Neutralité qui se veut inclusive dans le sens noble du terme.

Soyons sérieux, un devoir de réserve envers nos étudiants devrait être au rendez-vous si on veut assurer une neutralité dans l’acte d’enseigner. Cette neutralité oblige une absence de tous signes ostentatoires, toutes religions confondues !

Rappelons-nous que plus de 70 % des Québécois ont appuyé la Loi sur la laïcité de l’État. La FAE ne devrait-elle pas sonder ses membres afin de s’assurer que notre prise de position quant à cet appel représente encore la position de ses enseignants ? Représentativité oblige !

 
18 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2021 06 h 17

    La FAE devrait se concentrer sur le salaire et les conditions de travail de ses membres au lieu de jouer au Don Quichotte pour appuyer les revendications de religions misogynes et homophobes

    On cherche par tous les moyens de faire revenir les religions dans les écoles publiques. C’est un phénomène récent apporté par les vagues successives d’une immigration omniprésente. Qu’est-ce que les croyances des uns, surtout de la part des enseignant.e.s, ont à faire dans la salle de classe?

    Enseigner a toujours été un privilège puisque les parents confient à leurs enseignant.e.s au primaire ce qu’ils ont de plus précieux, leurs enfants. En fait, les enseignant.e.s à ce niveau passent plus de temps avec ces enfants que leurs parents durant la semaine. Maintenant, si vous avez une carte de visite ostentatoire ambulante portée par un.e enseignant.e d’une religion quelconque que les enfants voient et interagissent avec toute le journée, inconsciemment ils sont imprégnés par ce prosélytisme non désiré. À cet âge, le sens privilégié par les enfants pour apprendre est celui du visuel.

    Bon, si 70% des Québécois appuient la loi 21, ceci sous-entend aussi qu’il y a 70% des enseignant.e.s qui sont en faveur de celle-ci. Qu’est-ce que j’entends? La FAE ne consulte pas ses membres dans une décision si importante et porte en appel le jugement sur la loi de la laïcité? C’est peut être le temps de revoir le fonctionnement de ce syndicat et de se le réapproprier. Mais on l’a vu dans le passé, ces dirigeants syndicaux à saveur « wokiste » n’ont souvent pas les intérêts de la majorité de leurs membres à cœur.

    Fait inusité, nous avons des écoles confessionnelles catholiques françaises en Ontario (90% des écoles francophones en Ontario sont catholiques) qui sont subventionnées à 100% par les contribuables. Pourtant, à l’intérieur de ces enceintes, personne ne porte aucun signe ostentatoire. Même les religieuses ou les frères religieux qui enseignent. Ils ont compris que les croyances personnelles qu’ils entretiennent demeurent à la maison et que cela ne fait pas de la « pé-peine » à leur ami imaginaire parce qu’ils ou elles sont des professionnel.le.s de l’enseignement.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2021 08 h 59

      Addendum

      J'ai enseigné dans les écoles catholiques françaises en Ontario et on ne parlait pas de religion catholique, moi qui a été baptisé sans mon consentement explicite (filiation) à l’âge d’un mois et qui n’a jamais été un grand « fefan » de ce cirque religieux. Tout ce qu'il avait en place, c'était un programme de catéchèse où on parlait de valeurs générales pour environ 15 à 20 minutes par jour de temps en temps au primaire. J’ai aussi enseigné dans les écoles publiques françaises et anglaises, et c’était le même scénario. Aucun enseignant.e. portait des symboles ostentatoires quelque soit la cause. Ceci faisait parti de l’éthique et du code déontologie qu’on doit respecté comme enseignant.e en Ontario.

      Alors, cette lubie au Québec de l’urgence pour certain.e.s enseignant.e.s de célébrer son ami imaginaire favori en salle de classe avec une clientèle fragile et sensible doit tout simplement cesser. Il n’y a rien d’inclusif lorsqu’on célèbre les symboles de croyances politico-religieuses qui sont dans l’âme, exclusive pour les femmes et les minorités sexuelles lorsqu’on parle de misogynie et d’homophobie. C’est cela être inclusif, neutre et professionnel dans une société pluraliste.

    • Denis Forcier - Abonné 29 avril 2021 09 h 05

      Dans vos écoles confessionnelles catholiques françaises en Ontario, on ne porte pas de signe religieux . D'accord, c'est beau et sans doute respectueux de la liberté de conscience des élèves et de leurs parents. Mais, dites-moi, est-ce par un choix personnel des enseignants(es) ou ça leur est interdit par la loi ?

