Le jour d’après

Nous traversons aujourd’hui une crise sanitaire, sociale et économique terrible. Cette crise est venue percuter une crise écologique en développement, « annonciatrice à court et à long terme d’une crise économique et humanitaire sans précédent ». C’est maintenant qu’il faut réfléchir au « jour d’après ».

Le tour de force qu’il faut réussir à mener pour le Québec de demain, c’est de penser le court et le long terme en même temps : il faut aider les gens qui auront perdu leur emploi, mais aussi la reconstruction des entreprises dont on aura besoin, notamment celles qui nous mettront sur le chemin de la reconversion écologique.

Malheureusement, ce tour de force est difficilement réalisable dans notre système électoral majoritaire qui donne tout le pouvoir à un seul clan victorieux. Un défaut majeur de ce système, c’est qu’un petit changement dans l’humeur et les préférences des électeurs et des électrices peut se traduire par un renversement majeur du pouvoir politique. Dans ce mode majoritaire, perdre ou gagner 5 % du vote dans une élection peut signifier perdre ou gagner 25 % de sièges. Ainsi, ce phénomène donne lieu à beaucoup d’incertitude et développe la fixation des politiciens sur les problèmes à court terme et encourage les partis politiques à chercher l’avantage politique immédiat, aux dépens d’enjeux à long terme, comme les conséquences sociales et économiques lourdes du coronavirus et la construction d’un futur écologique.

Dans un mode proportionnel, le gain ou la perte de 5 % correspond à 5 %. Cela ouvre la porte à un plus grand degré de cohérence des politiques dans le temps et à une perspective plus fortement axée sur le long terme et la capacité de prendre des mesures structurantes.

Ce type de régime qui favorise aussi la formation de gouvernements de coalition, permet de mieux construire une intelligence collective pour que « le jour d’après ne soit pas un retour au jour d’avant ».

Monsieur Legault, c’est dès maintenant que vous devez réfléchir au « jour d’après » et faire adopter le projet de loi pour un changement du mode de scrutin dès ce printemps 2021. Ce n’est pas quand le confinement sera levé et que vous aurez la tête dans le guidon pour sauver des secteurs entiers de l’économie que vous en aurez le temps.

 
7 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 23 avril 2021 05 h 21

    Scrutin de liste: sagesse de Loïc Tassé

    «De nos jours, si des élections proportionnelles avaient lieu au Québec, elles permettraient très probablement de faire élire des députés d’un parti d’anglophones, d’un parti de wokes et d’un parti d’islamistes. Je serais curieux de savoir quel «art du compromis et de la solidarité transpartisane» serait possible avec ces groupes. Le système britannique permet à la majorité de gouverner, plutôt que de subir le chantage des minorités.

    «N’est-ce pas d’ailleurs à ce chantage que l’on assiste dans la fantasmagorique bataille pour faire rayer les mots de père et de mère des formulaires gouvernementaux, sous prétexte que ces termes heurtent une poignée de personnes? N’est-ce pas aussi en raison du chantage d’une minorité que les Québécois de la majorité sont maintenant priés de se taire lorsque des questions autochtones ou de minorités sont discutées? N’est-ce pas la clientèle anglophone de la CAQ qui fait plier François Legault sur l’augmentation des clientèles anglophones des cégeps?

    «Quel serait donc le pouvoir de tous ces groupes avec un scrutin proportionnel qui leur permettrait de fonder chacun un parti et qui leur donnerait l’assurance de faire élire des députés? Parce que c’est ce qui arriverait avec un scrutin proportionnel. Vous voulez vraiment voir à l’Assemblée nationale un parti woke, un parti islamiste, un parti anglophone, un parti autochtone et même, qui sait, un parti transgenres? (…)

    «Ôtez vos lunettes roses théoriques et entrez dans la politique concrète. Avant la défense tous azimuts des droits individuels, pensez aux droits collectifs de la majorité des Québécois. Notre contexte politique est particulier en Amérique du Nord. Nous avons besoin d’un parlement fort plutôt que d’un système proportionnel où nos élus, de compromis en compromis, finiraient par nous faire disparaître.» Loïc Tassé, 23 février 2021.

    • Pierre Rousseau - Abonné 23 avril 2021 08 h 47

      Quel bel exemple de faussetés et de paranoïa face au scrutin proportionnel. De plus, c'est teinté d'ethnocentrisme et de racisme en laissant croire que des groupes ethniques pourraient influencer l'avenir du Québec, comme si c'était épouvantable. Pour empêcher que des gens soient représentés à l'Assemblée nationale, il faudrait selon M. Tassé garder un système anachronique qui fait qu'un petit groupe peut diriger la province comme une dictature soft avec seulement 40% des votes des électeurs. Il faut vraiment ne pas avoir confiance dans nos concitoyens pour tenir un tel discours.

      La démocratie n'est pas une commodité qu'on peut acheter à rabais et une Assemblée nationale doit représenter tous les citoyens pas seulement le peuple élu. Au lieu d'avoir des gouvernements qui se succèdent et défont ce que le précédent a fait, on pourrait enfin avoir des gouvernements de coalition qui planifieraient à plus long terme, pas seulement aux 4 ans. La démocratie c'est souvent exigeant et il est important que les citoyens du Québec soient égaux et que le vote de chacun compte.

  • Cyril Dionne - Abonné 23 avril 2021 08 h 29

    Quelle partie du « NON » tonitruant on ne comprend pas?

