Le Sud sans nuances

À force de se « covider » le cœur pour trouver des coupables à la pandémie, on en vient à oublier la nuance pour se réfugier dans la quiétude du tout-inclus idéologique. En ce sens, les voyageurs qui ont choisi la COVID du Sud à la place de celle du Nord deviennent des cibles de choix comme facteurs de propagation du virus, et ce, souvent avec raison si on se fie à certains reportages journalistiques. Si des gens niant la pandémie étaient des « têtes folles » ici, ils le seront tout autant et même plus dans ces décors paradisiaques où l’alcool et l’exubérance deviennent des maîtres à penser.

Sans nier l’effet de la propagation du virus causée par ces voyageurs à leur retour, il ne faut pas oublier que la seconde vague, qui connaît plus de 2000 nouveaux cas par jour, est la résultante de comportements délétères de personnes à l’intérieur de nos frontières. De plus, toute comparaison avec les causes de la première vague qui émanaient de personnes ayant voyagé à l’étranger durant la semaine de relâche doit être replacée dans le contexte de cette période prépandémique. Si je me souviens bien, les directives de la Santé publique étaient alors embryonnaires ; on commençait à peine à parler de distanciation de deux mètres, le port du masque n’était pas dans les cartons du docteur Arruda et, surtout, on ne connaissait pas la transmission du virus par des personnes asymptomatiques. Qui plus est, il n’était pas question d’imposer une quarantaine au retour pour les voyageurs qui avaient séjourné à l’étranger. Comme on peut le constater, la situation actuelle est très différente. Le resserrement des nouvelles règles sanitaires aura sans doute des effets bénéfiques sur les conséquences du retour de ces fêtards bronzés.

Enfin, il y a lieu de faire la différence entre ces vacances de courte durée dans ces « tout-inclus » et celles effectuées par des retraités pour une période de plusieurs mois. Si les premières se passent dans un climat d’euphorie, les secondes se vivent dans un quotidien où le calme et la prudence sont garants d’un retour au pays plus sécuritaire pour ces snowbirds qui ont suivi les mêmes règles là-bas qu’ici.

Il est temps que des nuances soient apportées quand vient le temps de condamner ces voyages dans le Sud et de cesser de casser du sucre sur ces retraités qui ont souvent besoin de chaleur pour soigner tous ces petits bobos qu’une vieillesse assumée leur inflige.

6 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 31 décembre 2020 09 h 57

    Ne pas voyager c'est une question de solidarité et de moralité, il y a un je ne sais quoi d'absolument égoiste et d'anti humaniste dans le fait de partir sur une plage présentement pour le plaisir seulement.
    En même temps c'est très représentatif de notre société, une clique de priviligié qui gâche les efforts de la majorité avec l'accord du gouvernement fédéral.
    Qui est surpris?

  • Christine Lacasse - Inscrite 31 décembre 2020 15 h 25

    Nuances :))

    Enfin, un article qui dit les vraies choses! Oui le mot "Nuance" a toute sa place ici. On ne connaît pas l'histoire de chaque voyageur et c'est " d'être ignorant " que de mettre tous les oeufs dans le même panier! Il y a une minorité de rebels qui fait la fête mais il y a aussi une majorité qui respecte les consignes sanitaires. Moi je me sens mal-à-l'aise quand je lis tous les commentaires de ceux et celles qui cherchent des coupables et des boucs émissaires à cette pandémie. J'aimerais bien voir ce qui se passent derrière les portes closes des maisons et chalets des québécois pendant la période des fêtes... Avant de lancer des pierres, faudrait regarder dans sa cour.

    Autre chose aussi, j'ai bossé pendant 28 ans dans le réseau de la Santé et je peux vous assurer que le réseau du Québec était déjà fragile, et ce, bien avant la venue de la pandémie. Je ne nommerai pas les ministres qui ont passé avant M. Dubé, mais cela fait longtemps que des sons de cloches ont été envoyés par maintes instances depuis X nombre d'années. Surtout au niveau des CHSLD et nos aînés ... la population "babyboomer" vieillissait et avait besoin de soins additionnels et qu'ont fait les autorités gouvernementales? Pas grand chose pour remédier à la situation. Pour que ça bouge, faut frapper un mur! Et en ce moment, on est en plein dedans jusqu'au cou! Qui est surpris?

