La déconnexion

Le premier ministre a parlé d’offrir une journée en présentiel par semaine aux étudiants du cégep et de l’université. Malheureusement, sa suggestion repose sur une transposition du rythme de l’école secondaire aux établissements postsecondaires. La formulation trahissait cette transposition. L’infantilisation n’avait d’égal que la déconnexion. Prenons le cas de l’université.

Un cours typique en classe à l’Université Laval se donne sur une période unique de trois heures par semaine. Une journée, à l’exception du vendredi qui finit plus tôt, comprend une plage horaire possible le matin, deux l’après-midi et une autre le soir. Un étudiant au premier cycle à temps plein a normalement quatre ou cinq cours par semaine. Cette semaine peut s’étaler sur cinq jours ou se limiter à deux. Il y a de plus un éclatement des cursus individuels même au sein des programmes cannés. J’ai moi-même déjà eu une session où mes cinq cours étaient donnés par trois facultés différentes, et ce, en conformité avec les exigences de mon programme.

Rien que la gestion des horaires rend l’idée du jour en présentiel impossible à appliquer à l’université. En plus, la session est déjà commencée, il y a des contraintes d’espace à respecter et la qualité de l’air à surveiller. Les fleurs ne poussent pas plus vite si l’on tire dessus. C’est beaucoup de maux de tête pour offrir à des étudiants la possibilité de se présenter une fois par semaine dans une classe pleine de personnes qu’ils ne connaissent souvent pas. Or, le premier ministre parle de jeunes qui ont besoin de revoir leurs amis. Il a déjà été ministre de l’Éducation en plus. Il a même deux diplômes universitaires.

C’est un vœu pieux. Les vœux pieux sont bien intentionnés. Le problème, c’est la déconnexion. Le premier ministre a de la difficulté à se figurer le fonctionnement de l’enseignement universitaire. Ce n’est pas bon signe.

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