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 avril 2021 10 h 24

      Monsieur Guy Rocher, un des Pères de la Révolution tranquille, un homme sage et lucide, a raison de nous prévenir contre le retour de la prédominance de la religion dans nos écoles.
      L'ouverture à la diversité et à l'inclusion ne passe pas par le retour à l'endoctrinement religieux. Les enfants ont le droit d'apprendre dans une atmosphère neutre et sans prosélytisme, en fait et en apparence.
      C'est la raison pour laquelle on a déconfessionnalisé nos écoles justement pour accommoder toutes les croyances des nouveaux arrivants.
      La plupart des sociétés civilisées à travers le monde ont légiféré des lois qui interdisent le port de signes religieux ostentatoires, pour assurer la neutralité de l'école et le droit à la liberté de conscience des enfants.
      Et les cours de justice de la Commission européenne et de toutes les autres juridictions ont appuyé cette législation sans équivoque, même dans les deux États américains de l'Oregon et de la Pennsylvanie.
      Alors, le Syndicat de la FAA doit faire un examen de conscience en sondant leurs membres ouvertement avant de faire de fausses déclarations qui s'appuient sur l'obscurantisme.
      L'histoire ne sera pas tendre à l'égard de ce syndicat s'il persiste à s'entêter contre les valeurs progressistes de la laïcité de toutes les sociétés civilisées.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2021 10 h 30

      Non M. Forcier, ce n'est pas interdit par la loi en Ontario de porter des signes religieux dans les écoles catholiques. La décision fait partie d'un consensus général non écrit des enseignant.e.s lorsqu'on vit dans une société pluraliste et qu'il y a des écoles subventionnées à 100% par les deniers publics.

      Le tout est encouragé par les conseils scolaires eux-mêmes puisqu'ils aimeraient bien se départir, surtout les conseils francophones, de cette appellation catholique. Il n'y a pas plus de catholiques pratiquants en Ontario qu'il y en a au Québec si on parle des francophones.

      En passant, les enseignant.e.s des autres religions s'en donnent à coeur dans les écoles publiques anglophones avec leur kippa, leur turban et leur hijab, phénomène qu’on ne retrouve certainement pas dans les écoles publiques françaises ou bien les écoles catholiques anglaises et françaises qui regroupent plus de 600 000 élèves en Ontario. Mais cela, c'est toute une autre histoire.

  • Marc Therrien - Abonné 29 avril 2021 07 h 33

    Quelle est la vraie route et n'y en a-t-il qu'une?


    Être neutre, c’est d’abord ne pas prendre partie ni pour un camp ni contre un autre. Peut-être que la FAE a ce même sens de la démocratie et de la défense des droits qui l’amène à vouloir protéger la ou les minorités contre la volonté imposante de la majorité. Être défavorable à la neutralisation de l’expression religieuse par son interdiction est aussi une façon d’exercer une neutralité religieuse plus permissive et inclusive pour tous.

    Marc Therrien

  • Réal Gingras - Inscrit 29 avril 2021 08 h 24

    C'est simple

    C'est simple monsieur Bellefeuille,

    La FAE, et son exécutif, est noyautée par une minorité d'islamistes à la Tariq Ramadan dont le seul objectif est justement, comme vous le dites et comme le dit Guy Rocher,, de ramener la reconfessionnalisation en usant des procédures démocratiques syndicales.

    Le FAE regroupe 9 syndicats dont la puissante Alliance des profs de Montréal , elle aussi noyautée.

    Il faut passer par l'Assemblée des délégués et faire voter une résolution, vous avez raison, pour enclancher effectivement une consultation.

    La FAE ne peut pas se dérober à la volonté majoritaire de ses membres.

    Sylvain Mallette doit démissionner. Il n'est pas à la hauteur.

