Trump censuré?

Lorsque de nouvelles technologies apparaissent, il est passionnant de constater la rapidité avec laquelle elles sont intégrées dans notre quotidien et contribuent à modifier certaines pratiques professionnelles. Ce fut le cas, entre autres, de l’influence que le télégraphe, la radio, la télévision et l’Internet ont eue sur la pratique du journalisme. Ce fut aussi le cas lors de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au XVe siècle. Cette nouvelle technologie allait libérer le contrôle de la connaissance qui était entre les mains des clercs. Les pouvoirs politiques et religieux de l’époque en ont été bousculés et certains ont même tenté d’en interdire l’utilisation.

Les plateformes numériques prétendent ne pas devoir être soumises aux règles éthiques et légales qui encadrent les organes de presse. Or, Facebook vient d’interdire la publication des messages du président Trump et d’autres groupes « conspirationnistes ». Facebook viendrait-il de mettre le pied dans l’étrier des « normes et pratiques journalistiques » en décidant d’exclure, donc de censurer, Trump ?

De partout, on entend des soupirs de soulagement. Mais, attention ! Qui nous dit que, bientôt, les plateformes ne décideront pas de frapper d’autres personnes dont la morale, le discours ou le comportement leur paraîtraient inacceptables. Elles s’érigent en organes de publication et de diffusion, mais pas d’information. Soit !

Lorsque récemment des citoyens ou des groupes ont tenté de poursuivre légalement les propriétaires de ces plateformes, ces derniers ont répondu qu’ils n’étaient pas responsables du contenu publié par leurs utilisateurs. Ils ont fait valoir qu’ils n’étaient qu’une sorte de boîte postale. Autrement dit, on ne peut poursuivre le service des postes pour avoir livré une lettre contenant des faussetés ou des injures.

Les questions suivantes doivent être soulevées : à compter de quel moment — ou de quel incident — les plateformes numériques se verront-elles soumises à des règles déontologiques nationales encadrant leurs responsabilités ? Comment concilier la liberté de parole et la responsabilité civile de ceux qui la véhiculent ? Comment encadrer les plateformes qui diffusent depuis l’étranger ?

Dans son héritage, Trump pourra au moins se vanter d’avoir fait soulever la question de la responsabilité de ces plateformes.

 
9 commentaires
  • Germain Dallaire - Abonné 12 janvier 2021 08 h 17

    Quand l'impuissance s'installe

    Il en est de la liberté d'expression comme de tout le reste. Quand tout se privatise, le bien commun aussi en vient en passer à la trappe. Nos gouvernements ont eux-mêmes préconisé le laisser-faire et l'impuissance façe aux Gafam de ce monde. Tout le monde se souvient des hochets de Mme Joly il y a quelques années et au Québec, on a vu la CAQ dérouler le tapis rouge à une entreprise délinquante comme Uber.
    Ce n'est évidemment pas à ces multinationales à définir ce qui se dit ou ne se dit pas. Il y a des lois votés par nos représentants élus démocratiquement et des tribunaux pour les faire appliquer. Ceux qui saluent la censure de Trump par les réseaux sociaux privés risquent de la trouver moins drôle le jour où cette censure les touchera. Ils se rendront compte tout à coup qu'on a laissé se développer des monstres.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 12 janvier 2021 08 h 58

    La nullification du premier amendement, le fondement de la démocratie

    À moins de souffrir du Syndrome de dérangement Trump, applaudir à la censure de ce dernier (en fait des millions de citoyens américainns) c'est se réjouir de la nullification du premier amendement de la Comnstitution américaine ! Qui est en fait le fondement de la démocratie.

    Les règles concernant les limites du droit à la libre expression et circulation de l'information sont cadrés par l'État de droit et garantie par la Constitution : Premier amendement.

    Or avec la domination des communications par les GAFAM, on assiste à la sous-traitance du premier amendement par des entreprises privés, collé sur le Parti démocrate. Lesquels sont à mettre en place un ministère de la vérité auquel les citoyens devront se soumettre au risque d'êtres ostracisés.

    Pour le nouveau président qui va jurer de défendre la constitution le 20 janvier, c'est ma parti avec la nullification du premier amendement, le fondement de la démocratie !

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 janvier 2021 09 h 49

      Rappelons le Premier Amendement: Le Congrès n'adoptera aucune loi relative à l'établissement d'une religion, ou à l'interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d'expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d'adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis.

      Le Congrès n'a passé aucune loi limitant le droit de M. Trump de s'exprimer. En fait, ce que vous semblez désirer, c'est une obligation pour tous les médias privés de transmettre le discours du président, ce qui irait à l'encontre de l'esprit du Premier Amendement. De toute manière, on a depuis longtemps interdit les propos séditieux.

  • Simon Grenier - Abonné 12 janvier 2021 09 h 02

    Les réseaux sociaux sont entièrement responsables de ce qu'ils servent à publier...

    La poste ne fait-elle pas des vérifications pour détecter la drogue ou les matières dangereuses comme celles qui causent l'anthrax? Les sites web ET serveurs ayant rediffusé LA vidéo de M. Magnotta n'ont-ils pas été sanctionnés ou neutralisés par un quelconque bras de l'État? L'amplification publique d'une opinion haineuse énoncée en privé ne constitue-t-elle pas de l'incitation à la haine? Une entreprise n'est-elle pas une personne morale au sens de la loi?

    Dans l'univers virtuel de l'informatique où tout est instantané à condition de disposer de suffisamment de ressources - ce qui est le cas de toute et chacune de ces plateformes - il n'y a aucune raison pour justifier l'absence de modération.

