Une rue de la Grande Paix?

Nous soulignerons, cette année, le 320e anniversaire de la Grande Paix de Montréal. Voilà un événement fondateur de l’histoire de la ville et de la Nouvelle-France. Il devrait être souligné à la hauteur de l’importance qu’il mérite. Au moment où se pointe à l’horizon le désir de reconnaître l’importance des Premières Nations dans notre histoire et sur le territoire que nous habitons, il me semble pertinent de corriger une certaine amnésie collective par la reconnaissance de ces nations dans la toponymie de la ville où cette paix a été signée. À Montréal, en 1701, cette rencontre exceptionnelle réunissait les chefs des principales Premières Nations de tout l’est de l’Amérique du Nord. Un événement considérable tant pour les Premières Nations que pour les Européens.

Ma proposition : changer le nom de la rue Sherbrooke pour l’appeler désormais rue de la Grande Paix. Le général Sherbrooke a été actif en Nouvelle-Angleterre et en Nouvelle-Écosse. Il n’a occupé des fonctions au Bas-Canada que pendant deux courtes années avant de retourner en Angleterre. Ce rôle historique est trop secondaire pour mériter le nom de la principale artère de Montréal, alors que la Grande Paix de 1701 est un événement majeur de l’histoire de la ville et du Québec.

Le général Sherbrooke est d’ailleurs déjà présent dans la toponymie de la province. La sixième ville en importance du Québec porte son nom, ainsi qu’une université. C’est bien suffisant pour le rôle qu’il a joué ici.

Deuxième proposition : reproduire sur une plaque de bronze de bonne dimension les signatures des Autochtones qui étaient constituées de jolis dessins au-dessous desquels on a écrit les noms de leurs nations.

Cette proposition se situe dans la droite ligne de ce qu’on a fait avec la rue Amherst, qui porte maintenant le beau nom amérindien d’Atateken.

Ces peuples ayant été les premiers humains à occuper cette terre il y a environ 12 000 ans, voilà une belle manière de commencer l’année et de célébrer par un geste significatif la réconciliation tant souhaitée avec les Premières Nations.

17 commentaires
  • Louise Melançon - Abonnée 7 janvier 2021 08 h 25

    Excellente idée!

    J'appuie fortement cette reconnaissance des Autochtones par le changement de nom de la grande artère Montréalaise!

  • Serge Daigno - Inscrit 7 janvier 2021 09 h 17

    Excellente suggestion, sauf que

    c'est plutôt l'imprononçable rue « Atateken » qui devrait être renommée, parce qu'elle porte ombrage à nos véritables alliés d'antan Algonquins et Hurons, alors que les Mohawks ont soutenu les Anglais dans leur lutte contre la nation francophone.

    • Pierre Rousseau - Abonné 7 janvier 2021 10 h 43

      C'est ignorer l'histoire que de prétendre ceci. La Grande Paix de Montréal est justement le fruit de négociations ardues entre les Cinq-Nations iroquoises et les autorités françaises pour, entre autres, les éloigner de leurs amis Anglais. Les Cinq-Nations étaient affaiblies par les épidémies et par les raids des alliés des Français dans l'ouest et ce sont eux qui ont approché les Français pour faire la paix. En même temps, ce traité de paix liait les alliés autochtones des Français et mettait fin à des guerres intertribales qui étaient interminables et minaient le commerce avec les Européens. Si les hostilités entre les Français et les Anglais ont recommencé simultanément, c'est en raison de la guerre de succession d'Espagne entre les puissances coloniales mais les Mohawks se sont rangés avec les Français et plusieurs escarmouches de cette guerre comportaient des guerriers mohawks (voir la documentation sur le raid sur Deerfield en février-mars 1704).

      Les Mohawks étaient farouchement indépendants et c'est Champlain qui a déclenché les hostilités entre les Agniers et les Français quand il a pris le parti de ses alliés Algonquins et Innus et a tué des guerriers agniers avec son arquebuse. Quant à Atateken, c'est facile à prononcer et on peut s'y habituer facilement, c'est la moindre des choses.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 7 janvier 2021 09 h 44

    La Grande Paix : les fruits de la Grande alliance

    Depuis la Grande alliance (1602-1603), les français auront mis 100 ans pour remplir l'engagement de Champlain qui fut d'abord d'imposer la paix avant de se résoudre à la guerre contre les ennemis de ses nouveaux alliées. Cette alliance fut déterminante à la naissance et l'essor de la colonie. 