    • Françoise Labelle - Abonnée 1 janvier 2021 08 h 26

      On ne cherche pas de coupables ou de bouc-émissaires; on constate simplement que seuls les services essentiels sont ouverts et on sait bien que le tout-inclus n'est pas un service essentiel. La majorité des gens qui ont un sens de la collectivité qui paie pour les soins de santé sont restés dans leur cour sans profiter des rabais pharamineux, pour éviter la contagion avec les touristes de pays où l'infection galope (Russie, GB, Mexique, Allemagne, France, etc.). Ces gens manquent de jugement, comme les autres covidiots. C'est tout.
      Chacun a ses raisons? Pas perdre le bonus, se retrouver avec ses vieux parents, profiter des rabais? Toujours le droit de l'individu irresponsable qui ne paie même pas pour ses soins de santé. Sans l'indignation, les gouvernements n'auraient pas bougé.

      Quant au délabrement des services de santé, vous devriez lire le texte de Francis Vailles sur la pandémie et les chiffres. Les CHSLD qui ont évité l'hécatombe du début de la pandémie étaient dirigés par des gens qui ont eu l'intiative de confiner strictement. Initiative et centralisation, ça ne rime pas.
      «...le Québec finance mieux ses CHSLD qu’ailleurs au Canada, toute proportion gardée, ... le secteur privé y est nettement moins présent et le Québec compte moins de lits en CHSLD.»
      «Mon année COVID-19 | L’amour des chiffres» F.Vailles, La Presse, 28 déc.

    • Simon Grenier - Abonné 1 janvier 2021 22 h 41

      On n'a pas à connaître l'histoire de tout un chacun. Le principe est: on évite tout ce qui n'est pas essentiel. Toutes les nuances possibles et inimaginables devraient aller direct aux vidanges tant que le réseau de la Santé sera sur le bord de s'effondrer par manque de personnel de qui abuser et tant qu'on s'endette en spirale accélérante pour gérer la pandémie.

      Quand on reconnaît que les milieux de soins et hospitaliers sont fragiles depuis des années, il n'y a qu'une seule attitude honorable possible: s'opposer aux voyages inutiles qui pourraient ajouter des patients tout aussi inutiles dans un réseau qui n'a plus. de. place.

      PLUS. DE. PLACE.

      L'idée n'est pas de prendre le risque minimal, c'est de prendre les précautions maximales!

  • Yves Blanchet - Abonné 31 décembre 2020 17 h 42

    Merci M. Perron,

    Vos propos nuancés vous honorent. La quiétude du tout-inclus idéologique est une belle formule! Merci.

  • Simon Grenier - Abonné 1 janvier 2021 22 h 17

    Bon, bon, bon, il faut "contextualiser" son rejet des consignes et le "nuancer", maintenant. Quand on ressent le besoin de se défendre dans les journaux, notre conscience est-elle tranquille?

    Des gens "avaient l'doua", ils l'ont pris, ils doivent assumer l'opprobre. C'est tout.

    On peut apporter toutes les nuances qu'on veut et blâmer "les autres", le fait est qu'on est maintenant plus de 325 milliards dans le trou au niveau fédéral et 15-20 milliards au Québec. Entre autres: pour s'assurer que les voyageurs respectent la quarantaine au retour. Pour retracer les contacts de ces même gens par la Santé publique, pour ceux qui n'auront développé de symptômes qu'après le vol du retour. Pour payer le matériel et le personnel requis pour les tests de dépistage que ce monde-là voudra passer avant de partir et en revenant - tests qui ne seront pas utilisés pour les employés ou les bénéficiaires du réseau de la santé. Alors que le gros problème du Québec est justement qu'on ne "teste pas suffisamment".

    Sans parler du fait que les hôpitaux craquent de partout car trop remplis et que le personnel, en plus d'être éprouvé, frustré et épuisé, n'a pas pris de vacances depuis un an. Ces deux notions étaient inexistantes pendant la première vague mais en sont à leurs dernières limites actuellement. Avec pour résultat que nous sommes en retard de plusieurs dizaines de milliers de malades non-COVID, dont certains ne recouvreront jamais la pleine santé (s'ils ne meurent pas de l'absence de soins).

    Est-ce suffisamment de nuances pour vous? ÇA VA MAL.

    La grande majorité des gens se fend le derrière pour rester enfermés chez eux. Pas parce qu'ils ont peur, pas à cause des (peu nombreux) interdits mais bien parce qu'ils ne veulent pas nuire. Ni à eux-mêmes, ni à autrui, ni à la société. Alors oui, peu importe vos excellentes raisons pour faire ces voyages bénéfiques mais non-essentiels, bien des gens vont vous regarder de travers, sans nuance.

    C'est votre problème, toutefois.