Sur la littératie des Québécois

Pierre Fortin a raison de nous inviter à la prudence dans l’utilisation des statistiques internationales sur la littératie des Québécois. Il déplore le fait que l’on dit, comme je l’ai fait moi-même dans un texte d’opinion récent, que plus de la moitié des Québécois sont « fonctionnellement analphabètes ».

Selon la Fondation pour l’alphabétisation du Québec, « 19 % des Québécois sont analphabètes (niveaux -1 et 1 de littératie) et 34,3 % éprouvent de grandes difficultés de lecture et se situent au niveau 2 de littératie. Ces derniers seront souvent qualifiés d’analphabètes fonctionnels ».

Cette expression peut paraître dure. Ce qu’elle veut dire, c’est que les adultes au niveau 2 de littératie ont du mal à fonctionner dans la société du XXIe siècle. Comme le note Pierre Fortin, c’est le cas bien plus souvent chez les personnes de plus de 45 ans que chez les gens plus jeunes. Mais qu’ils soient jeunes ou qu’ils soient moins jeunes, 53 % des Québécois ont une « autonomie […] limitée en présence d’environnements écrits complexes » et sont donc handicapés sur le marché du travail et dans leurs interactions avec diverses institutions.

Comme mon collègue le note aussi, les chiffres pour le Québec ne sont pas très différents de ceux d’autres provinces canadiennes et d’autres pays occidentaux. Cependant, le Québec se situe sous la moyenne du Canada et sous celle de l’OCDE sur de nombreuses mesures.

La situation au Québec n’est peut-être pas aussi dramatique que l’on pourrait le croire en lisant ce que la Fondation de l’alphabétisation nous dit. Elle n’a cependant rien de reluisant. Le fait que d’autres nations aient des défis encore plus grands que les nôtres ne devrait pas être une cause de réjouissance non plus. Poser le problème n’est pas faire insulte aux Québécois. C’est exprimer notre inquiétude devant la croissance des inégalités et demander que nous nourrissions de plus grandes ambitions dans l’éducation des enfants et la formation des adultes.

  

À voir en vidéo