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Détruire notre patrimoine pour un stationnement, quel manque de vision!

L’hôtel de ville de Sept-Îles, construit par l’agence ARCOP (Affleck, Desbarats, Dimakopoulos, Lebensold, Michaud, Sise, Architectes), et inauguré en 1960, est une marque importante de notre héritage architectural. Les œuvres d’ARCOP ont très tôt symbolisé l’architecture de haute qualité. Leur premier projet réalisé a été le Queen Elizabeth Playhouse de Vancouver, inauguré en 1958, et pour lequel ils ont reçu la médaille Massey en 1959. Dans cette orientation des œuvres publiques, l’hôtel de ville de Sept-Îles joue un rôle crucial dans l’histoire de l’architecture publique d’après-guerre au Canada.

Je joins ma voix au rapport commandé par la ville de Sept-Îles et réalisé par la firme Patri-Arch qui conclut que l’hôtel de ville de Sept-Îles, malgré les dégradations qui ont eu cours au fil du temps, est d’une valeur patrimoniale supérieure. Ne devrait-on pas être collectivement fier qu’un bâtiment soit reconnu pour son excellence architecturale et, par conséquent, conservé ?

Il est difficile de comprendre pourquoi le maire de Sept-Îles n’a pas rendu publiques les conclusions de ce rapport patrimonial concernant l’hôtel de ville dès leur parution. Il est tout aussi difficile de constater que les conclusions de ce rapport sont ignorées dans sa politique de préservation du patrimoine de la ville. Pourquoi avoir alors commandé le rapport au coût de 16 000 $ ? Les conclusions d’un tel rapport ne devraient-elles pas être rendues publiques dès leur annonce ?

Détruire l’hôtel de ville de Sept-Îles pour y faire un stationnement est un outrage social et urbain. Social puisque l’hôtel de ville de Sept-Îles est un symbole et sert la démocratie. Il est la maison des citoyens. Du point de vue de l’urbain, on échange un édifice vital avec un vide, un trou dans la fabrique urbaine, ce qui est catastrophique pour l’aménagement des villes.

Raser un bâtiment de valeur, un bien culturel et un édifice public symbolique essentiel enlève une marque si pertinente de l’histoire de la ville. La volonté d’y implanter un stationnement à sa place est un acte de vandalisme qui va à l’encontre de tout concept social, culturel et urbain. Dans ce cas spécifique, le manque flagrant de vision de la municipalité est une offense impardonnable. Cela va à l’encontre même d’une préservation cohérente du patrimoine. La logique mercantile doit cesser de raser ces bâtisses patrimoniales.

9 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 22 janvier 2021 00 h 35

    Il était une fois il y a longtemps, une telle chose qui s'appelait «le bien public».

    Vous avez tellement raison, madame Lambert. La logique mercantile nous impose l'aveuglement collectif et les décisions basées sur les profits au lieu de la préservation du patrimoine de la ville. À quand un gouvernement qui pourra se tenir debout devant les intérêts financiers?

  • gilles morency - Inscrit 22 janvier 2021 07 h 31

    gilles morency

    le titre de l'article n'est pas nouveau. En 1970 Joni Mitchell chantait "Big yellow taxi". Voici le debut de la chanson "" They paved paradise
    And put up a parking lot"" Rien de nouveau sous le soleil

  • Bernard LEIFFET - Abonné 22 janvier 2021 09 h 02

    Aucun projet collectif en vue pour notre nation, alors laissons faire!

    Autrefois, il y avait à la tête de l'état des personnes instruites pour lesquelles le Patrimoine était un bien national à protéger! Ce n'est pas une question de mode comme il en existe! Par exemle, allez en France et vous verrez des citoyens se réunir pour protéger une gentihommière, un ancien relais de poste, une porte médiévale, un vieux moulin, le sommet d'une tour! Tout comme la culture, la protection de son environnement est ancrée dans les moeurs depuis de nombreuses générations. Il y a même des passionné(e)s qui restaurent des châteaux-forts datant de Jeanne d'Arc dans le centre de la France!
    Mêmes les petites forêts publiques constituées le plus souvent de grands arbres, des chênes, des hêtres. sont entrtenues par leurs propriétaires, fa forêt faisant partie du Patrimoine! Il suffit de se promener en lisière de celles-ci pour y voir combien c'est agréable à la vue de voir la Nature ainsi nettoyée, le sol propre, à contrario avec ce qui se passe iici! On fait des affaires ici, avec tout, les bâtiments, les forêts, tout y passe, tant pis pour les générations futures!
    Comme beaucoup de défenseurs, je crie contre ce gouvernement qui n'a aucun respect pour l'Environnement et la proctection du Patrimoine! Il n'est pas le seul d'ailleurs à les mettre à mal, quand je vois ces hardes d'engins dits sportifs montés au nord pour aller polluer des sites forestiers plutôt que de se déplacer sans heurter la faune et la flore! Faire du bruit, se croire en train de faire un exploit comme le Paris-Dakar, mettre des bruiteurs sur les pots d'échappement pour annncer leur venue de loin, voilà la culture des nouvelles générations! Oui, en Amazonie c'est affreux de la voir perdre chaque jour une parcelle partir en fumée pour être ensuite souillée en profondeur! Bref, le monde des affaires, peu importe où il est, est loin d'être propre!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 22 janvier 2021 09 h 08

    Bravo !

    Un excellent texte de l'indispensable Phyllis Lambert, à qui le Québec doit beaucoup.

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 22 janvier 2021 09 h 26

    Je me souviens ? Faut-il encore essayer ...

    Chère Mme Lambert,

    Je suis de tout coeur avec vous et je suis vos combats au sujet de notre patrimoine architectural. Vous soulevez en effet un aspect incompréhensible de ce dossier spécifique: pourquoi avoir commandé une étude et ne pas la rendre publique dès sa parution ? D'autant qu'il s'agit de fonds publics ... Décidément, tous ces innombrables dossiers où se chevauchent le devoir de mémoire et les magouilles plus ou moins occultes font en sorte que les belles politiques de préservation et de renforcement du patrimoine bâti collectif tournent souvent en rond pour ne pas dire en désastre ! Et après ça on nous fera croire que le marché (politique ou commercial) peut s'autoréguler. Il est permis d'én douter !