Trump a volé le Parti républicain

Les républicains ont laissé le champ libre à Trump, lui permettant d’étendre ses tentacules auprès de groupes dont la réputation aurait dû normalement éveiller chez eux l’horreur ou du moins des soupçons pour un président en exercice. Par souci électoraliste, les membres républicains du Congrès ont fermé les yeux sur cet accaparement dont la prégnance risque de s’installer dans une permanence néfaste pour le peuple américain et les démocraties du monde entier.

En effet, ce vol du parti a été perpétré grâce à la complicité des principaux ténors républicains qui lui ont déverrouillé la porte en espérant profiter d’un retour d’ascenseur sous la forme de l’assurance d’une réélection personnelle éventuelle. Qu’adviendra-t-il du Parti républicain maintenant qu’une base importante de son électorat s’est amalgamée à des groupes suprémacistes blancs, aux complotistes de QAnon, à des milices paramilitaires d’extrême droite et aux militants trumpistes qui croient au vol de l’élection présidentielle par les démocrates ?

Les sénateurs républicains auraient dû crever l’abcès en votant pour la destitution de Trump, empêchant ainsi sa candidature à l’élection présidentielle de 2024, ou encore appuyer ceux qui demandaient que le parti s’éloigne des mouvements subversifs qui gangrènent sa crédibilité. Les ténors républicains ont préféré pelleter leurs problèmes vers l’avant, laissant le temps à Trump de poursuivre sa croisade de mensonges dans une actualité dont il essaiera d’imposer de nouveau son propre agenda comme un gourou qui dicte ses volontés à des adeptes soumis.

Devant une division pouvant mener potentiellement à une scission du Parti républicain, ce sont les démocrates qui en ressortiront gagnants. Ainsi, le vol du Parti républicain par Donald Trump risque donc de ne pas lui profiter et aura plutôt pour effet de polluer davantage la vie politique américaine et le mandat prometteur de Joe Biden.

13 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 3 mars 2021 07 h 03

    Le dernier vol du coucou d'état

    Un autre vol, plus grave, final et terminal, se profile: le vol de la démocratie par un autocrate comme Orban (Hongrie), les Kaczyński Bros (Pologne), Erdogan et Poutine qui ont modifié la constitution pour rester très longtemps au pouvoir.
    «Trump’s Strategy for Returning to Power Is Already Clear» The New Yorker, 2 mars.

    Le constat de «vol» du parti républicain ne date pas d'hier. On constate maintenant qu'il y avait depuis longtemps des conservateurs américains anti-trumpiens. Du Bulwark à des gens comme Rick Wilson (Tout ce que Trump touche meurt), les mises en garde ne sont pas nouvelles. Plus grave, le même Rick Wilson, ex-stratège républicain expliquait aux démocrates comment se battre contre le yâb («Running Against the Devil»): laissez tomber la morale et les idées et visez le collège électoral par tous les moyens, entre autres les données sur chaque électeur des comtés sensibles en leur disant ce qu'ils veulent entendre ou en les intimidant physiquement en annulant le vote par correspondance. La Stasi.

    On peut espérer que Trump ne cherche que l'argent de ses fidèles quitte à moyenner chèrement sa «succession» en 2024. Ce serait le moindre mal. Mais avec ce forcené, il faut toujours calculer avec le pire (il s'en ira en maugréant après sa défaite, disait-on).

  • Cyril Dionne - Abonné 3 mars 2021 07 h 48

    La démocratie est aussi fragile que la dictature

    Ils sont qui les républicains qui ont laissé le champ libre à Trump? Ils sont qui? Ceux de l’establishment qui ne représentent que 5% du parti et qui ont tout fait pour qu’il ne gagne pas l’investiture républicaine en 2016? Les rumeurs abondent que ce sont eux qui ont laissé coulé le fameux enregistrement où on entend le « Donald » parler d’une partie de l’anatomie féminine d’une façon peu gracieuse. Pardieu, ils l’ont combattu partout et ils voulaient s’en dissocier il y a quelques semaines avant de faire une rétroaction complète comprenant bien qu’ils signaient leur arrêt de mort politique.

    Ceci dit, les gens d’ici sont bernés par la rhétorique de gauche qui émane des journalistes traditionnels qui n’aimaient pas Trump puisque celui-ci avait révoqué tous leurs privilèges à la Maison-Blanche. On nous parle de l’extrême droite et du mouvement QAnon et pourtant, ceux-ci ne représentent même pas 5% de sa base de supporteurs. En bref, presque 75 millions d’Américains ont voté en toute connaissance de cause connaissant son parcours. Si les sénateurs républicains n’ont pas pu crever l’abcès, c’est que leurs électeurs favorisent Trump avant eux. Somme toute, plus de 95% des républicains supportent Trump. Et tous ceux qui se sont alignés avec les démocrates et qui ont voté pour la destitution de celui-ci, eh bien, ne seront plus en politique bientôt, sauf pour le mormon multimillionnaire, Mitt Romney évidemment.