  • Geneviève Perreault - Abonnée 29 avril 2021 08 h 48

    Monsieur Bellefeuille a raison

    Non seulement, je ne suis pas d'accord avec la FAE, mais je n'ai aucune possibilité de m'en dissocier depuis des années. Cette position a été prise en congrès et je reste persuadée qu'elle ne représente pas la majorité d'entre nous. Cette position a été défendue par des activistes (elle l'est encore) qui font partie de notre syndicat et la FAE s'est retrouvée à se porter à la défense d'un petit groupe et ce malgré, des oppositions (qui ont vécu souvent dans des pays «non laïcisés») qui se sont exprimées fortement et rationnellement contre dans les médias. En fait, je pense que cette position nous discrédite. Guy Rocher qui vient d'avoir 97ans il y a quelques jours à peine, doit-être bien découragé...Des enseignantes et des enseignants du Québec, héritiers de la commission Parent, se portant à la défense des signes religieux dans nos écoles...Incroyable !

    Geneviève Perreault Enseignante au secondaire Montréal

  • Pierre Desautels - Abonné 29 avril 2021 08 h 52

    Laïcisation à temps partiel.

    "Une véritable révolution en éducation voyait le jour dans les années 1960, soit la laïcisation de notre système éducatif trop longtemps victime d’un certain obscurantisme religieux."

    Ah oui? Et l'enseignement religieux catholique et protestant dans toutes les écoles publiques du Québec jusqu'en 2005, vous l'aviez oublié? Ce prosélytisme éhonté ne dérangeait pas beaucoup de Québécois, il faut croire.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2021 10 h 14

      Cher M. Desautels, il a plusieurs écoles catholiques aujourd'hui en Ontario subventionnées à 100% par les deniers publics. Pour faire court, il y a 29 conseils catholiques anglophones et 8 conseils catholiques francophones qui regroupent plus de 550 00 étudiants et plus de 1 400 écoles. Pourtant, personne ne porte de signes ostentatoires de la religion catholique dans ces enceintes. Pourtant, le cursus scolaire ne consacre qu’une infime partie du temps de la salle de classe sur des valeurs universels qui sont les mêmes qu’on retrouve dans les écoles publiques ontariennes, qu’elles soient anglaises ou françaises. Je sais, j’y ai enseigné. Personne ne parle de prosélytisme parce qu’il est inexistant. Ils ont même des écoles protestantes à très faibles quantités, mais la plupart de élèves vont à l’école publique.

      Ce qu’on voit dans les écoles publiques en Ontario, ce sont des enseignant.e.s qui portent des symboles ostentatoires en forme de kippa, de turban ou bien d’hijab. Évidemment, pour des raisons religieuses, ils ne sont pas dans les écoles catholiques qui sont pourtant les meilleures en Ontario. Bien bon leur fasse.

      A contrario, ils ont des écoles publiques réservées seulement pour les élèves noirs en Ontario. La communauté noire avait demandé au gouvernement d’avoir leurs propres écoles publiques parce que leurs enfants échouaient dans les écoles mixtes. Le ministère de l’éducation ontarien s’est fait un plaisir de leurs en offrir. Eh bien aujourd’hui, les élèves échouent encore plus dans ces écoles qui sont consacrées seulement pour eux et les résultats sont alarmants au point que plusieurs familles noires optent pour renvoyer leurs enfants dans les écoles mixtes. Vous savez, la ségrégation volontaire ne nous mène nulle part.

      Lorsque dans les écoles publiques il n’y a pas de « prosélytisme éhonté » pour reprendre vos mots, il n’y pas de problème en la demeure.

    • Jacques Patenaude - Abonné 29 avril 2021 20 h 23

      M. Desautels
      S'il est exact que l'enseignement religieux catholique et protestant dans toutes les écoles publiques du Québec jusqu'en 2005. Ce n'est pas que ça ne dérangeait personne. La déconfessionnalisation fut la plus longue et dure bataille de la révolution tranquille. Elle ne s'est concrétisée effectivement aussi tardivement que 2005 et elle fut gagnée à l’arrachée, par lutte de terrain où chaque pouce fut gagné difficilement. Ça explique sans doute pourquoi on a si peur que ça se reconfessionnalise.

    • Pierre Desautels - Abonné 29 avril 2021 22 h 15

      @Jacques Patenaude

      Alors, arrêtez d'avoir peur, cher ami. Ces femmes voilées, francophones, instruites, enseignent le français, les mathématiques et l'histoire, contrairement à ces enseignantes non voilées qui nous abreuvaient des préceptes de l'Église catholique romaine.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2021 23 h 19

      « Ben » M. Desautels, aujourd'hui, ce sont des femmes non voilées, francophones, instruites qui enseignent le français, les mathématiques et l'histoire. C'est le même phénomène en Ontario. Il faudrait arrêter de vivre dans le passé.