L’angle mort des voyages dans le Sud

On a beaucoup parlé des Québécois, citoyens et élus, qui ont décidé de voyager dans le Sud. On a soupesé les motivations individuelles et statué sur leur légitimité respective. On a exigé des tests de dépistage avant le retour et on a insisté sur le respect de la quarantaine obligatoire. Bref, on s’inquiète de ce que ces voyageurs rentrent aux pays infectés et nuisent à nos efforts collectifs pour contenir le virus. Ce à quoi plusieurs de ces voyageurs ont affirmé qu’il y avait relativement très peu de cas dans ces pays par rapport à ici. Que c’était donc beaucoup plus sécuritaire là-bas qu’ici.

Justement ! Le coronavirus circule beaucoup chez nous, et il est bien réparti dans la communauté. Avec un rythme soutenu de plus ou moins 2000 nouvelles infections par jour, il est fort probable que plusieurs de ces vacanciers aient déjà été porteurs du virus avant même d’avoir mis les pieds au chaud. Dans ce contexte, le risque est grand qu’ils infectent les habitants de ces pays. Qui a remis en question la légitimité de partir du Nord pour contaminer le Sud ? Qui s’est soucié de savoir si les systèmes de santé respectifs de ces pays seront en mesure de soutenir un afflux important de nouveaux malades ? Qui comptabilisera le nombre de décès évitables dans un pays étranger causés par des Québécois ?

Je m’inquiète assez peu pour les Québécois. Ils reviendront malades ou pas. Et nous poursuivrons notre lutte contre le coronavirus, commencée il y a près d’un an. Je m’inquiète beaucoup plus du poids que nos vacances dites essentielles feront peser sur des pays et des populations appauvries. Je m’attriste surtout du fait que personne ne semble considérer ce fardeau dans la balance… ni les vacanciers, ni les décideurs, ni les commentateurs.

 
5 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 4 janvier 2021 06 h 56

    Le nouveau coronavirus est encore nouveau

    Cuba a exigé des tests à l'entrée après une augmentation des cas attribuée à l'activité touristique. Voir ci-bas.
    D'autre part, il existe des cas bien documentés de réinfection. Une personne diagnostiquée positivement en mars a dû être hospitalisée en juin après une réinfection plus grave. On est encore en territoire inconnu. Il n'est pas établi clairement qu'une personne guérie ne peut propager le virus. «Can you get COVID-19 again? Can you transmit it to others?» MIT Medical, 5 oct. 2020

    Novembre : «Sur les vols de touristes britanniques et russes arrivés récemment vers les plages, plusieurs cas de coronavirus ont été détectés, obligeant à isoler des dizaines de voyageurs. C’est incontestablement un grand risque, a reconnu le professeur Francisco Duran, épidémiologiste en chef du ministère de la Santé.» «COVID-19 | Cuba face au défi d’attirer les touristes» La Presse, 20 nov. 2020
    Le 5 décembre, sur 79 cas détectés, le tiers venait de l'étranger.

  • Sylvain Fortin - Abonné 4 janvier 2021 15 h 30

    Merci Madame Cloutier

    Vous apportez un angle de vue responsable, sensible et respectueux.

  • Anne Laporte - Abonnée 4 janvier 2021 17 h 29

    Merci Mme Cloutier d'attirer notre attention sur cet angle mort et d'introduire une zone grise dans ce débat si polarisé. Question: Que se passe-t-il dans les coulisses du pouvoir pendant que le peuple et les journalistes sont occupés à se révolter (non sans légitimité, il faut le souligner et même à gros traits) au sujet des vacances dans le sud? À l'évidence (Mme Cloutier le démontre clairement) cette initiative du fédéral, sous prétexte de servir le bien-être collectif le dessert à la fois. Y aurait-il un agenda caché derrière cette initiative? J'émets le souhait qu'il y ait un peu plus de zones grises dans nos journaux et un peu moins de noir et blanc précisément pour le bien-être collectif. Mon intention n'est pas de discréditer la presse mais d'inviter à la réflexion et à la dédramatisation. Car jamais, il me semble, nos journalistes n'ont eu la tâche aussi difficile qu'en ce moment en raison de la complexité de la situation et du manque de recul inhérent à un contexte d'urgence sanitaire.

    • Jacques Goulet - Abonné 5 janvier 2021 16 h 30

      J'ai apprécié votre commentaire. Le pouvoir de médias est énorme et ils ont un devoir de rigueur dans l'élaboration de l'information qu'ils transmettent. La tentation du noir et blanc est forte mais il faut refuser ce genre de discours et travailler au discernement.
      Merci pour cette contribution!

  • Anne Laporte - Abonnée 5 janvier 2021 14 h 41

    Pourquoi le fédéral a attendu tant de jours avant de dire que nous avions mal compris et que la mesure n'avait jamais été prévue pour les voyages non-essentiels? Pourquoi avoir laissé cette polémique prendre toute la place pendant plusieurs jours dans les journaux?