Le tutorat, un respirateur artificiel

Depuis de nombreuses années, les médias reprennent les slogans des acteurs de l’éducation en parlant d’une école à bout de souffle. Cette métaphore se voulait être une image permettant de mieux comprendre l’exaspération des enseignants et du personnel scolaire. La pandémie n’a pas atténué ce sentiment d’agacement puisque, comme dans la plupart des emplois, les règles et les mesures sanitaires viennent inéluctablement alourdir la tâche. Étrangement, semblant prendre l’expression au pied de la lettre, le ministre Roberge vient en renfort à la demande générale des enseignants. Il annonce, tout sourire, la mise en place des mesures permettant de sauver le système : le tutorat.

Le tutorat n’est qu’un moyen palliatif qui doit servir de respirateur artificiel. Il ne peut être considéré comme un réel moyen de sauver les enfants du Québec. Les enseignants ne suffisent pas à la tâche et on leur propose, du moins pour mon école, de faire des heures supplémentaires avec les élèves pour lesquels ils n’ont pas réussi, pour cause diverse, à leur enseigner durant la journée. On demande à des travailleurs à bout de travailler plus. On demande à des élèves de six ans de rester après l’école, d’étudier encore parce que le système n’arrive pas à les accompagner efficacement durant la journée. On fait croire à des parents que le tutorat palliera les manques à gagner. Le ministre sourit, les parents sont contents.

Les enseignants qui comprendront que leur dévouement ne sera pas comptabilisé dans la signature de la prochaine convention peuvent décider de ne pas effectuer le tutorat de ces élèves. Ce seront alors d’autres enseignants, futurs enseignants, cégépiens qui effectueront le tutorat selon un salaire probablement plus bas. On engagera des briseurs de grève ni plus ni moins, en pleine négociation. Cela est catastrophique pour le système public ainsi que pour la valorisation des enseignants. […]

Les entreprises privées de tutorat se multiplient, les annonces et les publications sur les réseaux sociaux le démontrent bien : « Vous voulez que votre enfant réussisse, investissez dans le tutorat, le système public n’y arrive plus. » Les enseignants l’ont dit plusieurs fois, le toit coule, M. Roberge. Le ministre est fier de pouvoir aider ses anciens collègues, il leur offre des chaudières à tenir sous les fuites et il sourit !

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