À force de fusions…

Dans l’excellent texte de Laurent Howe sur le développement urbain de Montréal dans l’édition du 21 janvier dernier, une phrase m’a étonné. « Il n’y a pas, fondamentalement, une bonne ou une mauvaise façon de faire une ville. »

À mon humble avis, pour ce qui concerne la ville de Saguenay dont la fusion fut décrétée par le gouvernement du Québec, il y a de cela vingt ans, cette fusion forcée fut une mauvaise façon. Mis à part l’esprit de clocher qui perdure, incrusté, même à la table du conseil municipal, là où la vision grande ville, leitmotiv de la mairesse, est un beau principe théorique seulement, notre cité est davantage une région.

C’est un énorme territoire de 1136 km2 (Montréal, 365 km2) couvert de forêts et de champs, ponctué ici et là de quatre agglomérations : Lac Kénogami, Laterrière, Canton Bégin et Shipshaw, et de trois arrondissements : Chicoutimi, Jonquière et La Baie. Par exemple, à notre échelle humaine, il se trouve que la fusion de Gatineau et de Hull, des villes jumelles, avait du sens : 341 km2, avec 832 âmes par kilomètre carré.

Ici, c’est impossible, selon moi, de fusionner physiquement et socialement tout cela, en même temps que trop de forces vives quittent le territoire composé d’une population de plus en plus vieillissante.

Vingt ans de laboratoire auront, au moins, eu le mérite de démontrer l’infaisabilité d’ériger, d’un coup de baguette magique, une ville de 150 000 habitants et plus avec une distanciation physique et des mentalités aussi grandes entre ces trois cités elles-mêmes déjà fusionnées au vingtième siècle.

 
3 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 25 janvier 2021 04 h 08

    Une mauvaise idée

    À Gatineau aussi, on a fusionné trois villes (Hull, Aylmer et Gatineau) avec la promesse d'une meilleure gestion et d'économies d'échelle. Or, d'une part, les taxes municipales n'ont cessé d'augmenter depuis : la plus forte hausse des grandes villes du Québec en 2021, au point où le maire a obtenu récemment le prix citron de la Fédération canadienne des contribuables. D'autre part, nous avons perdu l'avantage d'une «démocratie de proximité», avec une administration municipale de plus en plus lourde et déconnectée.

  • Clément Fontaine - Inscrit 25 janvier 2021 08 h 29

    Il fait tout de même bon y vivre

    Résidant au Saguenay depuis trois ans, je ne peux qu'abonder dans le sens de M. Lapointe. Cette ville tentaculaire, championne de l'étalement semi-urbain, semble ingouvernable. Ainsi une dizaine de kilomètres séparent chacune des trois anciennes villes de La Baie, Chicoutimi et Jonquière, converties en arrondissements. Si on ajoute à cela que la région de Saguenay est associée à celle du Lac-St-Jean, dont la configuration géoographique et la composition sociale sont bien différentes, il y a vraiment de quoi s'y perdre. Le nouveau-venu prend tout de même racine assez rapidement dans ce vaste territoire à cause surtout de l'environnement magnifique : des lacs, des rivières et des montagnes à profusion, un fjord qui s'avère un véritable trésor national pour quiconque se donne la peine de venir le visiter.

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 25 janvier 2021 10 h 48

    L'air du temps de l'époque ...

    Je me rappelle bien de cette ère où on nous affirmait sans nul doute que "tout ce qui est plus gros est nécessairement mieux !". S'il est vrai que certaines fusions municipales mieux effectuées que d'autres ont permis à l'occasion quelques économies d'échelle, M. Toutret souligne avec pertinence que lorsqu’elle sont forcées et mal conçues, la démocratie de proximité en prend effectivement pour son rhume. Sans compter que les "machines" ainsi créées ont rarement à cœur d'optimiser le rendement sur les taxes des citoyens. Il est bien plus facile d'augmenter les taxes sans se préoccuper de la capacité des contributeurs. Il existe pourtant des approches qui fonctionnent assez bien. Sur la couronne nord de Montréal, les villes de Boisbriand, Lorraine, Rosemère et Sainte-Thérèse ont continué d'exister comme entités municipales distinctes et redevables envers leurs citoyens respectifs. Il s’agit de municipalités de 27000, 26000, 14000 et 9300 habitants respectivement. Encouragé par les incitatifs du gouvernement québécois, les élus locaux des quatre villes ont eu l'audace en 2003 de fusionner les services de police des quatre entités pour en faire la Régie intermunicipale de police Thérèse-De Blainville, permettant alors une vraie consolidation des ressources et une meilleure offre de services à la population. Par ailleurs, Boisbriand et Sainte-Thérèse ont uni leurs efforts afin d'établir une "déchetterie municipale" (la bonne vieille "dump" quoi !) accessible aux citoyens des deux villes. Et les villes environnantes ont conclu des ententes afin de s'alimenter en eau potable à partir de la station d'épuration située à Rosemère. Tout n'est pas toujours parfait et il subsistent de petites chicanes de clochers, mais reste que ce modèle de fourniture des services municipaux démontre qu'il est possible d'optimiser les ressources et les façons de faire sans pour autant fusionner tout azimut et devoir se retrouver avec des gouvernements municipaux qui sont tout sauf de proximité.