Où est passée la nuance?

En 2021, la majorité d’entre nous vit dans deux univers parallèles. Il y a le monde réel et le monde virtuel des réseaux sociaux. Dans le monde réel, il y a le oui, le non et le peut-être, mais dans le monde virtuel, le peut-être a tendance à s’effacer et à être remplacé par des opinions tranchantes qui ne laissent plus aucune place à la nuance.

Le peuple n’a jamais été aussi divisé qu’aujourd’hui, car on se fait bourrer la tête d’informations vraies ou fictives, ce qui fait que n’importe qui a une opinion sur n’importe quoi. Les gens partent à la guerre dans les commentaires sous différents articles pour défendre leur opinion sans que jamais personne ne l’emporte, même quand l’article ne traite que de simples faits divers comme la nouvelle maison de Marie-Mai. Ce qui est dangereux, c’est de transporter parfois ce champ de bataille dans le monde réel et que les gens manifestent les uns contre les autres de manière violente, comme on a pu le voir récemment avec la pandémie et les nombreux crimes haineux commis envers la communauté asiatique.

Les gens ne voient plus que noir ou blanc, oui ou non, toujours ou jamais. On crie au bûcher à la première personne qui ose se poser une question sur un sujet controversé. Pourtant, la question se rapproche beaucoup plus du drapeau blanc que d’une arme de combat. On oublie les gens qui veulent s’informer sur une situation, on veut seulement connaître leur opinion pour les bannir ou non.

La nuance est là pour calmer les conflits, pour assouplir nos pensées, pour comprendre des enjeux, elle est partout, entre l’amour et la haine, dans les couleurs de la nature, vous devriez sortir voir à quel point c’est beau ; la nuance.

 
3 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 8 avril 2021 07 h 33

    "Réfléchir c'est difficile, c'est pourquoi la plupart des gens jugent"- Carl Gustav Jung


    Il est absurde de constater que des habitants de ce monde qui a pour injonction « Il ne faut pas juger » au nom d’un relativisme moral visant l’égalité, fassent preuve de si peu de jugement quand leur prend l’envie irrésistible de juger les autres. Ce monde devient un peu plus inquiétant à chaque fois que l’on doive subir le jugement de personnes qui semble amputées de la faculté intellectuelle de juger et de la culture qui permet de connaître les contextes historiques et sociaux à partir desquels s’effectuera le discernement. Il devient étouffant quand s’ajoute l’interdit de penser, cet acte qui depuis toujours a servi à établir des limites pour ensuite les étirer ou les repousser après délibérations et négociations entre les subjectivités pensantes.

    Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 8 avril 2021 08 h 02

    « L'habit d'un arlequin n'est pas plus varié dans ses nuances que ne l'est l'esprit humain dans ses folies » Gustave Flaubert

    Bon. Le monde réel et le monde virtuel ont toujours existé mais avec une mouture différente. Ce que Internet facilite, c’est la communication active et non passive du « father knows best » d’antan et ceci à des millions de gens et non pas seulement à quelques uns. En fait, c’est la démocratisation de l’information qui nous amène ses bons et mauvais côtés. Personne ne veut retourner en arrière.

    Désolé, mais le bon peuple a toujours été divisé et la désinformation à toujours exister. Pour cela, on n’a qu’à penser à Joseph Geobbels qui a utilisé les techniques les plus modernes de son temps pour manipuler l’information et les masses. L’éducation, la vraie est le seul remède qu’on connaisse pour pallier à cette pandémie de « fake news ».

    Personne ne transporte personne lorsqu’on critique les idées des autres dans un média numérique lorsqu’on s’identifie. La meilleure preuve c’est le Devoir. C’est la même chose lorsqu’on écrit une lettre signée et identifiée. Les crimes haineux sont toujours faits de façon anonyme depuis la nuit des temps. Que dire du site Facebook « Dis son nom » qui lançait des accusations contre des gens qui ne pouvait pas se défendre tout en se cachant sous un pseudonyme? Même si les accusations étaient fondées ou infondées, elles ont permis de détruire plusieurs vies de gens innocents ainsi que celle de leur famille. C’est cela la réelle violence médiatique.

    Ceux qui crient au bûcher sont les mêmes d’antan qui accusaient les autres sans prendre la peine de vérifier les informations. Aujourd’hui, ce sont les « wokes » qui condamnent tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux et feront sentir leur présence nuisible sur les médias sociaux pour arriver à leur fin. L’Université d’Ottawa semble être à l’avant de toute cette désinvolture.

    La liberté apporte toujours des abus. Les médias sociaux ne font pas exemption. La vérité sans nuance est toujours déroutante tout comme le sont les mensonges.

  • J-F Garneau - Abonné 8 avril 2021 12 h 59

    « Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison » Albert Camus

    Je vous recommande "Le Courage de la nuance" de Jean Birnbaum, paru récemment aux éditions du Seuil.