Des «coûts importants pour tout le Québec»?

Pour justifier son refus d’implanter un registre des baux en matière de logement locatif, la ministre de l’Habitation fait valoir « l’inaction des gouvernements précédents » et des « coûts importants pour tout le Québec ». De ce fait, les locataires continueront d’assumer les coûts importants découlant de l’incurie du gouvernement et des abus des propriétaires qui clament la loi du marché. De plus, elle affirme son parti pris favorable aux propriétaires.

Implanter un registre des baux, c’est attaquer les hausses abusives et illégales des loyers camouflées par le contournement de la section G du bail pour éviter la contestation du loyer par les locataires. À ces hausses s’ajoutent des dépôts imposés lors de la signature du bail ou après par sa modification unilatérale par les propriétaires.

Sans égard à leur titre, les élus ont une obligation : agir en faveur du bien commun et de l’amélioration des conditions de vie des citoyens. L’implantation d’un registre des baux par le gouvernement est justifiée et incontournable pour contrer les hausses abusives et illégales des loyers. Actuellement, le logement est un bien de consommation dont l’accès est conditionné par la situation financière des locataires. Or, le logement est un lieu où s’organisent et se concentrent les composantes de la vie personnelle et collective indissociables de la dignité humaine. La loi du marché réclamée par les propriétaires n’est pas une solution. De surcroît, les locataires ne sont pas destinés aux seuls profits des propriétaires. Enfin, refuser d’implanter un registre des baux, c’est établir deux classes de citoyens en matière de logement locatif : les propriétaires qui font la loi et les locataires auxquels le droit à un logement convenable à prix abordable est nié.

 
6 commentaires
  • Réjean Martin - Abonné 29 avril 2021 10 h 34

    le contournement de la section G du bail ?

    le contournement de la section G du bail , qu'en est-il au juste ? J'aurais aimé plus de précision

  • Nadia Alexan - Abonnée 29 avril 2021 10 h 44

    Le respect est simple, il suffit de se mettre dans les souliers de l'autre.

    Vous avez raison, Lilie Desjardins. Nos élus sont complètement déconnectés de la réalité des pauvres et de la classe moyenne. J'aimerais voir comment ces élus vont réagir s’ils/elles se trouvaient confiner dans un appartement de 4.5, infesté de coquerelles et de souris, qui coûte au moins 2000.00$ par mois.
    Je suis sure que dans ce cas, ils vont se précipiter pour légiférer des lois pour restreindre la cupidité des propriétaires.

  • Normand Gilles - Abonné 29 avril 2021 11 h 22

    Et un registre des mauvais locataires?

    Histoire vécue... En janvier, un locataire ne paie pas son loyer. Il me dit qu'il va bientôt recevoir la PCU en plus de ses revenus pour un travail non déclaré. Il va donc me rembourser intégralement bientôt. Début février, il ne paie pas son loyer. Je fais une demande en recouvrement au Tribunal administratif du logement. Je reçois à la fin de février une date de d’audience pour le mois de mars. Ce qui est considéré comme très rapide. Le locataire ne paie toujours pas et ne se présente même pas à l’audience. Le 29 mars je reçois le jugement. Le locataire doit me payer les loyers dus au jour de l’audience et il doit quitter le logement dans les 30 jours. Si le locataire ne bouge pas, je pourrai faire appel à un huissier de justice qui, moyennant environ 500$, ira porter un avis d’éviction au locataire, lui laissant un dernier 5 jours de sursis. Mais le mien, « mon locataire », est parti de lui-même le 28 avril, me laissant en souvenir quelques meubles déglingués, une belle collection de bouteilles vides et quelques murs psychédéliques gribouillés en rouge, vert et mauve. En résumé, la perte due à ce mauvais payeur est équivalente à environ 5% du revenu total annuel de cet immeuble. Un registre des mauvais payeurs pourrait me permettre de baisser les loyers de 5%. Par exemple, le loyer de 800$ par mois serait ramené à 760$. Intéressant, non?

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 29 avril 2021 11 h 42

    « Sans égard à leur titre, les élus ont une obligation : agir en faveur du bien commun et de l’amélioration des conditions de vie des citoyens» (Lilie Desjardins)




    Mais ! C'est ce qu'ils font ! Ils agissent en faveur du bien commun [aux propriétaires d'immeubles à logements locatifs] de même qu'ils améliorent les conditions de vie des citoyens [corporatifs].

  • Patrick Boulanger - Abonné 29 avril 2021 16 h 43

    Des coûts importants pour tout le Québec? La ministre Andrée Laforest n'est vraiment pas convaincante, à mon avis, lorsqu'elle défend cette idée :

    « Un registre ou un contrôle des loyers ont toujours été des options écartées par Québec. « Au niveau du registre, on l’a vraiment étudié, mais il y a des coûts très élevés, note la ministre Laforest. En 2011, on avait évalué que ça coûtait environ 6 millions pour avoir un registre. Ça, c’était juste pour le monter. Mais ce n’est pas juste ça, c’est aussi qu’il y avait des provinces qui l’ont essayé et qui l’ont abandonné tout de suite à cause des coûts très, très élevés pour toujours le mettre à jour. Ça coûterait entre 1 et 2 millions par année, d’avoir un registre. » (Le Devoir)

    Voir : https://www.ledevoir.com/documents/special/04-21-loyers-quebec/index.html