À quand l’autodafé?

Paradoxalement sadique, le bel autodafé que menace la cancel culture se vouerait à la censure de Sade pour assurer un safe space. D’ailleurs, il semble que l’idée même d’un safe space est de cloisonner, de se refermer sur l’identique plutôt que de s’ouvrir à la rencontre de l’autre. L’emprisonnement provoqué par cette idéologie empêche la distance critique nécessaire au dialogue : déjà au pied du mur, tout devient menace, liberté incluse.

Pourtant, la liberté d’expression et la liberté pédagogique sont non seulement une parole libérée, mais une parole libératrice, car ce n’est que par elles que se forme la pensée critique et, corollairement, s’ensuivent l’affranchissement et l’émancipation. De taire lesdites libertés pour calmer ou apaiser remédie peut-être aux blessures, mais le remède ne guérit pas : il n’est qu’artifice, voire paradis artificiel.

L’utopie du safe space est dès lors un non-lieu à juste titre, une serre chaude où la stérilité est suffocante. Si une rose a des épines, c’est parce que la vie n’est pas « sécuritaire » ; elle a appris à se protéger des tigres. Quant à elles, les universités libres sont un lieu de floraison, car elles aiguisent les épines de la raison. Mais la cancel culture n’est pas une culture des fleurs. À rebours, elle les enferme sous le verre pour qu’elles déchoient au soleil devenu leur bûcher. La censure plane au-dessus de nos établissements scolaires et universitaires comme une cloche, et son glas
sonne l’autodafé.

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