Une épreuve uniforme de français dans tous les cégeps?

Sur la question du français au Québec, une évidence saute aux yeux. S’il est relégué à la zone privée ou familiale et ne réussit pas à s’imposer comme langue de travail officielle à tous les niveaux, quel que soit le nombre d’employés dans une entreprise, il est irrémédiablement voué à une lente disparition. L’attrait de l’anglais dans le contexte nord-américain, l’attrait pour Montréal comme ville internationale, le penchant naturel de plusieurs immigrants pour l’anglais, l’inconscience de Québécois quant à la valeur et au respect de leur langue et de leur spécificité culturelle, le tout ajouté au fait que nous encourageons allègrement les résistants à contourner le français (for English, press 9) et que nous finançons depuis plusieurs années l’anglicisation des allophones en omettant d’appliquer la loi 101 aux cégeps, tout cela n’augure rien de bon.

Or, si le bilinguisme est louable en soi, et si Montréal ne peut y échapper, comment éviter alors l’anglicisation rampante qui prend trop souvent la forme d’un franglais gênant ? Bien sûr, il faudrait idéalement que les Québécois francophones se montrent moins timorés face à leur langue, comme courber l’échine dès qu’on s’adresse à eux dans la langue de Shakespeare, passer à l’anglais dès qu’un seul individu ne comprend pas le français, ou encore adopter une approche hybride (bienvenue-hi) pour ne pas risquer d’offenser quiconque au premier abord.

Pour s’assurer que le français s’impose naturellement comme langue de travail, et pour ne pas causer une commotion en imposant la loi 101, pourquoi ne pas exiger un sérieux test de maîtrise du français parlé et écrit qui se rapprocherait de l’épreuve uniforme du français comme condition à l’obtention du DEC dans les cégeps anglophones ? Une façon de préparer adéquatement tous les citoyens du Québec à utiliser le français comme langue de travail.

7 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 23 février 2021 07 h 41

    Un n'empêche pas l'autre. Étendre la Loi 101 aux Cégeps et votre proposition peuvent très bien aller ensemble.

    J'aime beaucoup votre texte en général et ce paragraphe en particulier : Or, si le bilinguisme est louable en soi, et si Montréal ne peut y échapper, comment éviter alors l’anglicisation rampante qui prend trop souvent la forme d’un franglais gênant ? Bien sûr, il faudrait idéalement que les Québécois francophones se montrent moins timorés face à leur langue, comme courber l’échine dès qu’on s’adresse à eux dans la langue de Shakespeare, passer à l’anglais dès qu’un seul individu ne comprend pas le français, ou encore adopter une approche hybride (bienvenue-hi) pour ne pas risquer d’offenser quiconque au premier abord.

    Qu'attend le PQ pour récupérer la proposition des Cégeps en anglais? Ce parti est sur le bord de disparaître, cette proposition est en phase avec sa base électorale et elle lui donnerait une visibilité qu'il a grandement besoin actuellement!

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 23 février 2021 08 h 04

    Mes hommages

    M. Langis,
    Merci de continuer, que dis-je, de persister à croire à la survie de notre langue et de notre culture francophone en cet univers anglophone et anglophile.
    Votre foi et votre détermination généalogique vous honore.
    En début de soirée, si vous le voulez bien, je vous invite à vous synchroniser avec moi : vers 18h00, je prendrai un verre de bon vin catalan à votre santé et à celle de votre compagne.

  • Bernard Terreault - Abonné 23 février 2021 09 h 50

    Ma suggestion

    La première année de cegep serait enseignée 100% en français dans une institution francophine. Aussi bon pour la mixité entre communautés de diverses origines,

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 23 février 2021 13 h 37

    Oui et de même en milieu anglophone ?

    Il y a un aveuglement volontaire au QC qui nous masque la réalité d'une langue fragilisé, sinon infirme, dont nul ne veut, y compris une classe entrerpreneuriale qui doit fonctionner, se faire comprendre et réussir ailleurs dans la francophonie. Certains s'indignent que les immigrants prèfèrent l'anglais comme langue seconde, alors que le joual n'ouvre le marché du travail qu'au seul QC francophone et encore. La détérioration constante du français au QC depuis l'adoption du joual comme langue populaire est peut-être plus l'ennemi dans la demeure que la contribution du secteur anglophone à l'enseignement du français qui demeure de qualité et conséquent dans ses maisons. Ce qui n'empêche pas certains de croire que subventionner le réseau anglais est financer notre propre assimilation. Si une telle épreuve uniforme s'appliquait à tous et que les subsides de l'État s'alignaient sur les les résultats obtenus, non seulement on utiliserait le réseau anglophone comme levier de francisation important, mais le taux de réussite s'améliorerait dans nos Cégeps, alors que nos enseignants du français peinent à réussir les tests.

    Un tel constat pourrait-il entraîner une conscientisation de ce handicap culturel majeur qui tire vers le bas une société qui se veut du concert des nations multilingue, multiethnique et multiculturel ? Et ce, plutôt que de nous complaire dans un déni protectioniste d'un langue qui deviendrait sans issu, si sa seule distinction était d'être reconnue au patrimoine mondial des dialectes. Plus que les seuls épouvantails législatifs, une prise de conscience et un changement de cap s'imposent, tant au niveau des attitudes individuelles que collectives, Nul ne peut nier désormais l'état désolant de la langue au QC et l'urgence d'apporter des correctifs majeurs, ce qui est souligné dans un article récent (15/02/21) :
    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/595226/libre-opinion-preserver-la-qualite-du-francais-une-responsabilite-urgente-et-collective

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 février 2021 14 h 57

      Ce qui n'empêche pas certains de croire que subventionner le réseau anglais est financer notre propre assimilation. ?

      Je crois que c'est plutôt la disproportion des sommes allouées au réseau anglophone par rapport à leur poids démographique qui fait grincer les dents de bien des gens au Québec. Je n'ai pas les chiffres en tête, mais ils sont faciles à trouver sur la Toile

  • Mario Guilbert - Abonné 23 février 2021 15 h 24

    Se tenir debout

    Parfaitement d'accord sur toute la ligne avec monsieur Langis !