Les requins du Mile End

Un libraire du Mile End, S. W. Welch (Le Devoir, 27 février 2021), devra bientôt fermer boutique, assommé par des hausses de loyer abusives d’une société immobilière dont le slogan est « L’immobilier repensé » (!). Cette entreprise, sans doute pas plus méchante que ses semblables dans le Mile End et ailleurs, a toute la liberté, l’impunité et le pouvoir de saccager des écosystèmes commerciaux qui définissent la personnalité et la qualité de vie d’un quartier. Est-ce vraiment le genre de ville dans laquelle nous voulons ou devons vivre ? Dieu merci, le secteur locatif résidentiel est soumis à un cadre qui ne laisse pas complètement libre cours aux comportements sélachimorphes qu’on observe dans le commercial. Mais force est de constater qu’à Montréal, la spéculation avance à bon train sur le chemin qu’ont pris depuis longtemps Toronto et Vancouver, de telle sorte que l’accès à la propriété sur l’île est de plus en plus difficile pour les jeunes familles. Pendant ce temps, de vieux croûtons, propriétaires depuis pas si longtemps, sans rien faire d’utile pour quiconque, engrangent, année après année, des enrichissements faramineux. Le marché ne marche donc pas si bien que ça. Si on s’y mettait, il serait peut-être possible de faire mieux.

6 commentaires
  • Paul St-Gelais - Abonné 2 mars 2021 05 h 20

    Âgisme, quand tu nous tiens

    La spéculation sur tout ce qui a une valeur marchande existe depuis des siècles. Des règlementations limitant l'importation d'esclaves en Amérique auraient eu pour effet d'augmenter le prix de ceux déjà sur place. La spéculation sur les terres agricoles en augmente les prix au point d'avoir le même effet que la désertification en les rendant inexploitables. Phénomène qui se répercute sur le prix de la nourriture. Elle est mondialement répandue et ceux qui la pratiquent, les adeptes des profits sans rien produire, sont issus de plusieurs générations d'individus, à partir de 30 ans d'âge parfois et les 'vieux croutons' en souffrent autant sinon plus que des travailleurs dont les salaires augmentent en fonction de l'inflation.

  • Jean Deschenes - Abonné 2 mars 2021 06 h 07

    Vieux croutons...?

    Bonjour Monsieur,
    Traiter les gens de croutons, de vieux ou de n'importe quoi d'autre discrédite votre propos. Le libraire victime de vos "vieux croutons" me semble aussi plus agé que la moyenne des "croutons". Et puis n'est-on est toujours le "crouton" de quelqu'un d'autre?
    Salutations d'un "vieux crouton en devenir",
    J.Deschênes

  • Robert Morin - Abonné 2 mars 2021 06 h 47

    La main invisible fait des ravages

    Je constate que dans le Mile End, la «main invisible du marché» fait des ravages malheureusement très visibles et très malsains. En ces temps de pandémie où le travail essentiel de certains petits salariés devient évident, on ne peut s'empêcher de voir clairement que les spéculateurs de tout acabit ne sont en réalité que des parasites de l'économie, une sorte de virus qui détruit le tissu social pour son propre intérêt individuel. Espérons que nous parviendrons à enrayer aussi cette autre pandémie.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 2 mars 2021 09 h 18

    Ailleurs

    Des villes autrement plus fières et déterminées ont tassé des spéculateurs avides et autres AirBnb. Voyez en exemple Barcelone.

    Jacques Bordeleau

  • Yvon Bureau - Abonné 2 mars 2021 11 h 07

    Se garder nobles.

    Ignobles? C'est pour les petits, même s'ils se pensent grands..

    Vive le Bien!