Le paradis, c’est les autres?

On ne vit plus. On expose au monde entier qu’on existe.

On ne se contente plus de voir Naples et de mourir. On publie qu’on a visité Naples et que l’on continue de vivre.

On n’admire plus de beaux paysages. On présente les lieux majestueux qu’on a parcourus.

On n’assiste plus à un événement. On diffuse une photo lors d’un spectacle.

On ne contemple plus la Joconde. On exhibe sa présence au Louvre devant le célèbre tableau.

On ne se nourrit plus. On publie des menus gastronomiques.

On n’étanche plus sa soif. On se vante de se désaltérer de nectars recherchés.

On ne fait plus du vélo. On partage les majestueux trajets empruntés à deux roues.

On n’éprouve plus du plaisir. On jouit intensément de moments exceptionnels à envier.

On ne pratique plus une activité physique. On affiche les défis sportifs relevés.

On ne consomme plus. On profite d’occasions en or qu’on expose à tout un chacun.

On ne célèbre plus un anniversaire. On rend public l’événement spécial organisé pour sa fête.

On ne désire plus simplement se faire aimer. On veut montrer virtuellement qu’on nous chérit.

On n’est plus heureux. On étale son bonheur.

On ne s’évanouit plus dans une société du spectacle. On parade dans l’œil des internautes.

La phrase célèbre de Sartre qui affirmait que « l’enfer, c’est les autres » a été remplacée par l’expression « le paradis, c’est les autres ».

Les réseaux sociaux définissent maintenant notre identité. Difficile d’exister autrement. À moins de décrocher complètement.

Malheureusement, on se sent tous à l’abri chacun chez soi, les fenêtres ouvertes sur le monde envahissant de la toile qui se tisse lentement autour de soi.

Le coconnage désigne bien cette nouvelle condition qui fait des êtres humains des prisonniers de l’Internet, encore plus en temps de pandémie.

Un remède ? Aller simplement prendre l’air, sans le dire à personne.

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