La faille américaine

La fracture sociale états-unienne (Nord-Sud) est si béante qu’on doute parfois que la guerre civile soit terminée. La partie vaincue semble n’avoir jamais accepté le verdict.

L’amertume vient encore de ce que le Nord est plus développé, plus favorisé notamment sur le plan de la scolarité (Yale, Johns Hopkins, Harvard ne sont pas au Texas). On ne peut s’y tromper : l’extrême droite suprémaciste a toujours été présente au Sud (assassinat du président abolitionniste Lincoln, Ku Klux Klan, ségrégation, assassinat de Martin Luther King). L’Amérique parvient difficilement à exorciser ce démon. Pour mettre un comble à l’affaire, la violence, plus ou moins encouragée par le 2e amendement, fait partie des mœurs du pays.

Quoi de surprenant que des hordes armées déferlent sur le siège du gouvernement à Washington, de tendance majoritairement démocrate depuis sa fondation, et qui se permet en outre un certain raffinement, inconnu de ces contestataires brutaux issus du pays profond. Plusieurs d’entre eux, soit dit en passant, sont des descendants de pionniers du Far West, plus prompts à dégainer lors d’un litige qu’à faire appel à la règle de droit. Ajoutez à cela une radicalisation qui les fait basculer dans un univers pratiquement paranoïaque et vous obtenez un mélange détonant.

Quand un parano n’a pas de raisons de se plaindre, il en invente ; quand il perd ses élections par un vote légitime, il hurle à la fraude électorale généralisée. Les armes deviennent le seul et tragique moyen de dialogue de l’homme à qui il ne reste que des prétextes.

Les États-Unis ne manquent pas d’ennemis à l’extérieur, mais il est à craindre que la menace vienne maintenant de l’intérieur, de ces nostalgiques d’une Amé-rique arrogante (great again). À cette réserve près que le titre de première puissance de cette Amérique-là, de gendarme de la planète, paraît en train de lui échapper.

Le colmatage du fossé social américain, si tant est qu’il soit possible, la sortie de crise pandémique, le redémarrage économique de la nation, voilà les grands travaux qui attendent le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Les 78 ans du président Biden ne sonnent pas vraiment l’heure de la retraite.

 
5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 25 janvier 2021 01 h 27

    La concentration de la richesse dans les mains de quelques oligarques provoque l'amertume.

    Je suis d'accord avec vous, monsieur Leblanc. Par contre, les malheurs des Américains proviennent aussi des inégalités croissantes. Les milliardaires et les financiers ont pris en otage le gouvernement qui se plie à leur cupidité. Ils veulent tout accaparer sans rien laisser au bon peuple.
    Le mécontentement de la classe moyenne provient du fait qu'elle n'a plus le pouvoir d'achat, les salaires stagnent depuis longtemps, le rêve américain n'existe plus que dans l'imaginaire.
    Les barons voleurs pratiquent le socialisme pour les riches et le capitalisme pour les pauvres!

  • Yvon Montoya - Inscrit 25 janvier 2021 06 h 21

    On sait qu’a peine 3000/4000 américains ignorants et racistes forment les groupes armés pro-nazi supremacistes blancs avec 30% de l’électorat pro-Trump comme support fanatique. Les Républicains sont perdus voire coincés dans leurs principes liberticides populistes nationalistes, a-culturels et sociaux. En effet cela ne risque pas avec eux de rendre sa «  grandeur » a cette Amérique déchirée entre les Lumières et les ténèbres. Les USA sont progressistes et democrates sauf que le système est si manipulé de telle sorte que les cow-boys christianisés paniquent. Il faut connaitre voire être curieux de la littérature, de la belle production intellectuelle, des arts, de la musique aux USA pour s’apercevoir que l’Amerique est en danger de perdre sa «  démocratie » pour cause de folie chez les Républicains et les petis blancs apeurés face aux défis du 21e siècle. Le populisme idéologique est l'expression d’une peur totale irrationnelle et phantasmée. Merci.