    Enfin, c’est le peuple, par le peuple et pour le peuple qui décide en démocratie. S’il y a presque 75 millions d’électeurs qui votent pour lui, on ne peut pas tous les reléguer au panier de déplorables de Clinton, aux mouvements d’extrême droite, au mouvement QAnon ou à des milices armées. La plupart sont des gens ordinaires qui supportent Trump et ne veulent pas des autres candidats corrompus. Ils ont compris que les démocraties électives ne sont pas nécessairement des démocraties représentatives.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 mars 2021 10 h 12

      Une démocratie élective où seul le vote des 'Blancs' compte, ce n'est pas une démocratique représentative.

      L'extrême-droite ne se bat pas en faveur de la démocratie; elle se bat pour prendre le pouvoir politique aux États-Unis, y faire adopter les lois qui assurent sa suprématie et imposer sa volonté à l'ensemble du globe par le biais de l'extraterritorialité des lois americaines, un principe auquel seul le Canada s'est plié avec l'affaire Wuawei.

    • Denis Drapeau - Inscrit 3 mars 2021 11 h 01

      M. Dionne

      «Si les sénateurs républicains n’ont pas pu crever l’abcès, c’est que leurs électeurs favorisent Trump avant eux.»

      Bien d'accord avec votre analyse qui va bien au-delà de la surface. Il ne faut pas non plus oublier le rôle qu'a joué le Tea Party dans la transition du parti républicain vers le trumpisme.

    • Hélène Paulette - Abonnée 3 mars 2021 11 h 59

      Pensez-vous vraiment qu'à force de répéter vos approximations, on va finir par vous croire, monsieur Dionne?Je vous conseille un temps d'arrêt pour vous reposer.

    • Denis Drapeau - Inscrit 3 mars 2021 13 h 14

      M. Martel

      L'affaire Wuawei est tout le contraire de l'extraterritorialité des lois. C'est justement parce que les lois des États-Unis ne s'appliquent pas en territoire canadien que Washington demande l'extradition de Mme Meng Wanzhou afin que celle-ci soit jugé en sol américain. Un traité d’extradition ne reconnait pas l'extraterritorialité des lois du cosignataire mais son droit à demander l'extradition selon les conditions convenues par LES parties. Et le Canada est loin d'être le seul pays à signer ce type de traité.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 mars 2021 13 h 59

      Merci M. Drapeau pour votre commentaire.

      Le traité d'extradition signé entre le Canada et les États-Unis ne concerne que les délits _communs_ aux deux pays. Voilà pourquoi on n'extradie pas les Américains qui ont évité la conscription de leur pays lors de la guerre au Vietnam en se réfugiant au Canada. Pourtant, aux yeux de la justice de l'Oncle Sam, ce sont des criminels.

      Toutefois, on extradie les personnes qui se trouvent au Canada après avoir tué ou volé aux États-Unis. Parce que l'homicide et le vol sont aussi des crimes au Canada.

      Mme Meng Wanzhou n'a pas été arrêtée parce que sa compagnie aurait violé les sanctions décrétées par l'ONU contre l'Iran, mais plutôt pour avoir enfreint l'embargo beaucoup plus sévère décrété unilatéralement par les États-Unis. En somme, elle n'a fait rien d'illégal au Canada. Tout comme les déserteurs américains.

      Voilà pourquoi celle-ci n'a pas été arrêtée à la demande de l'ONU, mais à la demande de Washington.

      À la suite de cette arrestation, le ministère de la Justice américaine a mis trois mois à trouver les justifications légales de cette arrestation. Des justifications tirées par les cheveux.

      Si le tribunal fédéral donne suite à la requête américaine, il reconnait implicitement l'extraterritorialité du droit américain, ce qu'aucun autre pays n'a reconnu jusqu'ici.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 mars 2021 14 h 14

      Et j'ajouterais qu'on n'extradait pas non plus les médecins canadiens qui pratiquaient l'avortement au Canada à l'époque où cela était un crime aux États-Unis.

      C'est pareil pour Huawei: la compagnie n'a pas commis un crime selon les lois canadiennes. Elle a simplement violé un embargo décrété unilatéralement par un pays étranger.

      Même chose pour les entrepreneurs québécois qui font affaires avec Cuba; les États-Unis ne peuvent pas exiger leur extradition.

    • Marc Therrien - Abonné 3 mars 2021 18 h 40

      Abraham Lincoln a dit que « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » Plus tard, Oscar Wilde trouvait, lui, que la « démocratie, c’est l’oppression du peuple par le peuple pour le peuple ». Est-ce à dire que gouverner, c’est opprimer? D’où la tentation des populistes démagogues de se présenter comme libérateurs.

