Un manque de cran du Canada et des États-Unis pour libérer les deux Michael?

Ce qui manque dans la couverture médiatique du drame des deux Michael, ce sont des idées nouvelles pour résoudre le dilemme dans lequel trois pays (le Canada, les États-Unis et la Chine) se sont mutuellement enfermés. On a l’impression que le gouvernement canadien se trouve sans moyens pour réagir aux actions de gangstérisme de la part des autorités chinoises. Et que notre adhésion quasi religieuse à l’idée de l’État de droit nous empêche de même envisager une négociation avec les preneurs d’otages qui détiennent nos citoyens.

Nos hésitations, à présent, semblent de surcroît circonscrire nos amis américains de la même façon. Ceux-ci, encore sous le traumatisme des événements du 6 janvier posés par l’affront direct à l’État de droit par les manifestants au Capitole se sentent tout aussi handicapés dans leur liberté d’action. On se demande ce qu’il reste des liens inébranlables entre pays démocratiques.

Les opinions juridiques publiées sur la flexibilité inhérente dans notre traité d’extradition ne manquent pas, ni les déclarations vigoureuses des deux gouvernements sur la grande priorité qu’ils attachent à la libération des deux Canadiens.

On tient pour acquis que Washington et Ottawa ont examiné avec soin toutes les solutions possibles. Malheureusement, je ne trouve nulle part la suggestion que les deux gouvernements donnent les instructions fermes à leurs autorités judiciaires respectives (le ministre de la Justice canadien et l’Attorney General des États-Unis) de travailler ensemble jusqu’à ce qu’ils trouvent une sortie de l’impasse juridiquement valable.

S’agit-il simplement d’un manque de cran des deux côtés de la frontière ?

 
8 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Inscrit 29 mars 2021 01 h 41

    En effet, il faudrait avoir du cran... à l'endroit des États-Unis.

    La solution est pourtant simple et elle est connue depuis le début.

    Le Canada n'a qu'à faire fi de la demande des États-Unis en ayant le cran de libérer Meng Wanzhou et en l'autorisant à retourner chez elle en Chine. Cette femme n'a commis aucun crime par rapport aux lois de ce pays et est détenue du seul fait que Washington désire son extradition en se basant sur une loi américaine arbitraire et abusive qui va à l'encontre des droits et libertés garantis par la Constitution canadienne.

    Pire encore : plus de deux ans après l'arrestation de la dirigeante chinoise, le système judiciaire canadien n'a pas encore cru bon de statuer si le Canada répondra favorablement à la demande des autorités américaines en autorisant son extradition. Qu'attend-t-il au juste pour se prononcer? Que les "deux Michael" qui croupissent au fond de leur cachot aient fini de pourrir sur place?

    Le gouvernement de Justin Trudeau n'aurait jamais dû donner suite en premier lieu à cette demande farfelue de la part des autorités américaines en procédant d'une manière totalement irréfléchie à l'arrestation de cette dame qui n’est coupable de rien et le premier ministre actuel doit être tenu entièrement responsable de l'incroyable gâchis qui s'en est suivi. Pour lui, la peur de se "faire chicaner" par son puissant voisin prend le pas sur les considérations humanitaires les plus élémentaires. Son absence de courage pour mettre un terme à cette pénible affaire n'est vraiment pas à son honneur. Après tout, on a les dirigeants qu'on mérite et les "deux Michael" en subissent tragiquement les conséquences.

    • Gilbert Troutet - Abonné 29 mars 2021 07 h 24

      Vous avez entièrement raison. Étonnant, en effet, d'entendre un ambassadeur parler de cette affaire sans même mentionner Meng Wanzhou, quand chacun sait que c'est le noeud du problème. « Un ambassadeur, disait Henry Wotton, est un honnête homme que l'on envoie mentir à l'étranger dans l'intérêt de son pays ». Dans le cas qui nous occupe, c'est mentir par omission.

    • Pierre Rousseau - Abonné 29 mars 2021 08 h 39

      En fait Trudeau avait peur de Trump et ses sautes d'humeur qui avaient souvent un impact considérable sur le Canada. Cela n'excuse pas l'attitude pathétique du Canada envers les otages canadiens en Chine mais l'explique. Reste que la Chine est devenue une dictature de gangsters qui refuse de jouer selon les conventions internationales et y faire face n'est pas de la petite bière!

    • Jacques Bordeleau - Abonné 29 mars 2021 09 h 40

      Vous avez clairement raison et les responsabilités de la situation que vous départagez sont à mon avis les bonnes. Il est odieux et cruel que ces deux citoyens croupissent dans une geôle de bandits depuis deux ans en raison de la pusillanimite de Trudeau et de ses libéraux face à la fois à la Chine et aux États-Unis.

      Jacques Bordeleau

  • Bernard Terreault - Abonné 29 mars 2021 08 h 40

    Je pige pas

    Pourquoi ça prend tant de temps aux juges de Colombie-britannique pour décider dans un sens ou l'autre? Y a-t-il des pauses-café à temps plein dans leur convention collective?

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 29 mars 2021 09 h 13

    La Chine est bien trop fière, nous ne reverrons jamais les deux Micheal au Canada..
    Le gouvernement chinois n'aura aucun scrupule..

    En représaille il faut que le Canada boycotte les jeux Olympique afin d'humilier la Chine en rendant incontournable la question des droits de l'Homme tout au long des jeux.

    J'espère qu'aucun athlète québécois ne participera...

  • Benoit Gaboury - Abonné 29 mars 2021 09 h 54

    Apprendre à mieux se protéger

    Excellent article. Auquel il faut sans doute ajouter le nom de Huawei. Il y a des précédents dans ce type de procédure «légale» américaine. L'affaire Alstom, par exemple, qui fait tant de bruit en France, et qui avait coûté son poste à Arnaud Montebourg. Il faut voir sur You Tube, pour mieux comprendre le fond de l'affaire semble-t-il, l'excellente émission de Thinkerview intitulée «Alstom : la France vendue à la découpe ? Frédéric Pierucci», où un dirigeant de grande entreprise française raconte l'envers de la médaille et son séjour dans les prisons américaines. Cette vidéo a été vue plus de 2 millions de fois.

  • Michel Lebel - Abonné 29 mars 2021 15 h 40

    Cela a assez duré

    Cette affaire a assez duré. Que Canadiens et Américains envoient aux oubliettes cette demande d'extradition de Mme Meng et que celle-ci soit libérée et renvoyée en Chine. Et que les négociations avec la Chine débloquent pour libérer les deux Michael. Ne finfinassons pas trop sur l'État de droit: celui-ci ne relève pas du dogme et ce domaine de l'extradition contient suffisamment de béances ou de trous qui respectent légalement cet État de droit.

    M.L.