Des analphabètes fonctionnels, les Québécois?

En 2012, une enquête internationale de l’OCDE estimait que 47 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans étaient « bons ou excellents » en lecture. C’est pourquoi on entend sans cesse répéter depuis que les 53 % de nos concitoyens qui n’atteignent pas cette cote sont des « analphabètes fonctionnels ». Faut-il, pour la 327e fois, démontrer que cette affirmation est abusive et trompeuse ?

Premièrement, l’OCDE estime que les deux tiers des 53 % qui ne sont pas reconnus comme « bons ou excellents » — les « moyens », si l’on veut — sont néanmoins fonctionnels. Ces 53 % sont donc loin d’être tous des analphabètes !

Deuxièmement, il faut voir que la moyenne de 47 % de « bons ou excellents » parmi les 16 à 65 ans comporte un score nettement plus élevé de 58 % pour les plus jeunes, de 25 à 44 ans, et un résultat nettement plus faible de 36 % pour les plus vieux, de 45 à 65 ans. Mais alors, quel chiffre allons-nous retenir : le meilleur qui annonce notre avenir, ou le moins bon qui marque notre passé ?

Troisièmement, comparons nos 25 à 44 ans aux groupes du même âge des grands pays développés. Avec leur 58 % de « bons ou excellents », les jeunes adultes du Québec se classent derrière ceux du Japon (82 %) et de la Corée du Sud (60 %), au même rang que les autres jeunes Canadiens et devant ceux de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la France, des États-Unis, de l’Espagne et de l’Italie. Arriérés, les jeunes Québécois ?

D’accord, des analphabètes chez nous, il y en a trop. Appuyons de toutes nos forces le mouvement québécois pour l’alphabétisation, mais, de grâce, mettons fin à cette affligeante tendance à nous définir faussement comme une bande d’analphabètes fonctionnels.

 

À voir en vidéo