À quand l’autodafé?

Paradoxalement sadique, le bel autodafé que menace la cancel culture se vouerait à la censure de Sade pour assurer un safe space. D’ailleurs, il semble que l’idée même d’un safe space est de cloisonner, de se refermer sur l’identique plutôt que de s’ouvrir à la rencontre de l’autre. L’emprisonnement provoqué par cette idéologie empêche la distance critique nécessaire au dialogue : déjà au pied du mur, tout devient menace, liberté incluse.

Pourtant, la liberté d’expression et la liberté pédagogique sont non seulement une parole libérée, mais une parole libératrice, car ce n’est que par elles que se forme la pensée critique et, corollairement, s’ensuivent l’affranchissement et l’émancipation. De taire lesdites libertés pour calmer ou apaiser remédie peut-être aux blessures, mais le remède ne guérit pas : il n’est qu’artifice, voire paradis artificiel.

L’utopie du safe space est dès lors un non-lieu à juste titre, une serre chaude où la stérilité est suffocante. Si une rose a des épines, c’est parce que la vie n’est pas « sécuritaire » ; elle a appris à se protéger des tigres. Quant à elles, les universités libres sont un lieu de floraison, car elles aiguisent les épines de la raison. Mais la cancel culture n’est pas une culture des fleurs. À rebours, elle les enferme sous le verre pour qu’elles déchoient au soleil devenu leur bûcher. La censure plane au-dessus de nos établissements scolaires et universitaires comme une cloche, et son glas
sonne l’autodafé.

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 24 février 2021 09 h 58

    L’hérétique, le bûché et l’idéologie « wokienne » auparavant connue sous le nom du Saint Office de l'Inquisition

    Quelle belle phrase : « Pourtant, la liberté d’expression et la liberté pédagogique sont non seulement une parole libérée, mais une parole libératrice, car ce n’est que par elles que se forme la pensée critique et, corollairement, s’ensuivent l’affranchissement et l’émancipation ».

    La culture de l’annulation (Cancel Culture) est l’antithèse d’une société en plein changement et évolution. Les « safe space » imposent la rigidité, un phénomène qui n’est pas observable dans la nature parce que les mutations fécondent les changements, ceci, pour le meilleur ou pour le pire. Le coronavirus et ses variants en sont un exemple frappant. Toute vie, pour survivre et se reproduire, a due faire appel à des mécanismes de protection contre ses prédateurs, sinon, elle n’aurait pas survécu. Comme le dit si bien Richard Dawkins, nous ne sommes que des gènes égoïstes parce que toute vie évolue en fonction des chances de survie des entités répliquées.

    Alors, pourquoi le censure et l’autocensure doivent avoir pignon sur rue à l’endroit où l’esprit critique, la dissension et la recherche de la vérité inatteignable sont vénérés? La liberté académique est le seul contre-pouvoir aux dogmes et doctrines idéologiques et ne réside pas dans les « safe space ». Rien ne peut remplacer les vérités intemporelles, vérifiables et reproductibles. C’est l’essence même de la vie.