    Contrairement aux légendes urbaines, c’est le système électoral majoritaire qui nous donne une stabilité politique en temps de crise. Lorsque nous avons tout monde qui tire la couverte de son côté, rien n’est jamais accompli et ce sont les citoyens qui en souffrent. Avec un système de proportionnel mixte compensatoire, l’État aurait probablement été paralysé durant cette crise sanitaire. En plus, vous avez des gens non élus, les indécrottables, qui mettent de l’avant leur agenda personnel. Aussi, on pourrait se retrouver avec un très petit parti d’illuminés qui détient la balance du pouvoir et qui exerce une forme de chantage sur la population pour faire passer son agenda.

    Non merci, on passe. Aucun changement électoral profond sans l’assentiment de la population québécoise via un référendum sur la question parce que la plupart des gens, ils n’en veulent pas de cette réforme. C’est un système républicain avec de véritables contre-pouvoirs qu’il nous faut, pas un exercice de décoration intérieure.

    • Marie-Claude Bertrand - Abonnée 23 avril 2021 12 h 13

      @Cyril Dionne. "c’est le système électoral majoritaire qui nous donne une stabilité politique en temps de crise"
      Vous faites une déclaration sans l'appuyer. Ce n'est pas une manière de défendre votre cause.
      "Avec un système de proportionnel mixte compensatoire, l’État aurait probablement été paralysé durant cette crise sanitaire" Dommage pour vous mais la Nouvelle-Zelande qui a réformé son mode de scrutin pour un proportionnel mixte compensatoire en 1996 est l'exemple le plus percutant à l'échelle internationale de la réussite de ce pays dans le contrôle de là pandémie.
      " En plus, vous avez des gens non élus, les indécrottables, qui mettent de l’avant leur agenda personnel."
      Avec un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire, tous les député.e.s sont élus. D'une part dans les circonscriptions comme maintenant et ensuite dans les régions lorsque vous choisissez de voter pour un parti vous connaissez le candidat qui est le premier sur la liste et c'est pour celui-là que vous votez. Il sont choisis pour cette liste comme maintenant avec les règles de chaque parti. Cessez de raconter des bobards.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 avril 2021 14 h 53

      Chère madame Bertrand, la Nouvelle-Zélande, un petit pays de 5 millions, est l’exception à la règle sur la planète. Aussi, c’est à vous de vendre vos arguments et c’est à nous de décider si on veut acheter. Ce n'est pas en insultant les gens et les traitant de menteurs que vous allez réussir en tout cas. Pour moi, c’est un non catégorique dans un système de monarchie constitutionnelle.

      Beaucoup d’autres pays dans le monde sont ingouvernables suite aux systèmes de votes proportionnels. Les gouvernements tombent pour des peccadilles. L’Italie est un exemple typique.

      Bon, avec des listes de partis, c’est une très, très, très petite élite, qui selon leurs propres règles souvent inconnues du public, choisissent les candidats qui apparaissent sur cette liste. Les liens sont faibles entre les élus et leurs électeurs. Le pouvoir est extrêmement concentré au siège des partis et aux mains de ses principaux dirigeants non élus. Non merci pour moi, on passe.

      Si vous vous sentez tellement confiant de votre proposition, pourquoi ne pas soumettre la question en forme de référendum. Deux provinces au Canada où la proportionnelle a été présentée, eh bien les citoyens l’ont rejeté catégoriquement. L'Île-du-Prince-Édouard en 2005 et la Colombie-Britannique en 2018. Sans que la majorité des gens soient d’accord, c’est un non catégorique.

      En passant, en 1933, nos joyeux lurons du Parti national-socialiste des travailleurs allemands avaient pris le pouvoir grâce justement grâce à une proportionnel mixte compensatoire. Le reste, eh bien, c’est l’histoire.

  • Marie-Claude Bertrand - Abonnée 23 avril 2021 09 h 33

    La cohérence dans le long terme, c’est un essentiel

    En effet, un des effet pervers de notre système majoritaire est le manque de cohérence dans le développement des politiques dans le moyen et le long terme. Un exemple sous nos yeux est le cas américain pour lequel le gouvernement Trump se désengage de la lutte contre le changement climatique et quelques années plus tard le gouvernement Biden s'y engage à fond de train. Ce n'est pas vrai qu'un peuple qui a voté à moins de 50% pour un parti peut tolérer de tels revirements. Nous avons aussi vécu cela au Canada et au Québec. Il nous faut trouver des moyens de gouvernance où les politique peuvent être réfléchi en concertation pour le long terme. L'Allemagne à cet égard avait pris vers 1998 un virage important pour les énergies vertes et le désengagement des énergies fossiles. Depuis malgré les changements de gouvernement les politiques se sont maintenues dans les coalitions. Cela suffit ce brasse camarade du peuple par nos gouvernements! Il faut que chaque vote compte.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 avril 2021 15 h 28

      Chère Mme Bertrand, tous les pays que vous mentionnez pour la proportionnelle, sont des pays indépendants comme l'Allemagne ou la Nouvelle-Zélande. Le Québec n'est qu'une province au Canada.

      En passant, c'est pour cela que la Nouvelle-Zélande, ce petit pays qui a la moitié de la population du Québec, a pu contrôler ses frontières et donc, s'en ai bien tiré pour la pandémie et le coronavirus. Il n'a pas eu besoin d'attendre pour Justin. Idem pour les changements climatiques. De toute façon, les GES ne connaissent pas les frontières géopolitiques. La Chine, c'est un tiers de l'équation climatique. La Chine et l'Inde, la moitié.