    Denis Vaugeois, lors des célébrations du 400 e de la fondation de Québec :

    Pour ce voyage de 1603, Dupont-Gravé ramène, à bord de la Bonne-Renommée, deux Indiens qui avaient été reçus en amabssadeurs par Henri IV.

    À leur arrivée, la population de Tadoussac est en pleine tabagie. Le grand sagamo Anadabijou écoute attentivement les deux émissaires. Le Roi leur a fait « bonne réception »; ils assurent, rapporte Champlain dans son rapport intitulé Des Sauvages et qu’il fera publier « par privilège du roi », dès novembre 1603, que « sadite Majesté leur voulait du bien et désirait peupler leur terre ». Surtout, ajoutent-ils, Sa Majesté désire « faire la paix avec leurs ennemis ( qui sont les Iroquois, précise Champlain,) ou leur envoyer des forces pour les vaincre ». Anadabijou a le sens du protocole. Son idée est arrêtée, mais il fait d’abord distribuer du pétun (tabac) à Dupont-Gravé et à ses compagnons. « Ayant bien pétuné, il commença sa harangue […] fort content d’avoir sadite Majesté pour grand ami […] et fort aise que sadite Majesté peuplât leur terre et fit la guerre à leurs ennemis ». Les alliances franco-indiennes, amorcées en 1600, venaient de franchir une nouvelle étape. Anadabijou et Dupont-Gravé avaient jeté les bases de l’Amérique française. Ce sera l’affaire de Champlain de faire en sorte que cohabitation et métissage soient au rendez-vous.

    Source : Texte de la communication présentée par Denis Vaugeois lors du 133e congrès du comtié des travaux historiques et scientifiques (CTHS) à Québec le 2 juin 2008.
    http://www.septentrion.qc.ca/blogue/champlain-et-d

    Grand merci de nous rappeler l'importance de cette Grande Paix de 1701.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2021 09 h 51

    Je suis d'accord

    Le Devoir, Éditorial, le vendredi 22 avril 2016, p. A 8

    Ahuntsic doit rester !

    La Ville de Montréal veut renommer le parc Ahuntsic en parc Maurice-Richard. Quel manque de sensibilité de la part des autorités de la Ville ! Ne voit-on pas que les Amérindiens traversent une très mauvaise passe présentement, au Québec et au Canada ?

    Et quel affront cela fera aux Premières Nations ! Les toponymes amérindiens ne courant déjà pas les rues, il faut les préserver coûte que coûte.

    La Ville doit revenir à son idée première : renommer le parc Stanley en parc Maurice-Richard. Les toponymes anglais, ce n'est pas ce qui manque : Amherst, Durham, etc.

    Sylvio Le Blanc, Montréal, le 21 avril 2016

    http://www.ledevoir.com/politique/montreal/468876/

  • Pierre Rousseau - Abonné 7 janvier 2021 11 h 05

    Un haut fait de notre histoire

    C'est certainement un des hauts faits de notre histoire, surtout quand on voit pour la première fois une telle assemblée des nations couvrant un territoire très vaste de l'Amérique du Nord. Outre les Français représentés par une brochette de notables, dont le gouverneur Louis-Hector de Callière représentant de Louis XIV, les nations autochtones participant au traité étaient:
    Chez les Iroquois: Onontagués, Tsonnontouans, Oneyouts et Cayugas.
    Les nations des Grands Lacs: Amikwas, Cris, Outagamis, Gens-des-Terres, Hurons-Pétuns, les six nations des Illinois, Kickapous, Mascoutins, Menominee, deux nations des Miamis, Mississaugas, Nipissings, les nations des Outaouais, Ojibwés, Potéouatamis, Sauks, Timiskamings et Winnebagos.
    Les autres alliés des Français: Algonquins, Abénakis et Iroquois des environs de Montréal (dont ceux de Kahnawake).

    Il est intéressant de noter que les négociations furent facilitées par Paul Lemoyne de Maricourt, officier français qui avait été adopté par les Onondagas (une des Cinq-Nations iroquoises). C'est d'ailleurs chez eux que la « Conférence d'Onondaga » a lieu en 1700 et qui est décisive dans le processus ayant mené à la Grande paix de Montréal. Les nations iroquoises, en présence d'ambassadeurs français et sous l'impulsion du grand chef onondaga Teganissorens, trouvent un consensus quant à la signature d'un accord de paix que des émissaires anglais tentent en vain de saboter.

    En tant que peuples, nous gagnerions beaucoup à mieux connaître notre histoire et laisser tomber les stéréotypes envers les peuples autochtones. C'est une histoire riche qu'on oublie un peu trop souvent et un boulevard de la Grande Paix pourrait servir à nous le rappeler.