    • Françoise Labelle - Abonnée 25 janvier 2021 12 h 25

      C'est juste, M.Montoya.
      Le titre des volumes de Wodward sur la gouvernance trumpienne sont Fear et Rage, titres pertinents. Les USA vivent dans l'attente toujours renouvelée d'une apocalypse imminente qu'on retrouve dans les mouvements religieux. Des auteurs comme Kurt Andersen (Fantasyland), Chris Hedges (L'empire de l'illusion), Louis Theroux, journaliste populaire en GB, donnent des exemples concret de ces sous-cultures américaines vivant dans le délire et la paranoïa.
      Un trumpien constatait que le score des constestations de Trump se soldait par 0 à 60, en partie devant des juges nommés par Trump. Au lieu de conclure de ce score qu'il n'y a pas de preuves de fraude, il concluait au contraire que ça prouvait que c'était nécessairement arrangé! Les publications scientifiques et les oeuvres littéraires majeures côtoient les élucubrations de Ron Hubbard et le National Enquirer, malheureusement prises au sérieux.

      Le co-complotistes Powell et Giuliuani sont poursuivis chacun pour plus 1,3 milliard par la cie Dominion qui fabrique des machines et des programmes pour le décompte électoral. Gageons qu'ils se rétracteront. Mais l'effet de leurs mensonges restera.

  • Cyril Dionne - Abonné 25 janvier 2021 08 h 46

    C’est par une faille que passe la lumière

    Petite nouvelle pour tous les gauchistes au Québec, cette fracture civile aux États-Unis existe depuis sa création comme pays en 1776. Personne ne réalise que le nom, « états unis » est un amalgame de plusieurs pays qui se sont mis ensemble pour en former un plus gros. Or, n’est-il pas normal que plusieurs de ces entités ne partagent pas les mêmes valeurs et aspirations?

    Le Nord est plus développé? Pardieu, vous connaissez la « Rust Belt » des états du nord? Le sud des États-Unis est maintenant beaucoup plus riche si on inclus la Californie qui était sympathique aux confédérés à l’origine. Mais dire que Yale, Johns Hopkins, Harvard, des universités qui datent de l’origine des 13 colonies de 1776 sont meilleures que celles qu’on retrouve dans le sud ne sont que des préjugés académiques. Ce qui est criant avec ces universités privés dites de l’ « Ivy League », c’est qu’elles ne sont pas inclusives. « Ben » oui, 60 000$ et plus pour seulement les frais de scolarités éliminent presque tous les étudiants américains. En plus, il faut être accepté pour y étudier et si vos parents n’ont pas acheté votre place, vous ne serai pas le bienvenu. En passant, les universités du sud de Duke, California Institute of Technology, Stanford, Vanderbilt , Rice, Virginia, North Carolina, Wake Forest et autres sont parmi les 30 meilleures aux USA.

    Comment ont-ils appelé les gens du Boston Tea Party en 1776? Des hordes de va-nu-pieds qui se soulevaient contre l’empire monarchique britannique. Que c’est commode d’oublier que les États-Unis n’existeraient pas aujourd’hui sans un soulèvement populaire. Que c’est commode d’oublier que les pères de la révolution américaine n’avaient aucune intention de proclamer la fin de l’esclavage, sinon, personne ou aucun état n’aurait souscrit à ce projet politique d’indépendance et les États-Unis n’existeraient pas.

    Enfin, sur une population de 335 millions, le mieux qu’ils ont pu trouvé pour remplacer Trump était Joe Biden? Oui, misère.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 25 janvier 2021 10 h 56

    « La fracture sociale états-unienne (Nord-Sud) […] L’amertume vient encore de ce que le Nord est plus développé» (Jean-Pierre Leblanc)

    Les résultats de l'élection américaine de 2020 indiquent plutôt qu'il s'agit davantage d'une fracture Est-Ouest, en ce sens que du Montana au Texas se sont surtout les États centraux qui ont voté pour Trump.

    D'autre part, au sens que vous l'entendez, on ne saurait qualifier de développés certains États du Middle West, lesquels sont au nord des USA tel que le Montana, l'Idaho, le Wyoming, le Nebraska, les deux Dakota…