L’expansion du port de Contrecoeur

J’ai lu avec consternation les articles d’Alexandre Shields décrivant les intentions des gouvernements provincial et fédéral d’agrandir le port de Contrecœur sur le Saint-Laurent. Le 1er mars 2021, le gouvernement Trudeau a donné son feu vert à ce projet malgré le fait que le site a été classé comme habitat essentiel pour le chevalier cuivré, une espèce en voie de disparition. Selon l’article 73 de la Loi sur les espèces en péril, il est illégal de mettre en péril la survie ou le rétablissement d’une espèce. Le gouvernement a proposé de « compenser » la perte d’habitat pour l’espèce, comme si les poissons pouvaient prendre l’argent et l’utiliser pour s’acheter un nouveau condo en bas de la rivière. Malheureusement, ils ne le peuvent pas.

Le chevalier cuivré n’est pas la seule espèce à s’être établie dans le Saint-Laurent, et il va sans dire qu’une myriade d’autres espèces, dont le faux-grillon rainette, une espèce en voie de disparition, seront touchées par le projet d’agrandissement du port de Contrecœur, puisque les promoteurs du projet prévoient d’excaver au moins 750 000 mètres cubes de sédiments, soit l’équivalent de 150 000 mètres carrés ou de 20 terrains de soccer.

Cependant, il y a une autre conséquence ici, celle de l’augmentation du trafic maritime sur le Saint-Laurent. Le Port de Montréal estime que l’expansion de Contrecœur ajoutera jusqu’à 1,15 million de conteneurs et que 1200 camions transiteront par le port aux heures de pointe, et aussi que le port agrandi verra 400 000 camions supplémentaires circuler sur l’autoroute 30 chaque année. On peut s’attendre à une augmentation correspondante du nombre de porte-conteneurs sur le Saint-Laurent, ce qui soumettra les mammifères marins, en particulier les bélugas et les baleines noires, déjà en déclin, à un stress accru dû au bruit et au risque de collision avec les navires.

Compte tenu de la crise climatique, des espèces en péril et de la pandémie qui nous dit d’utiliser moins de choses, est-ce vraiment le moment d’augmenter le trafic sur la voie maritime du Saint-Laurent ? Ne devrions-nous pas chercher des moyens de faire moins d’expéditions, et non plus ? Il n’y a pas de raison d’aller de l’avant avec ce projet, si ce n’est le profit, mais il y a de nombreuses raisons, tant morales que pratiques, d’y renoncer.

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