Johnny Seven

Dans les années 1960, ici en Amérique, il y a eu un jouet destiné aux enfants annoncé par des publicités, déjà omniprésentes lors d’émissions populaires transmises à la télévision. J’avais neuf ans quand, un Noël, j’ai reçu ce cadeau, que de rares parents aujourd’hui feraient à leur enfant. Le « Johnny Seven », une sorte de fusil de guerre multifonction, promettait de la puissance, plusieurs sortes de munitions et d’options de tirs. Ça ne pouvait qu’être décevant : le jouet ne fonctionnait pas très bien d’une part et, comme je m’en rendrais compte plus tard, tous les ersatz de « puissance » qu’on voudra nous vendre seront décevants.

Avec le recul, je comprends mon intérêt pour cette « puissance » qu’on ne m’avait pas appris à reconnaître en moi et ce désir de parodier une guerre, des combats que je sais aujourd’hui destructeurs de corps et d’âmes humaines, mais qui n’étaient alors que des jeux d’enfants ignorants de ces choses. Si je voulais me faire complotiste, je dirais que ce jouet, construit par la marque Topper Toys, a probablement eu la NRA comme investisseur. Les garçons de mon époque ont presque tous eu des armes comme jouets ; et la télévision, avec sa panoplie d’émissions et de films de guerre, de cow-boys et de drames policiers, a achevé un véritable conditionnement et une banalisation de ces armes. Ajoutons à cela un amendement donnant droit à tous citoyens de posséder une arme, une vraie, et une culture où l’on donne une carabine 22 à son adolescent, et nous nous retrouvons avec un problème comme aux États-Unis. Les hommes que l’on voit avec leur fusil d’assaut, le doigt tendu près de la détente, sont comme des enfants avec leur Johnny Seven. Des enfants dangereux, dans des corps d’adultes en manque de puissance qui n’ont pas eu la chance de se faire expliquer ou d’apprendre ce qu’elle était vraiment. Ces adultes frustrés et colériques parodient à leur tour les jeux de guerre, avec des armes aussi destructrices et puissantes que mon cadeau du Noël 1965, mais en vrai.

5 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 26 janvier 2021 07 h 48

    La même problématique que les jeux de guerre

    Le Johnny Seven a été mentionné par plusieurs depuis sa sortie au début des années 60, de Godard au groupe new-wave synthwave Human League. A-t-il une effet de conditionnement sur certains esprits qui confondent fiction et réalité, comme les jeux de guerre ou le jeu Qanon?
    Un concepteur de jeux dits «de réalité», informatisés ou non, a reconnu dans la secte Q tous les ingrédients des jeux vidéo «de réalité». Dans ce cas, on peut dire que l'effet de conditionnement est bien réel.
    «A Game Designer’s Analysis Of QAnon Playing with reality» curiousinstitute 2020. Aussi sur Wired.

    Pour ce qui est de la NRA, sa participation dans les années 60 est peu probable. À l'époque ses dirigeants, non partisans, participaient à l'élaboration de lois limitant le port d'armes. C'est à partir des années 70 que la NRA a été noyautée par des extrémistes de droite qui se sont alignés sur les républicains.

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 26 janvier 2021 09 h 28

    Intéressant ! Votre propos éclaire sur une des possibles raisons de la fascination (et de "l'amour") d'un grand nombre d'américains pour leurs petits « joujoux » meurtriers ... mail il y a aussi cette mentalité de "si tu mets le pied sur ma propriété, j'obtiens le permis de me défendre (et de te tuer)" sans oublier le fameux "les citoyens doivent pouvoir se soulever contre un gouvernement (fédéral ou étatique) si les circonstances le justifient". On peut d'ailleurs dire qu'on est passé près de voir tout ça en direct il y a encore peu de temps à Washington. Et avec un aussi puissant et riche lobby de détenteurs (et producteurs) d'armes que la NRA, on est loin du jour où les armes seront ostracisées comme peut l'être la cigarette de nos jours en certains endroits ! La route est longue vers un environnement exempt de cette violence potentielle que peut générer les armes à tout moment, particulièrement entre les mains d’hurluberlus fanatisés et prêts à se faire « trumper » sans limite de vitesse et de fonds.

  • Loraine King - Abonnée 26 janvier 2021 10 h 13

    Pandémie!

    Je parle du jeu coopératif où tous les joueurs jouent ensemble contre le jeu - virus

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Pand%C3%A9mie_(jeu)

    Aucun adversaire. Pour gagner il faut travailler ensemble.

    RESTEZ CHEZ-VOUS

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 janvier 2021 13 h 25

    « une culture où l’on donne une carabine .22 à son adolescent »


    … qui pleure, dès qu'il a tué son premier lapin … dès qu'il réalise que l'oiseau qu'il visait est mort…

    C'est ainsi que confronté à la mort se termine une carrière militaire avant même qu'elle ne s'amorce.

    Pour ma part, je crains plutôt les refoulés à qui maman a interdit de jouer aux indiens et aux cow-boys

    • Hélène Paulette - Abonnée 26 janvier 2021 15 h 58

      Je n'ai pas acheté de jouets guerriers à mon fils qui s'est lui même fabriqué des fusils avec de vieux bâtons de hockey. Ça a développé sa créativité et son indépendance. Il n'a pas d'arme aujourd'hui...