Le mot «aîné»

Socialement parlant, je ne suis l’aîné de personne. À peine septuagénaire, je suis juste un vieux, et je dirais même plus, un jeune vieux. Il faut en finir avec cette condescendance parfois teintée de mépris qui, très maladroitement, essaie de nous épargner un sens des choses et de la réalité que nous connaissons bien, vu l’âge que nous avons atteint.

Il faut en finir avec cette peur des mots qui dégrade et dévalue notre conscience d’exister et notre langue. Par un réflexe d’atténuation du langage, d’euphémisme grotesque, on s’est mis à parler de non-voyants, de « préposés » à toutes sortes de fonctions, d’« aînés » et j’en passe sans doute des meilleurs… Pourquoi refuser d’exprimer sans ambiguïté, sans ambages ce qui est ?

Cette semaine, j’étais avec cette population de vieux pas mal allègres et rayonnants de joie à l’idée de sortir bientôt d’un confinement idéologique et sociologique peut-être plus terrible encore que le confinement sanitaire. Je n’ai vu aucun « aîné » là-bas, juste des vieux heureux d’aller se faire vacciner.

Cessons d’avoir peur de ce qui nous guette tous et toutes, le vieillissement. Devra-t-on se mettre à parler d’« aînisme » pour désigner cette fatalité. Attaquons-nous aux conditions réelles d’existence des personnes âgées, bref des vieux, plutôt que de craindre de les offusquer en les désignant pour ce qu’ils sont. Et suivons hardiment le précepte du bon vieux Rabelais :

« Alors dit Pantagruel : “Si les signes vous faschent, ô quant vous fascheront les choses signifiées !” »

 

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