Les incohérences de la CAQ

Il est savoureux de constater que depuis qu’on a appris que la CAQ songeait à approuver une liste d’ouvrages littéraires incontournables dans les écoles primaires et secondaires du Québec, on demande l’avis de tout un chacun, sauf celui des enseignants qui œuvrent dans ces mêmes écoles.

Comment ne pas être consterné comme professionnel de l’enseignement quand on apprend que le ministre de l’Éducation dit « étudier » ce projet alors qu’il a tout récemment voté pour une motion adoptée à l’unanimité qui confère la confiance de l’Assemblée nationale à l’expertise pédagogique et au jugement professionnel des enseignants quant au choix du matériel pédagogique utilisé dans leur classe ?

Comment ne pas être consterné quand on comprend qu’il s’agit du même parti qui prône la liberté d’enseignement lorsqu’il s’agit des enseignants universitaires ?

Comment ne pas être consterné quand on constate aussi que le seul projet de la commission de la Relève de la CAQ (CRCAQ) concernant nos écoles soit d’imposer un corpus national de lecture ? N’y a-t-il pas des priorités plus urgentes en ce qui a trait au monde scolaire actuellement ? Il semble qu’on en soit encore et toujours à s’intéresser à la question identitaire sans se préoccuper de savoir si nos jeunes savent lire et écrire correctement.

Comment ne pas être consterné quand ceux qui font le plus la promotion de cette idée semblent ne pas trop s’y connaître en littérature ? Ainsi, dans une entrevue radiophonique, Kevin Brasseur, de la CRCAQ, confondait allègrement littérature française et littérature francophone.

Comment ne pas être consterné quand on constate que, dans ce débat, on ne parle surtout que de lecture de romans et qu’on oublie constamment que la poésie est aussi un pan important de la littérature québécoise ?

Enfin, comment ne pas être consterné quand on constate que ceux qui proposent l’idée d’une liste d’incontournables manquent aussi cruellement de connaissances en littérature et en apprentissage de la lecture ? Je doute que ce soient eux qui nous permettront de développer l’amour de la lecture des jeunes. Enrichir les bibliothèques scolaires et de classe ainsi que s’assurer que les jeunes ont des enseignants qualifiés devant eux me semblent des voies bien plus prometteuses, mais peut-être moins politiquement rentables à court terme…

Note de la rédaction

Le Devoir tente cette semaine une nouvelle expérience. Plutôt que d’ouvrir plusieurs textes aux commentaires des lecteurs, nous vous proposons une question à débattre pendant la journée, en lien avec l’actualité. Ce format nous permettra notamment de prendre le pouls de notre lectorat et de nous inspirer de votre participation pour développer des sujets et de répondre à vos questions. Nous regarderons de près les résultats de cette expérience pour voir comment la faire évoluer.



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