      Marc Therrien

    • Denis Drapeau - Inscrit 3 mars 2021 20 h 39

      M. Martel

      Merci pour les précisions apportées, notamment l’obligation que le délit soit commun aux deux pays, ce que moi j’incluais dans les conditions convenu par les partis signataire du traité d’extradition.

      Cela dit, je diverge d’opinion sur ces deux phrases :

      «En somme, elle n'a fait rien d'illégal au Canada. Tout comme les déserteurs américains.»

      Tout comme pour les déserteurs, les américains accuse Mme Meng Wanzhou pour 2 crimes survenus sur le territoire américain : violation de l’embargo et espionnage. Pas de délit commun dans le cas de l’embargo mais oui pour celui d’espionnage. Donc, si le tribunal fédéral donne suite à la requête américaine sur le volet espionnage, il reconnaîtra que le traité s’applique et non la loi américaine sur le sol canadien.

      À l’article 10 du traité spécifie que «L’extradition ne doit être accordée que si la preuve est jugée suffisante (…) pour justifier une mise en jugement» au Canada. Il ne s’agit pas d’un procès sur le fond mais il faut plus que des allégations. Or, à ce jour, je n’ai jamais entendu une quelconque preuve d’espionnage mais une multitude de soupçons par plusieurs pays.

      Quant aux exemples que vous apportez à 14h14, ils me semble impertinent dans la mesure ou le médecin est canadien et exerce au Canada (pas aux USA) , de même l’entrepreneur est canadien et exerce à cuba. Le traité ne s’applique donc pas.

  • Claude Gélinas - Abonné 3 mars 2021 09 h 18

    Avantage aux démocrates.

    Se pourrait-il que scandalisés par le comportement du Président voyou découlant notamment de son support aux émeutiers du Capitole que des électeurs républicains refusent désormais de soutenir aveuglement les candidats de ce parti qui ont manqué à leur serment d'office en ne le sanctionnant pas par sa destitution empêchant dès lors sa prochaine candidature. Désormais, il est raisonnable de penser que le dépôt d'accusations devraient être déposés notamment celles découlant du rapport sur ses liens avec la Russie, le financement de ses entreprises par le recours au blanchiment d'argent et aux paradis fiscaux. Ce qui pourrait, cela est à souhaiter, conduire le Président en prison pour un terme excédent la période de mise en candidature. Un grand soulagement pour les élus républicains incapables de résister aux mensonges du Président.

  • Gilles Gougeon - Abonné 3 mars 2021 10 h 07

    Trump, un voleur?

    Politiquement Trump n'a rien volé. C'est le parti républicain qui lui a ouvert la porte. Tout a commencé avec l'émergence du Tea Party et de son égérie, Sarah Palin, en 2008. Peu à peu les républicains les plus conservateurs ont envahi les structures du parti, se faisant élire tout à la fois au plan des états ou au plan national. Ces gens ne se reconnaissaient plus dans le parti de Ronald Reagan. Ils militaient contre l'importance du rôle de l'état dans leurs vies. Puis, tout naturellement, le gigolo Trump, narcissique au point de se payer la Présidence du pays, a réussi à se faire choisir par les membres du parti de plus en plus nombreux à militer à la droite de la droite.
    Trump est un menteur et un "looser". Il a réussi à se fanfaronner comme miliardaire (ce qu'il n'est pas); à faire de nombreuses faillites; à ne pas payer sa part des impôts; et, surtout, à ne pas réussir à obtenir la majorité du vote populaire lors de l'élection de 2016; à répéter cet "exploit" contre Biden; à faire perdre la majorité des voix républicaines à la Chambre des représentants; à perdre le contrôle véritable du sénat. Et, finalement, à faire croire à ses partisans qu'en lui expédiant plus de 200 millions de dollars cet argent servirait à sa réélection en 2024 alors qu'il s'en servira pour payer ses dettes et les amendes que lui infligeront les tribunaux.
    Trump est un escroc, un voyou, mais, politiquement, il n'a volé que la vérité. Il ne pourra toutefois caché qu'en 2024 il aura 78 ans !
    Gilles Gougeon
    Montréal

  • Hélène Paulette - Abonnée 3 mars 2021 12 h 11

    C'est plutôt l'État qu'il a volé...

    Trump a transformé la Présidence en occasion d'affaires pour lui et ses proches. Mar-a-Lago a perçu des sommes astronomiques en hébergeant la suite de sécurité et les invités officiels du gouvernement. Jared et Ivanka, sous couvert de visites officielles, ont engrangé des millions en contrats à l'étranger et la manne s'est répandue dans toute la famille, postes fictifs grassement payés, contrats sans soumission etc.