COVID-19: le couvre-feu sur les glaces

Je dois dire que j’ai de la difficulté à comprendre ce couvre-feu.

Mon conjoint, père de mes trois enfants, est mort des suites d’un cancer en juin 2020. Après l’avoir soigné pendant longtemps et de notre mieux (le plus jeune de mes fils, déjà aux prises avec des troubles anxieux importants et habitant avec son père et moi, eut à m’aider à ramasser le sang ainsi que toutes les traces laissées par cette maladie désormais non prise en charge par le système médical), nous avons dû organiser des funérailles en plein milieu d’un déménagement déjà prévu par mon conjoint alors qu’il croyait avoir trouvé un logement convenant à ses besoins du moment.

En plus du stress inhérent à chacune de ces situations perturbantes (l’indice du stress lié au deuil, au déménagement, à la maladie et à l’éclatement de la cellule familiale est très élevé), on ajoute maintenant l’incapacité pour mon fils de pouvoir compter sur un service d’aide psychologique post-traumatique.Non seulement ne peut-il bénéficier d’un soutien psychologique adapté à sa condition psychosociale et aux conditions extérieures qui en exacerbent la gravité, mais j’apprends aujourd’hui qu’il ne peut plus patiner avec son frère sur une glace extérieure, ce qui lui aurait donné l’occasion de faire du sport au lieu de s’enfermer dans sa chambre toute la journée, dans la noirceur la plus totale. Ils ont en effet été avertis de ne pas utiliser de bâton de hockey et n’ont pas accès à un filet puisque les échanges entre bâtons pouvaient transmettre le virus de l’un à l’autre !

Je ne peux plus compter sur personne pour le faire sortir de sa prostration sauf sur ses frères qui, bien que voulant le sortir de cet état mortifère, sont maintenant interdits de lui apporter une aide tangible dans ce qui peut encore les réunir ; le hockey pendant l’hiver et d’autres activités sportives tout au long de l’année (mes fils ont pratiqué des sports divers tout au long de leur vie).

Ce système de désintégration progressive des filets sociaux collectifs me donne froid dans le dos.

Ce n’est pas le son des sirènes du couvre-feu que j’entends. C’est un glas social à glacer le sang.

1 commentaire
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 21 janvier 2021 05 h 55

    «Ce système de désintégration progressive des filets sociaux collectifs me donne froid dans le dos» (Marie-Claude Lefrançois)


    C'est pourquoi dans un souci de justice sociale pour soulager de leur anxiété les actionnaires des compagnies aériennes en pertes de bénéfices, vous avez le loisir d'aller réchauffer votre dos sur l'une des plages dorées des Antilles si vous sautez dans un avion avant l'heure du couvre-feu.

    Pour le reste, c'est pour hâter la « désintégration de nos filets sociaux » que l'on fait activement la promotion de la charité publique