Après la pause, au «Téléjournal»

Au Téléjournal, l’expression « après la pause » est devenue un leitmotiv exaspérant, d’autant plus que ce n’est pas toujours vrai ; parfois, il faut attendre une deuxième pause pour voir ce qu’on nous annonçait avant la première. La publicité prend tellement de place qu’on en vient à croire qu’elle chorégraphie l’information, laquelle se vend pour vendre.

À la misère et au drame à l’écran, que le bulletin de nouvelles expose jour après jour, on oppose la consommation. À l’indécence, on ajoute le cynisme. Il faut être sans gêne pour appeler « pause » un segment publicitaire criard et insignifiant durant lequel on pousse l’audace jusqu’à radoter la même publicité, convaincu que les Québécois n’ont pas plus de mémoire individuelle que collective. Il m’arrive de décrocher et de me ré-péter de ne pas acheter ces produits enquiquineurs.

Toute ma vie, je n’ai regardé qu’un seul bulletin de nouvelles, celui de Radio-Canada, parce qu’on y fait du bon travail. Cependant, le vacarme publicitaire le réduit à la vacuité. De plus en plus souvent, je passe à TV5 pour un bulletin de nouvelles qui ne soit pas empoisonné. Comment se fait-il que le Canada, pays du G7, ne parvienne pas à nous offrir un bulletin de nouvelles sans publicité ? Quitte à l’écourter : il n’est pas nécessaire d’interviewer des passants qui n’ont rien à dire, ni de faire revenir à l’écran un journaliste sur les lieux d’un événement n’ayant rien de nouveau à nous apprendre, ni que le bulletin de nouvelles fasse la promotion d’une autre émission ne serait-ce que pour éviter la répétition et le déjà vu ennuyeux. Heureusement, on a enfin fait disparaître la barre déroulante du détournement de la pensée comme si la nouvelle n’était qu’une vulgaire éphéméride sans impact sur nos vies.

Il faudrait peut-être s’inspirer de la télévision française qui a le mérite de prendre le temps qu’il faut pour faire le tour d’un sujet : une heure, parfois deux. Les spécialistes invités ont le loisir de développer leur pensée et d’en débattre. Il y a plein d’anthropologues, de sociologues, d’historiens et de philosophes qui pourraient nous amener ail-leurs. Il y a ici assez de compétences pour nourrir qui a faim. Il ne nous suffit plus de voir, comme le disait Deschamps ; nous voulons comprendre, dépasser le spectacle de la nouvelle. De l’intelligence autant au niveau du contenu que du contenant, est-ce trop demander ?

À voir en vidéo