L’angle mort des voyages dans le Sud

On a beaucoup parlé des Québécois, citoyens et élus, qui ont décidé de voyager dans le Sud. On a soupesé les motivations individuelles et statué sur leur légitimité respective. On a exigé des tests de dépistage avant le retour et on a insisté sur le respect de la quarantaine obligatoire. Bref, on s’inquiète de ce que ces voyageurs rentrent aux pays infectés et nuisent à nos efforts collectifs pour contenir le virus. Ce à quoi plusieurs de ces voyageurs ont affirmé qu’il y avait relativement très peu de cas dans ces pays par rapport à ici. Que c’était donc beaucoup plus sécuritaire là-bas qu’ici.

Justement ! Le coronavirus circule beaucoup chez nous, et il est bien réparti dans la communauté. Avec un rythme soutenu de plus ou moins 2000 nouvelles infections par jour, il est fort probable que plusieurs de ces vacanciers aient déjà été porteurs du virus avant même d’avoir mis les pieds au chaud. Dans ce contexte, le risque est grand qu’ils infectent les habitants de ces pays. Qui a remis en question la légitimité de partir du Nord pour contaminer le Sud ? Qui s’est soucié de savoir si les systèmes de santé respectifs de ces pays seront en mesure de soutenir un afflux important de nouveaux malades ? Qui comptabilisera le nombre de décès évitables dans un pays étranger causés par des Québécois ?

Je m’inquiète assez peu pour les Québécois. Ils reviendront malades ou pas. Et nous poursuivrons notre lutte contre le coronavirus, commencée il y a près d’un an. Je m’inquiète beaucoup plus du poids que nos vacances dites essentielles feront peser sur des pays et des populations appauvries. Je m’attriste surtout du fait que personne ne semble considérer ce fardeau dans la balance… ni les vacanciers, ni les décideurs, ni les commentateurs.

 

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