Un «party» post-pandémie?

Est-ce étonnant que l’on parle au Québec de possibles « années folles » qui suivraient la fin de la pandémie actuelle ? Dans son essai Apollo’s Arrow, Nicholas Christakis évoque l’après-Première Guerre mondiale pour montrer ce qui pourrait se passer cette fois-ci, possiblement en 2024. Il y prédit un « retour des dépenses […] avec tambours et trompettes ». Pourtant, le contexte de 2024 ne sera pas du tout celui de 1918, et je ne comprends pas qu’on puisse penser faire comme s’il n’y avait aucun lien entre notre style de vie surconsommateur, la densité de la population mondiale, la destruction massive d’écosystèmes, le réchauffement climatique et ce que nous vivons actuellement. Ce moment de libération post-pandémique sera bien sûr l’occasion de serrer enfin dans nos bras celles et ceux que nous aimons et de fêter entre amis. Ça fait si longtemps ! Mais vouloir que cela ressemble à un gros Boxing Day me semble pitoyable vu les circonstances. Les années 1980 ont été un bar ouvert dans un tout-inclus néolibéral et la planète se remet bien mal de son lendemain de veille. Retourner faire le party dans le même forfait, appeler la population à la consommation débridée pour relancer la croissance économique de plus belle, c’est tirer un coup de fusil dans une chaloupe qui était déjà en train de couler.

Je sais que l’on a besoin de se faire plaisir, « qu’on le mérite bien » et que nous devrons exulter pour compenser l’accumulation de nos ennuis. La publicité s’occupe bien de nous le rappeler, d’ailleurs. Mais sommes-nous si enfantins face à la réalité planétaire que nous voulions oublier ou ne voulions pas voir ce qui peut causer notre malheur ?

On ne se souhaite pas un effondrement social ou économique, ce ne serait pas le « fun », mais des effondrements écosystémiques et climatiques en causeront certainement si nous ne tentons pas « d’aplatir la courbe » de cette croissance aveugle de nos désirs et de nos assouvissements matériels.

 

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