    Si Facebook a dormi au gaz pendant 15 ans, c'est la faute de Facebook.

  • Jean-François Trottier - Abonné 12 janvier 2021 09 h 05

    Parfaitement exact!.. et insuffisant.

    Il est absolument anormal, en fait anti-démocratique, que Tweeter décide de soi-même de censurer Trump.

    Soyons nets. C'est son droit. Les médias décident du contenu de leur produit, s'ils respectent une forme de vérité, celle de pouvoir démontrer la réalité des faits sur lesquels ils s'appuient.

    Mais que Tweeter ne soit pas responsable d'avoir laissé Trump accuser pas mal tous les médias de mentir, et ensuite décider de lui-même que Trump n'est pas publiable, sans procès, sans référence externe?
    Non. Inacceptable.

    Toutefois je dois dire que depuis 4 ans je suis en colère contre la plupart des médias, dont Le Devoir, pour avoir fait miroir à tweeter en premlière page jour après jour.
    Le mot Trump a été partout, tout le temps, et les guillemets qu'on doit mettre en citant, pour prendre de la distance face aux propos, étaient rarement présents. Pas plus d'usage du conditionnel comme il se doit dans les cas douteux. Comme si Trump avait écrit parole d'évangile!

    C'est d'acceptation sociale dont il s'agit, mais surtout de responsabilité. Les prétendus défenseurs de la démocratie et de ses multiples leviers ont oublié la nécessité de rapporter la réalité au nom d'une bien trompeuse "ère virtuelle", où tout devient vrai du fait d'être nommé.

    De mémoire Trump est l'un des pires menteurs. L'immense majorité des journalistes sont d'accord avec cette assertion.
    Attention! Ce n'est pas une question d'opinion. Ils savent que ce gars ment depuis des années! Savoir n'est pas croire.

    Où l'ont-ils montré pendant 4 ans, avant sa défaite?

    Très facile aujourd'hui de dire que Tweeter et autres réseaux devraient être encadrés par une loi des médias et un genre de conseil de presse.
    À quoi a servi le conseil de presse au sujet du menteur en chef?
    4 ans!

    D'écoeurement, j'ai parfois suggéré que les journaux s'entendent pour faire une "semaine sans Trump".
    J'aurais préféré un minimum de rigueur.

    • Gilles Gougeon - Abonné 13 janvier 2021 11 h 34

      Un journaliste doit essentiellement témoigner honnêtement de ce dont il est témoin. Puis, après vérification et contrevérification, son journal (ou son entreprise de presse) publie l'information si elle est d'intérêt public. Le phénomène Trump (qui était tout de même le président élu d'un des pays les plus puissants au monde) fut justement l'allumage du phénomène des réseaux sociaux qui a enflammé la politique des USA (notre vosin) . Les journaux (dont Le Devoir) n'ont pas à ignorer un phénomène aussi important sous prétexte de ne pas écoeurer ses lecteurs. Vous n'avez qu'à relire les journaux publiés pendant la guerre 39-45 pour vous consoler de l'importance donnée à Trump au cours des quatre dernières années. Trump mentait chaque jour. La presse professionnelle déboulonnait ses mensonges régulièrement. Résultat: il a perdu l'élection de novembre dernier et son parti a fini par perdre le contrôle du Sénat. "Prendre un break" de Trump n'aurait servi à rien.
      Gilles Gougeon

  • Cyril Dionne - Abonné 12 janvier 2021 09 h 27

    « Il n’y a pas que brûler des livres qui m’inquiète. Il y a aussi ceux qui ne seront jamais écrits, du fait de la crainte de la censure » - Judy Blume

    Vous posez d’excellentes questions M. Gougeon. Évidemment dans ce cas précis, les GAFA s’arrogent le droit de censurer et de contrôler le débat public lorsque la situation ne fait pas leur affaire. Donc, des firmes privées qui n’ont aucun intérêt public, mais bien un pour pouvoir faire des profits sans limite en s’assurant d’avoir un monopole intercontinental sur tout ce qui est publié ou non. Elles disent qu’elles ne sont pas responsables du contenu publié par les utilisateurs, pourquoi donc alors qu'elles censurent à tous les jours? Lorsqu’une peinture adulée à travers les siècles dévoile un corps humain nu, ces plateformes censurent la photo. Mais lorsqu’il en vient le temps de créer des algorithmes pour manipuler l’esprit et les émotions des gens qui utilisent ces réseaux sociaux, eh bien, celles-ci sont passées maître. Enfin, ces plateformes ont directement un pouvoir discrétionnaire sur l’information publiée par leurs usagers.

    À ce que je sache, personne n’a élu ces multimilliardaires du 0,00001% que se foutent bien des gens ordinaires. Ce sont des entités privées qui font leur profit dans la sphère publique des gens. Et puisqu’elles sont privées, celles-ci trouvent nullement nécessaires de les encadrer dans des règles d’éthiques et de déontologiques nationales qui vont à l’encontre des profits générés. C’est la première fois qu’on voit une entité commerciale qui non seulement a le beurre et l’argent du beurre, mais reçoivent un sourire de la fermière en plus de cela.

    En bref, ces plateformes pratiquent la censure dans le pays où le premier amendement de leur constitution stipule que la liberté d’expression et le droit de se rassembler sont les libertés les plus importantes dans leur société. Oui, misère. On n'est pas encore dans le bois de la liberté, l'égalité et de la fraternité.