La place des francophones dans la diplomatie canadienne

Je suis stupéfait d’entendre le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne (Le Devoir du 15 décembre) dire que la question de la place des francophones dans son ministère représente un « défi », ce mot infantilisant utilisé à toutes les sauces par la direction des communications du ministère afin de ne pas nommer un problème.

Il y a 42 % d’employés francophones au ministère. Trois des 31 postes les plus importants de la haute direction sont occupés par des francophones. Ils devraient être au moins une douzaine. Ce n’est donc pas un défi à relever, c’est un problème systémique à régler. Il se perpétue depuis des années et le ministre doit s’y attaquer.

Il a le pouvoir d’ordonner une enquête interne afin de comprendre comment fonctionne le processus de promotion des employés et de déterminer les points de blocage (filières professionnelles, langues, évaluation des compétences à travers les examens), qui empêchent les francophones d’accéder à la haute direction. Des efforts considérables ont été faits pour promouvoir les femmes, alors pourquoi n’arrive-t-on pas à le faire pour les francophones ?

8 commentaires
  • Louise Collette - Abonnée 16 décembre 2020 08 h 12

    Pourquoi ?

    Parce que la volonté n'y est pas.

    On se moque bien des francophones dans ce pays, une tache, une nuisance, ils dérangent, ils ne devraient pas être là.
    Des empêcheurs de tourner en rond.

    Vive le Québec libre.

  • Alain Lavallée - Inscrit 16 décembre 2020 08 h 20

    Un problème systémique : commission Laurendeau-Dunton

    ""C’est un peu comme si on était dans les années 1950 : tout le monde sur le plancher de la manufacture est francophone et, au niveau des contremaîtres, tout le monde est anglophone » . Peu après, la Commission Laurendeau-Dunton posât le même constat généralisé.
    Il en a découlé la doctrine Gérin-Lajoie qui a contribué à la Révolution tranquille et aux progrès du Québec, comme État fédéré, sur la scène internationale.

    Il faut lire les deux livres de l'ex-ambassadeur du Canada Gilles Duguay pour comprendre jusqu'à quel point le milieu diplomatique à Ottawa a livré une guerilla de tous les instants à la doctrine Gérin-Lajoie de 1967 à aujourd'hui (sauf durant les années Mulroney, qui ont accepté jusqu'à un certain point la doctrine Gérin-Lajoie). Ces 2 livres sont: ""Le triangle Québec-Ottawa-Paris"" publié en 2010, et "Aventurier et ambassadeur" publié en 2018.

    Cette guerilla a résulté en une diminution constante du nombre de francophones dans un poste important, influent, au sein du milieu diplomatique car à Ottawa on craint toujours que la loyauté finale d'un "canadien-français de souche" n'aille au Québec, à la nation québécoise plutôt qu'au Canada supposément post-national (mais.... )

  • Bernard Terreault - Abonné 16 décembre 2020 09 h 06

    alors pourquoi n’arrive-t-on pas à le faire pour les francophones ?

    parce que dans une organisation, pour que ça marche, il faut une langue commune que tout le monde, du grand directeur jusqu'au au modeste préposé, maîtrise parfaitement. Ça ne peut pas être le français dans un pays à 77% anglophone, ça doit donc être l'anglais. On ne forcera pas le Canda de l'Ontario à la Colombie BRITANNIQUE à imposer le bilinguisme intégral dans ses écoles. C'est à la minorité de s'adapter, pas à la majorité, c'est le prix à payer si l'indépendance fait peur.

    • René Pigeon - Abonné 16 décembre 2020 21 h 20

      "Affaires mondiales Canada confirme qu’une grande part de ses employés (42 %) sont francophones, un taux qui chute à 18 % chez les hauts cadres, selon son calcul." Boris Proulx, 20.12.15

      "18 %" contre les 22 % de la population canadienne francophone.

      Parler la langue du groupe dominant est une chose. Se voir refuser des promotions ou un encouragement ou ne pas être embauché comme débutant dans le métier de diplomate pour occuper des postes bilingues où l'anglais est la langue de travail constitue un manque à combler beaucoup plus atteignable dans un délai qui :
      - sera plus court si l'obstacle est de se voir refuser des promotions ou un encouragement ;
      - sera long si le ministère n'embauche pas de francophones comme débutants dans le métier de diplomate pour occuper des postes bilingues. Peu de diplomates arrivent à des postes supérieurs sans avoir été d'abord des débutants.
      L'enjeu est de garantir que l'embauche des débutants soit répartie avec justice entre les francophones et les anglophones, après répartition des allophones dans l'un ou l'autre des deux groupes.

  • François Beaulne - Abonné 16 décembre 2020 11 h 36

    Bravo M. Coulon

    Vous dites tout haut ce que plusieurs pensent tout bas, notamment ceuz et celles qui ont fait carrière dans ce ministère.
    J'ajouterais à vos propos tout à fait percutants, ma surprise de constater, suite à la parution de deux articles récents du Devoir sur le sujet, l'existence d'une sorte de loi de l'Omerta dans ce ministère qui force les diplomates francophones à s'exprimer sous le convercle de l'anonymat, comme s'ils bousculaient les secrtes d'une sorte de mafia buraucratique anglophone.
    C'est tout dire de la pression qui existe sur eux. Pourtant, en théorie, le Ministère des Afaires étrangerès, Affaires mondiales et les autres qui communiquent avec l'étranger, sont censés refléter le visage bilingue du Canada.
    Em manquant à cette obligation, il confirme la nécessité pour le Québec d'étendre ses propres antennes à l''etranger pour marquer sa spécificité et sensibiliser les futurs immigrants à la réalité linguistique, historique, sociologique et économique du Québec.

  • Bruno Roy - Abonné 16 décembre 2020 11 h 38

    Un cours de diplomatie à l'Interne?

    À lire ce dossier, on ne peut échapper à l'impression que les fonctionnaires qui choisissent les candidats aux postes d'ambassadeurs du Canada à l'étranger bénéficieraient eux-mêmes d'une formation préalable, sinon au bilinguisme, ou du moins à la diplomatie. Est-ce trop demander?
    Bruno Roy, abonné